MPSI · Séries numériques

Séries à termes quelconques

Séries alternées

Question

Tous les critères de la leçon précédente — majoration des sommes partielles, comparaison, équivalents, comparaison série-intégrale — reposent sur la positivité du terme général. Comment étudier une série dont les termes changent de signe, voire sont complexes ? Faut-il tout reconstruire, ou peut-on ramener ces cas au cas positif ?

Théorème 1 : Théorème des séries alternées — Critère de Leibniz

Soit (un)nN(u_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite réelle décroissante convergeant vers 00. Alors la série (1)nun\sum (-1)^n u_n est convergente et, pour tout nNn \in \mathbb{N}, son reste d'ordre nn :

Rn=p=n+1+(1)pupR_n = \sum_{p=n+1}^{+\infty} (-1)^p u_p

est du signe de (1)n+1(-1)^{n+1} et vérifie Rnun+1|R_n| \leqslant u_{n+1}.

En particulier, la somme de la série est comprise entre 00 et u0u_0.

Démonstration :

Remarquons d'abord que (un)(u_n) est à termes positifs : décroissante et de limite 00, elle est minorée par sa limite.

Notons Sn=p=0n(1)pup\displaystyle S_n = \sum_{p=0}^{n} (-1)^p u_p.

  • S2n+2S2n=u2n+1+u2n+20S_{2n+2} - S_{2n} = -u_{2n+1} + u_{2n+2} \leqslant 0 : la suite (S2n)(S_{2n}) est décroissante ;
  • S2n+3S2n+1=u2n+2u2n+30S_{2n+3} - S_{2n+1} = u_{2n+2} - u_{2n+3} \geqslant 0 : la suite (S2n+1)(S_{2n+1}) est croissante ;
  • S2n+1S2n=u2n+1n+0S_{2n+1} - S_{2n} = -u_{2n+1} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0.

Les suites (S2n)(S_{2n}) et (S2n+1)(S_{2n+1}) sont donc adjacentes : elles convergent vers une même limite SS. Les suites extraites d'indices pairs et impairs de (Sn)(S_n) convergeant vers SS, la suite (Sn)(S_n) converge vers SS : la série converge. De plus, par monotonie :

S2n+1SS2npour tout nN.S_{2n+1} \leqslant S \leqslant S_{2n} \qquad \text{pour tout } n \in \mathbb{N}.

Signe du reste. Rn=SSnR_n = S - S_n. Si nn est pair, SSnS \leqslant S_n donc Rn0R_n \leqslant 0, qui est bien le signe de (1)n+1=1(-1)^{n+1} = -1. Si nn est impair, SSnS \geqslant S_n donc Rn0R_n \geqslant 0, qui est bien le signe de (1)n+1=+1(-1)^{n+1} = +1.

Majoration du reste. Par changement d'indice :

Rn=p=n+1+(1)pup=(1)n+1j=0+(1)jun+1+j.R_n = \sum_{p=n+1}^{+\infty} (-1)^p u_p = (-1)^{n+1} \sum_{j=0}^{+\infty} (-1)^j u_{n+1+j}.

La suite (un+1+j)jN(u_{n+1+j})_{j \in \mathbb{N}} est décroissante de limite 00 : d'après la première partie de la preuve appliquée à cette suite, sa somme TT vérifie un+1un+2Tun+1u_{n+1} - u_{n+2} \leqslant T \leqslant u_{n+1}, donc 0Tun+10 \leqslant T \leqslant u_{n+1}. Ainsi Rn=Tun+1|R_n| = T \leqslant u_{n+1}.

Encadrement de la somme. C'est le même encadrement appliqué à la suite (un)(u_n) elle-même : u0u1Su0u_0 - u_1 \leqslant S \leqslant u_0, d'où 0Su00 \leqslant S \leqslant u_0.

Vocabulaire :

On appelle série alternée une série réelle un\sum u_n telle que (1)nun(-1)^n u_n soit de signe constant.

