Séries à termes quelconques
Séries alternées
Question
Tous les critères de la leçon précédente — majoration des sommes partielles, comparaison, équivalents, comparaison série-intégrale — reposent sur la positivité du terme général. Comment étudier une série dont les termes changent de signe, voire sont complexes ? Faut-il tout reconstruire, ou peut-on ramener ces cas au cas positif ?
Théorème 1 : Théorème des séries alternées — Critère de Leibniz
Soit une suite réelle décroissante convergeant vers . Alors la série est convergente et, pour tout , son reste d'ordre :
est du signe de et vérifie .
En particulier, la somme de la série est comprise entre et .
Démonstration :
Remarquons d'abord que est à termes positifs : décroissante et de limite , elle est minorée par sa limite.
Notons .
- : la suite est décroissante ;
- : la suite est croissante ;
- .
Les suites et sont donc adjacentes : elles convergent vers une même limite . Les suites extraites d'indices pairs et impairs de convergeant vers , la suite converge vers : la série converge. De plus, par monotonie :
Signe du reste. . Si est pair, donc , qui est bien le signe de . Si est impair, donc , qui est bien le signe de .
Majoration du reste. Par changement d'indice :
La suite est décroissante de limite : d'après la première partie de la preuve appliquée à cette suite, sa somme vérifie , donc . Ainsi .
Encadrement de la somme. C'est le même encadrement appliqué à la suite elle-même : , d'où .
Vocabulaire :
On appelle série alternée une série réelle telle que soit de signe constant.
Remarque :
Le résultat précédent, quitte à l'appliquer à la suite , affirme qu'une série alternée dont la valeur absolue du terme général décroît et tend vers est convergente, et que sa somme, et plus généralement tous ses restes, sont du signe de leur premier terme et majorés en valeur absolue par ce dernier.
Test 1
Si une série est alternée et si son terme général tend vers , alors elle converge.
Test 2
Le théorème des séries alternées s'applique encore si la valeur absolue du terme général ne décroît qu'à partir d'un certain rang.
Exercice 1
-
Montrer que, pour tout , la série est convergente.
-
Soit la suite définie par : .
- Montrer que la série est alternée et que son terme général tend vers .
- Montrer que la série est néanmoins divergente.
-
Soit . Montrer que le reste d'ordre de la série est le terme général d'une série convergente.
Solution :(cliquer pour afficher)
-
Posons pour . Comme , la suite est décroissante et tend vers . Le théorème des séries alternées s'applique donc à , qui converge ; la série demandée en est l'opposée puisque . Elle converge.
-
-
Pour pair, ; pour impair, . Ainsi pour tout : la suite est de signe constant, la série est alternée. Par ailleurs et : les deux suites extraites tendent vers , donc .
-
Les termes d'indices pairs étant nuls, pour tout :
-
par divergence de la série harmonique. La suite admet une suite extraite tendant vers : elle ne converge pas, la série diverge.
Ce qui fait défaut ici est la décroissance de : la suite n'est pas décroissante.
- Posons pour . Comme , la suite est décroissante et tend vers : le théorème des séries alternées s'applique à , qui converge, et son reste d'ordre vérifie :
La série de Riemann converge, donc par comparaison de séries à termes positifs, converge : la série est absolument convergente, donc convergente (théorème de la sous-section suivante).
Convergence absolue
Définition 1 : Série absolument convergente
On dit que la série est absolument convergente, ou converge absolument, si la série à termes réels positifs est convergente.
Exemple :
Les séries et sont absolument convergentes : dans les deux cas . Mais qu'a-t-on gagné ? Sont-elles pour autant convergentes ?
Théorème 2 : Convergence absolue implique convergence
Si une série est absolument convergente, alors elle est convergente. De plus on a l'inégalité triangulaire :
Démonstration :
Cas d'une série à termes réels. Posons, pour tout :
On a et . Comme converge, le théorème de comparaison des séries à termes positifs assure que et convergent. Par linéarité, converge.
Cas d'une série à termes complexes. Pour tout , et . Par comparaison, les séries réelles et sont absolument convergentes, donc convergentes d'après le cas réel. D'après la proposition sur les séries à termes complexes, converge.
Inégalité triangulaire. Pour tout , l'inégalité triangulaire sur les sommes finies donne :
la dernière majoration venant de la croissance des sommes partielles d'une série à termes positifs. Le module étant continu, un passage à la limite donne le résultat.
Exemple :
Les séries et sont absolument convergentes, donc elles sont convergentes.
Test 3
Toute série convergente est absolument convergente.
Vocabulaire :
Une série convergente mais non absolument convergente est dite semi-convergente.
Proposition 1 : Exponentielle complexe
Pour tout , la série converge et l'on a :
Démonstration :
Soit .