Remarque :

Le résultat précédent, quitte à l'appliquer à la suite (un)(-u_n), affirme qu'une série alternée dont la valeur absolue du terme général décroît et tend vers 00 est convergente, et que sa somme, et plus généralement tous ses restes, sont du signe de leur premier terme et majorés en valeur absolue par ce dernier.

Test 1

Si une série un\sum u_n est alternée et si son terme général tend vers 00, alors elle converge.

Test 2

Le théorème des séries alternées s'applique encore si la valeur absolue du terme général ne décroît qu'à partir d'un certain rang.

Exercice 1

  1. Montrer que, pour tout α>0\alpha > 0, la série n1(1)n1nα\displaystyle\sum_{n \geqslant 1} \frac{(-1)^{n-1}}{n^\alpha} est convergente.

  2. Soit (un)nN(u_n)_{n \in \mathbb{N}} la suite définie par : u2p=0etu2p+1=1p+1,pour toutpNu_{2p} = 0 \quad \text{et} \quad u_{2p+1} = \dfrac{1}{p+1}, \quad \text{pour tout} \quad p \in \mathbb{N}.

    1. Montrer que la série un\sum u_n est alternée et que son terme général tend vers 00.
    2. Montrer que la série un\sum u_n est néanmoins divergente.
  3. Soit xR+x \in \mathbb{R}_+. Montrer que le reste d'ordre nn de la série n1(1)n(n+x)2\displaystyle\sum_{n \geq 1} \frac{(-1)^n}{(n+x)^2} est le terme général d'une série convergente.

Solution :(cliquer pour afficher)
  1. Posons vn=1nαv_n = \dfrac{1}{n^\alpha} pour n1n \geqslant 1. Comme α>0\alpha > 0, la suite (vn)(v_n) est décroissante et tend vers 00. Le théorème des séries alternées s'applique donc à (1)nvn\sum (-1)^n v_n, qui converge ; la série demandée en est l'opposée puisque (1)n1nα=(1)nvn\dfrac{(-1)^{n-1}}{n^\alpha} = -(-1)^n v_n. Elle converge.

    1. Pour n=2pn = 2p pair, (1)nun=0(-1)^n u_n = 0 ; pour n=2p+1n = 2p+1 impair, (1)nun=1p+1<0(-1)^n u_n = -\dfrac{1}{p+1} < 0. Ainsi (1)nun0(-1)^n u_n \leqslant 0 pour tout nn : la suite ((1)nun)\left((-1)^n u_n\right) est de signe constant, la série est alternée. Par ailleurs u2p=00u_{2p} = 0 \to 0 et u2p+1=1p+10u_{2p+1} = \dfrac{1}{p+1} \to 0 : les deux suites extraites tendent vers 00, donc un0u_n \to 0.

    2. Les termes d'indices pairs étant nuls, pour tout NNN \in \mathbb{N} :

S2N+1=n=02N+1un=p=0N1p+1=k=1N+11kN++S_{2N+1} = \sum_{n=0}^{2N+1} u_n = \sum_{p=0}^{N} \frac{1}{p+1} = \sum_{k=1}^{N+1} \frac{1}{k} \xrightarrow[N \to +\infty]{} +\infty

par divergence de la série harmonique. La suite (Sn)(S_n) admet une suite extraite tendant vers ++\infty : elle ne converge pas, la série diverge.

Ce qui fait défaut ici est la décroissance de (un)(u_n) : la suite 0,1,0,12,0,13,0, 1, 0, \frac12, 0, \frac13, \dots n'est pas décroissante.

  1. Posons vn=1(n+x)2v_n = \dfrac{1}{(n+x)^2} pour n1n \geqslant 1. Comme x0x \geqslant 0, la suite (vn)(v_n) est décroissante et tend vers 00 : le théorème des séries alternées s'applique à (1)nvn\sum (-1)^n v_n, qui converge, et son reste d'ordre nn vérifie :
Rnvn+1=1(n+1+x)21(n+1)2.|R_n| \leqslant v_{n+1} = \frac{1}{(n+1+x)^2} \leqslant \frac{1}{(n+1)^2}.

La série de Riemann 1(n+1)2\displaystyle\sum \frac{1}{(n+1)^2} converge, donc par comparaison de séries à termes positifs, Rn\sum |R_n| converge : la série Rn\sum R_n est absolument convergente, donc convergente (théorème de la sous-section suivante).

Convergence absolue

Définition 1 : Série absolument convergente

On dit que la série un\sum u_n est absolument convergente, ou converge absolument, si la série à termes réels positifs un\sum |u_n| est convergente.

Exemple :

Les séries n1einn2\displaystyle\sum_{n \geqslant 1} \frac{e^{in}}{n^2} et n1(1)nn2\displaystyle\sum_{n \geqslant 1} \frac{(-1)^{n}}{n^2} sont absolument convergentes : dans les deux cas un=1n2|u_n| = \dfrac{1}{n^2}. Mais qu'a-t-on gagné ? Sont-elles pour autant convergentes ?

Théorème 2 : Convergence absolue implique convergence

Si une série un\sum u_n est absolument convergente, alors elle est convergente. De plus on a l'inégalité triangulaire :

n=0+unn=0+un.\left|\sum_{n=0}^{+\infty} u_n\right| \leqslant \sum_{n=0}^{+\infty} |u_n|.

Démonstration :

Cas d'une série à termes réels. Posons, pour tout nNn \in \mathbb{N} :

un+=un+un2etun=unun2.u_n^+ = \frac{|u_n| + u_n}{2} \qquad \text{et} \qquad u_n^- = \frac{|u_n| - u_n}{2}.

On a 0un+un0 \leqslant u_n^+ \leqslant |u_n| et 0unun0 \leqslant u_n^- \leqslant |u_n|. Comme un\sum |u_n| converge, le théorème de comparaison des séries à termes positifs assure que un+\sum u_n^+ et un\sum u_n^- convergent. Par linéarité, un=(un+un)\sum u_n = \sum (u_n^+ - u_n^-) converge.

Cas d'une série à termes complexes. Pour tout nn, Re(un)un|\mathrm{Re}(u_n)| \leqslant |u_n| et Im(un)un|\mathrm{Im}(u_n)| \leqslant |u_n|. Par comparaison, les séries réelles Re(un)\sum \mathrm{Re}(u_n) et Im(un)\sum \mathrm{Im}(u_n) sont absolument convergentes, donc convergentes d'après le cas réel. D'après la proposition sur les séries à termes complexes, un\sum u_n converge.

Inégalité triangulaire. Pour tout nNn \in \mathbb{N}, l'inégalité triangulaire sur les sommes finies donne :

p=0nupp=0nupp=0+up,\left|\sum_{p=0}^{n} u_p\right| \leqslant \sum_{p=0}^{n} |u_p| \leqslant \sum_{p=0}^{+\infty} |u_p|,

la dernière majoration venant de la croissance des sommes partielles d'une série à termes positifs. Le module étant continu, un passage à la limite donne le résultat.

Exemple :

Les séries n1einn2\displaystyle\sum_{n \geqslant 1} \frac{e^{in}}{n^2} et n1(1)nn2\displaystyle\sum_{n \geqslant 1} \frac{(-1)^{n}}{n^2} sont absolument convergentes, donc elles sont convergentes.

Test 3

Toute série convergente est absolument convergente.

Vocabulaire :

Une série convergente mais non absolument convergente est dite semi-convergente.

Proposition 1 : Exponentielle complexe

Pour tout zCz \in \mathbb{C}, la série znn!\displaystyle\sum \frac{z^n}{n!} converge et l'on a :

n=0+znn!=ez.\sum_{n=0}^{+\infty} \frac{z^n}{n!} = e^z.

Démonstration :

Soit zCz \in \mathbb{C}.