Étape 1 : convergence absolue. Soit tel que . Pour tout :
car pour . Le terme général est donc dominé par celui d'une série géométrique convergente : la série converge absolument, donc converge. En particulier son terme général tend vers , c'est-à-dire
Étape 2 : valeur de la somme. Considérons la fonction
Elle est de classe sur et pour tout . De plus, pour ,
de sorte qu'en posant — qui ne dépend pas de —
L'inégalité de Taylor-Lagrange à l'ordre entre et s'écrit
et comme et , elle donne :
D'après l'étape 1, le majorant tend vers : la suite des sommes partielles converge vers , ce qui est l'égalité annoncée.
Remarque :
La démonstration fournit au passage la majoration du reste d'ordre : où est indépendant de (on peut prendre ).
Corollaire 1 : Séries de cosinus et sinus
Pour tout , on a :
Démonstration :
Soit . La proposition précédente appliquée à donne
Terme général. Pour , , et :
- si est pair, et est réel ;
- si est impair, et est imaginaire pur.
Posons donc et :
Passage aux parties réelle et imaginaire. Une série complexe converge si et seulement si les séries de ses parties réelle et imaginaire convergent, et l'on a alors et . Les séries et convergent donc, avec
Regroupement. Les termes d'indice impair de étant nuls, on a pour tout :
La suite des sommes partielles de est ainsi extraite de celle de , qui converge vers : elle converge donc vers la même limite, d'où la première égalité. De même, les termes d'indice pair de étant nuls,
et le même argument d'extraction donne la seconde égalité.
Convergence par comparaison à une série positive
Proposition 2
Si est une suite complexe et est une suite de réels positifs telles que , alors la convergence de entraine la convergence absolue de , donc aussi sa convergence.
Démonstration :
Par définition de la domination, il existe et tels que pour tout .
Si converge, alors converge par linéarité. Les séries et étant à termes positifs et vérifiant , le théorème de comparaison donne la convergence de . La nature d'une série ne dépendant pas de ses premiers termes, converge : la série est absolument convergente, donc convergente.
Remarque :
Si est une suite de complexes, on montre la convergence absolue de pour conclure celle de .
Corollaire 2
Si est une suite complexe et est une suite de réels positifs telles que , alors la convergence de entraine la convergence absolue de , donc aussi sa convergence.
Démonstration :
Si , alors en particulier : il existe tel que pour . La proposition précédente s'applique.
Remarque :
Dans la pratique, pour montrer qu'une série est convergente on essaie de montrer qu'il existe tel que (ou bien ), ou qu'il existe tel que (ou bien ).
Exercice 2
- Montrer la convergence des séries suivantes : , et .
- Montrer qu'il existe tel que . ( est appelée constante d'Euler)
Solution :(cliquer pour afficher)
- Première série. Pour tout , , donc :
Le terme général est dominé par celui d'une série géométrique convergente : la série converge.
Deuxième série. Posons . Pour :
donc avec . En prenant la racine carrée :
Comme , le terme général est un avec : la série est absolument convergente, donc convergente.
Troisième série. Développements limités à l'ordre en :
Par différence, les termes en et en se compensent :
D'après le corollaire de comparaison aux séries de Riemann (avec et ), la série converge.
- Posons pour , et étudions la série télescopique associée. Pour tout :
Or et , donc :
En particulier avec convergente : la série converge absolument, donc converge. D'après le lien suite-série, la suite converge ; notons sa limite. Alors :
Corollaire 3 : Comparaison par équivalence — convergence absolue
Soient et deux séries telles que .
La convergence absolue de l'une entraîne la convergence absolue de l'autre.
Démonstration :
Écrivons avec . En passant au module :
donc . Les séries et sont à termes positifs : par comparaison par équivalent, elles sont de même nature. La convergence de l'une équivaut donc à celle de l'autre, c'est-à-dire que converge absolument si, et seulement si, converge absolument.
Test 4
Si et si la série converge, alors la série converge.
Exercice 3
Étudier la convergence des séries
Solution :(cliquer pour afficher)
Dans les trois cas, on pose (avec , , ) et l'on utilise au voisinage de .
-
Ici et . La série converge, donc par comparaison de séries à termes positifs la série converge : la série est absolument convergente, donc convergente.
-
Ici et :
La série converge (critère de Leibniz) ; la série de terme général est absolument convergente par comparaison à . Somme de deux séries convergentes : la série converge.
- Ici et :
La série converge (critère de Leibniz) et la série de terme général converge absolument, mais diverge. Somme d'une série convergente et d'une série divergente : la série diverge.
Cet exercice illustre le test précédent : les trois termes généraux sont respectivement équivalents à , et , dont les séries convergent toutes les trois. L'équivalence ne suffit donc pas à conclure hors convergence absolue.