Étape 1 : convergence absolue. Soit NNN \in \mathbb{N}^* tel que N2zN \geqslant 2|z|. Pour tout n>Nn > N :

znn!=zNN!k=N+1nzkzNN!(12)nN,\frac{|z|^n}{n!} = \frac{|z|^N}{N!} \prod_{k=N+1}^{n} \frac{|z|}{k} \leqslant \frac{|z|^N}{N!} \left(\frac{1}{2}\right)^{n-N},

car zkzN12\dfrac{|z|}{k} \leqslant \dfrac{|z|}{N} \leqslant \dfrac{1}{2} pour k>Nk > N. Le terme général znn!\left|\dfrac{z^n}{n!}\right| est donc dominé par celui d'une série géométrique convergente : la série znn!\sum \dfrac{z^n}{n!} converge absolument, donc converge. En particulier son terme général tend vers 00, c'est-à-dire

zn+1(n+1)!n+0.\frac{|z|^{n+1}}{(n+1)!} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0.

Étape 2 : valeur de la somme. Considérons la fonction

f:[0,1]C,tetz.f : [0,1] \longrightarrow \mathbb{C}, \qquad t \longmapsto e^{tz}.

Elle est de classe C\mathcal{C}^\infty sur [0,1][0,1] et f(k)(t)=zketzf^{(k)}(t) = z^k e^{tz} pour tout kNk \in \mathbb{N}. De plus, pour t[0,1]t \in [0,1],

etz=etRe(z)ez,\left|e^{tz}\right| = e^{t\,\mathrm{Re}(z)} \leqslant e^{|z|},

de sorte qu'en posant M=ezM = e^{|z|} — qui ne dépend pas de nn

supt[0,1]f(n+1)(t)Mzn+1.\sup_{t \in [0,1]} \left|f^{(n+1)}(t)\right| \leqslant M\,|z|^{n+1}.

L'inégalité de Taylor-Lagrange à l'ordre nn entre 00 et 11 s'écrit

f(1)k=0nf(k)(0)k!1(n+1)!supt[0,1]f(n+1)(t),\left| f(1) - \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(0)}{k!} \right| \leqslant \frac{1}{(n+1)!}\sup_{t \in [0,1]} \left|f^{(n+1)}(t)\right|,

et comme f(1)=ezf(1) = e^z et f(k)(0)=zkf^{(k)}(0) = z^k, elle donne :

ezk=0nzkk!Mzn+1(n+1)!.\left| e^z - \sum_{k=0}^{n} \frac{z^k}{k!} \right| \leqslant M\, \frac{|z|^{n+1}}{(n+1)!}.

D'après l'étape 1, le majorant tend vers 00 : la suite des sommes partielles converge vers eze^z, ce qui est l'égalité annoncée.

Remarque :

La démonstration fournit au passage la majoration du reste d'ordre nn : ezk=0nzkk!Mzn+1(n+1)!,\left| e^z - \displaystyle\sum_{k=0}^{n} \frac{z^k}{k!} \right| \leqslant M\, \frac{|z|^{n+1}}{(n+1)!},MM est indépendant de nn (on peut prendre M=ezM = e^{|z|}).

Corollaire 1 : Séries de cosinus et sinus

Pour tout θR\theta \in \mathbb{R}, on a :

cosθ=n=0+(1)nθ2n(2n)!etsinθ=n=0+(1)nθ2n+1(2n+1)!.\cos\theta = \sum_{n=0}^{+\infty} (-1)^n \frac{\theta^{2n}}{(2n)!} \qquad \text{et} \qquad \sin\theta = \sum_{n=0}^{+\infty} (-1)^n \frac{\theta^{2n+1}}{(2n+1)!}.

Démonstration :

Soit θR\theta \in \mathbb{R}. La proposition précédente appliquée à z=iθz = i\theta donne

eiθ=n=0+(iθ)nn!.e^{i\theta} = \sum_{n=0}^{+\infty} \frac{(i\theta)^n}{n!}.

Terme général. Pour nNn \in \mathbb{N}, (iθ)nn!=inθnn!\dfrac{(i\theta)^n}{n!} = \dfrac{i^n \theta^n}{n!}, et :

  • si n=2pn = 2p est pair, in=(1)pi^n = (-1)^p et (iθ)nn!=(1)pθ2p(2p)!\dfrac{(i\theta)^n}{n!} = \dfrac{(-1)^p \theta^{2p}}{(2p)!} est réel ;
  • si n=2p+1n = 2p+1 est impair, in=(1)pii^n = (-1)^p\, i et (iθ)nn!=i(1)pθ2p+1(2p+1)!\dfrac{(i\theta)^n}{n!} = i\,\dfrac{(-1)^p \theta^{2p+1}}{(2p+1)!} est imaginaire pur.

Posons donc un=Re ⁣((iθ)nn!)u_n = \mathrm{Re}\!\left(\dfrac{(i\theta)^n}{n!}\right) et vn=Im ⁣((iθ)nn!)v_n = \mathrm{Im}\!\left(\dfrac{(i\theta)^n}{n!}\right) :

un=(1)pθ2p(2p)!  si n=2p est pair,un=0  si n est impair,u_n = \frac{(-1)^p \theta^{2p}}{(2p)!} \ \text{ si } n = 2p \text{ est pair}, \qquad u_n = 0 \ \text{ si } n \text{ est impair},vn=(1)pθ2p+1(2p+1)!  si n=2p+1 est impair,vn=0  si n est pair.v_n = \frac{(-1)^p \theta^{2p+1}}{(2p+1)!} \ \text{ si } n = 2p+1 \text{ est impair}, \qquad v_n = 0 \ \text{ si } n \text{ est pair}.

Passage aux parties réelle et imaginaire. Une série complexe converge si et seulement si les séries de ses parties réelle et imaginaire convergent, et l'on a alors Re(wn)=Re(wn)\mathrm{Re}\left(\sum w_n\right) = \sum \mathrm{Re}(w_n) et Im(wn)=Im(wn)\mathrm{Im}\left(\sum w_n\right) = \sum \mathrm{Im}(w_n). Les séries un\sum u_n et vn\sum v_n convergent donc, avec

n=0+un=Re(eiθ)=cosθetn=0+vn=Im(eiθ)=sinθ.\sum_{n=0}^{+\infty} u_n = \mathrm{Re}\left(e^{i\theta}\right) = \cos\theta \qquad \text{et} \qquad \sum_{n=0}^{+\infty} v_n = \mathrm{Im}\left(e^{i\theta}\right) = \sin\theta.

Regroupement. Les termes d'indice impair de un\sum u_n étant nuls, on a pour tout NNN \in \mathbb{N} :

n=02Nun=p=0N(1)pθ2p(2p)!.\sum_{n=0}^{2N} u_n = \sum_{p=0}^{N} (-1)^p \frac{\theta^{2p}}{(2p)!}.

La suite des sommes partielles de p(1)pθ2p(2p)!\sum_p (-1)^p \dfrac{\theta^{2p}}{(2p)!} est ainsi extraite de celle de un\sum u_n, qui converge vers cosθ\cos\theta : elle converge donc vers la même limite, d'où la première égalité. De même, les termes d'indice pair de vn\sum v_n étant nuls,

n=02N+1vn=p=0N(1)pθ2p+1(2p+1)!,\sum_{n=0}^{2N+1} v_n = \sum_{p=0}^{N} (-1)^p \frac{\theta^{2p+1}}{(2p+1)!},

et le même argument d'extraction donne la seconde égalité.

Convergence par comparaison à une série positive

Proposition 2

Si (un)n(u_n)_n est une suite complexe et (vn)n(v_n)_n est une suite de réels positifs telles que un=O(vn)u_n = O(v_n), alors la convergence de vn\sum v_n entraine la convergence absolue de un\sum u_n, donc aussi sa convergence.

Démonstration :

Par définition de la domination, il existe M0M \geqslant 0 et n0Nn_0 \in \mathbb{N} tels que unMvn|u_n| \leqslant M v_n pour tout nn0n \geqslant n_0.

Si vn\sum v_n converge, alors Mvn\sum M v_n converge par linéarité. Les séries nn0un\sum_{n \geqslant n_0} |u_n| et nn0Mvn\sum_{n \geqslant n_0} M v_n étant à termes positifs et vérifiant 0unMvn0 \leqslant |u_n| \leqslant M v_n, le théorème de comparaison donne la convergence de nn0un\sum_{n \geqslant n_0} |u_n|. La nature d'une série ne dépendant pas de ses premiers termes, un\sum |u_n| converge : la série un\sum u_n est absolument convergente, donc convergente.

Remarque :

Si (vn)n(v_n)_n est une suite de complexes, on montre la convergence absolue de vn\sum v_n pour conclure celle de un\sum u_n.

Corollaire 2

Si (un)n(u_n)_n est une suite complexe et (vn)n(v_n)_n est une suite de réels positifs telles que un=o(vn)u_n = o(v_n), alors la convergence de vn\sum v_n entraine la convergence absolue de un\sum u_n, donc aussi sa convergence.

Démonstration :

Si un=o(vn)u_n = o(v_n), alors en particulier un=O(vn)u_n = O(v_n) : il existe n0n_0 tel que unvn|u_n| \leqslant v_n pour nn0n \geqslant n_0. La proposition précédente s'applique.

Remarque :

Dans la pratique, pour montrer qu'une série un\sum u_n est convergente on essaie de montrer qu'il existe q]0;1[q \in \left]0;1\right[ tel que un=O(qn)u_n = O(q^n) (ou bien un=o(qn)u_n = o(q^n)), ou qu'il existe α>1\alpha > 1 tel que un=O ⁣(1nα)u_n = O\!\left(\dfrac{1}{n^{\alpha}}\right) (ou bien un=o ⁣(1nα)u_n = o\!\left(\dfrac{1}{n^{\alpha}}\right)).

Exercice 2

  1. Montrer la convergence des séries suivantes : n1lnnn2n\displaystyle\sum_{n\geq1}\frac{\ln n}{n2^n},   n0(2)nn!\;\displaystyle\sum_{n\geq0}\frac{(-2)^n}{\sqrt{n!}} et   n1nln(1+1n)cos(1n)\;\displaystyle\sum_{n\geq1} n\ln\left(1+\frac{1}{n}\right)-\cos\left(\frac{1}{\sqrt{n}}\right).
  2. Montrer qu'il existe γR\gamma \in \mathbb{R} tel que k=1n1k=lnn+γ+o(1)\displaystyle\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{k} = \ln n + \gamma + o(1). (γ\gamma est appelée constante d'Euler)
Solution :(cliquer pour afficher)
  1. Première série. Pour tout n1n \geqslant 1, lnnn\ln n \leqslant n, donc :
0lnnn2n12n=(12)n.0 \leqslant \frac{\ln n}{n 2^n} \leqslant \frac{1}{2^n} = \left(\frac{1}{2}\right)^n.

Le terme général est dominé par celui d'une série géométrique convergente : la série converge.

Deuxième série. Posons wn=4nn!w_n = \dfrac{4^n}{n!}. Pour n8n \geqslant 8 :

wn=488!k=9n4k488!(12)n8,w_n = \frac{4^8}{8!} \prod_{k=9}^{n} \frac{4}{k} \leqslant \frac{4^8}{8!} \left(\frac{1}{2}\right)^{n-8},

donc wnC2nw_n \leqslant C\, 2^{-n} avec C=48288!C = \dfrac{4^8 \cdot 2^8}{8!}. En prenant la racine carrée :

(2)nn!=2nn!=wnC(12)n.\left|\frac{(-2)^n}{\sqrt{n!}}\right| = \frac{2^n}{\sqrt{n!}} = \sqrt{w_n} \leqslant \sqrt{C} \left(\frac{1}{\sqrt{2}}\right)^{n}.

Comme 12]0;1[\dfrac{1}{\sqrt{2}} \in \left]0;1\right[, le terme général est un O ⁣(qn)O\!\left(q^n\right) avec q<1q < 1 : la série est absolument convergente, donc convergente.

Troisième série. Développements limités à l'ordre 22 en 1n\dfrac{1}{n} :

nln(1+1n)=n(1n12n2+13n3+o ⁣(1n3))=112n+13n2+o ⁣(1n2),n\ln\left(1+\frac{1}{n}\right) = n\left(\frac{1}{n} - \frac{1}{2n^2} + \frac{1}{3n^3} + o\!\left(\frac{1}{n^3}\right)\right) = 1 - \frac{1}{2n} + \frac{1}{3n^2} + o\!\left(\frac{1}{n^2}\right),cos(1n)=112n+124n2+o ⁣(1n2).\cos\left(\frac{1}{\sqrt n}\right) = 1 - \frac{1}{2n} + \frac{1}{24 n^2} + o\!\left(\frac{1}{n^2}\right).

Par différence, les termes en 11 et en 1n\dfrac{1}{n} se compensent :

un=(13124)1n2+o ⁣(1n2)=724n2+o ⁣(1n2)    724n2.u_n = \left(\frac{1}{3} - \frac{1}{24}\right)\frac{1}{n^2} + o\!\left(\frac{1}{n^2}\right) = \frac{7}{24\, n^2} + o\!\left(\frac{1}{n^2}\right) \;\sim\; \frac{7}{24\, n^2}.

D'après le corollaire de comparaison aux séries de Riemann (avec =7240\ell = \frac{7}{24} \neq 0 et α=2>1\alpha = 2 > 1), la série converge.

  1. Posons an=k=1n1klnna_n = \displaystyle\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{k} - \ln n pour n1n \geqslant 1, et étudions la série télescopique associée. Pour tout n1n \geqslant 1 :
an+1an=1n+1ln ⁣(1+1n).a_{n+1} - a_n = \frac{1}{n+1} - \ln\!\left(1 + \frac{1}{n}\right).

Or 1n+1=1n1n2+O ⁣(1n3)\dfrac{1}{n+1} = \dfrac{1}{n} - \dfrac{1}{n^2} + O\!\left(\dfrac{1}{n^3}\right) et ln ⁣(1+1n)=1n12n2+O ⁣(1n3)\ln\!\left(1+\dfrac{1}{n}\right) = \dfrac{1}{n} - \dfrac{1}{2n^2} + O\!\left(\dfrac{1}{n^3}\right), donc :

an+1an=12n2+O ⁣(1n3)    12n2.a_{n+1} - a_n = -\frac{1}{2n^2} + O\!\left(\frac{1}{n^3}\right) \;\sim\; -\frac{1}{2n^2}.

En particulier an+1an=O ⁣(1n2)a_{n+1} - a_n = O\!\left(\dfrac{1}{n^2}\right) avec 1n2\displaystyle\sum \frac{1}{n^2} convergente : la série (an+1an)\sum (a_{n+1} - a_n) converge absolument, donc converge. D'après le lien suite-série, la suite (an)(a_n) converge ; notons γ\gamma sa limite. Alors :

k=1n1k=lnn+an=lnn+γ+(anγ)=lnn+γ+o(1).\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{k} = \ln n + a_n = \ln n + \gamma + (a_n - \gamma) = \ln n + \gamma + o(1).

Corollaire 3 : Comparaison par équivalence — convergence absolue

Soient un\sum u_n et vn\sum v_n deux séries telles que unvnu_n \sim v_n.

La convergence absolue de l'une entraîne la convergence absolue de l'autre.

Démonstration :

Écrivons un=vn(1+εn)u_n = v_n(1 + \varepsilon_n) avec εn0\varepsilon_n \to 0. En passant au module :

un=vn1+εnavec1+εnn+1,|u_n| = |v_n|\,|1 + \varepsilon_n| \qquad \text{avec} \qquad |1 + \varepsilon_n| \xrightarrow[n \to +\infty]{} 1,

donc unvn|u_n| \sim |v_n|. Les séries un\sum |u_n| et vn\sum |v_n| sont à termes positifs : par comparaison par équivalent, elles sont de même nature. La convergence de l'une équivaut donc à celle de l'autre, c'est-à-dire que un\sum u_n converge absolument si, et seulement si, vn\sum v_n converge absolument.

Test 4

Si unvnu_n \sim v_n et si la série vn\sum v_n converge, alors la série un\sum u_n converge.

Exercice 3

Étudier la convergence des séries

  1. ln ⁣(1(1)nn2)\displaystyle\sum \ln\!\left(1 - \frac{(-1)^n}{n^2}\right)
  2. ln ⁣(1(1)nn)\displaystyle\sum \ln\!\left(1 - \frac{(-1)^n}{n}\right)
  3. ln ⁣(1(1)nn)\displaystyle\sum \ln\!\left(1 - \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}\right)
Solution :(cliquer pour afficher)

Dans les trois cas, on pose xn=(1)nnβx_n = -\dfrac{(-1)^n}{n^{\beta}} (avec β=2\beta = 2, 11, 12\tfrac12) et l'on utilise ln(1+x)=xx22+O(x3)\ln(1 + x) = x - \dfrac{x^2}{2} + O(x^3) au voisinage de 00.

  1. Ici xn=(1)nn2x_n = -\dfrac{(-1)^n}{n^2} et ln(1+xn)xn=1n2\left|\ln(1 + x_n)\right| \sim |x_n| = \dfrac{1}{n^2}. La série 1n2\sum \dfrac{1}{n^2} converge, donc par comparaison de séries à termes positifs la série ln(1+xn)\sum \left|\ln(1+x_n)\right| converge : la série est absolument convergente, donc convergente.

  2. Ici xn=(1)nnx_n = -\dfrac{(-1)^n}{n} et :

ln ⁣(1(1)nn)=(1)nn12n2+O ⁣(1n3).\ln\!\left(1 - \frac{(-1)^n}{n}\right) = -\frac{(-1)^n}{n} - \frac{1}{2n^2} + O\!\left(\frac{1}{n^3}\right).

La série (1)nn\displaystyle\sum \frac{(-1)^n}{n} converge (critère de Leibniz) ; la série de terme général 12n2+O ⁣(1n3)-\dfrac{1}{2n^2} + O\!\left(\dfrac{1}{n^3}\right) est absolument convergente par comparaison à 1n2\sum \dfrac{1}{n^2}. Somme de deux séries convergentes : la série converge.

  1. Ici xn=(1)nnx_n = -\dfrac{(-1)^n}{\sqrt{n}} et :
ln ⁣(1(1)nn)=(1)nn12n+O ⁣(1n3/2).\ln\!\left(1 - \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}\right) = -\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}} - \frac{1}{2n} + O\!\left(\frac{1}{n^{3/2}}\right).

La série (1)nn\displaystyle\sum \frac{(-1)^n}{\sqrt{n}} converge (critère de Leibniz) et la série de terme général O ⁣(1n3/2)O\!\left(\dfrac{1}{n^{3/2}}\right) converge absolument, mais 12n\displaystyle\sum \frac{1}{2n} diverge. Somme d'une série convergente et d'une série divergente : la série diverge.

Cet exercice illustre le test précédent : les trois termes généraux sont respectivement équivalents à (1)nn2-\dfrac{(-1)^n}{n^2}, (1)nn-\dfrac{(-1)^n}{n} et (1)nn-\dfrac{(-1)^n}{\sqrt{n}}, dont les séries convergent toutes les trois. L'équivalence ne suffit donc pas à conclure hors convergence absolue.