MPSI · Séries numériques

Sommation des relations de comparaison

Jusqu'ici, les relations de comparaison OO, oo, \sim n'ont servi qu'à un seul usage : décider de la nature d'une série. « Si 0unvn0 \leqslant u_n \leqslant v_n et si vn\sum v_n converge, alors un\sum u_n converge » — un énoncé qui parle de convergence, jamais de vitesse ni de valeur.

Cette leçon franchit un cran. On ne demande plus si la série converge, mais à quelle vitesse : à quelle vitesse le reste d'une série convergente tend vers 00, à quelle vitesse la somme partielle d'une série divergente tend vers ++\infty.

Question

On sait comparer les termes généraux unu_n et vnv_n. Peut-on en déduire une comparaison entre les sommes ? Et d'abord : quelles sommes comparer ? Une série convergente et une série divergente ne mettent pas les mêmes objets à notre disposition.

Notation :

Toutes les relations de comparaison de cette leçon sont prises quand n+n \to +\infty ; on cessera de le rappeler.

Pour deux suites réelles (un)(u_n) et (vn)(v_n), on note les sommes partielles

Un=k=0nuk,Vn=k=0nvkU_n = \sum_{k=0}^{n} u_k, \qquad V_n = \sum_{k=0}^{n} v_k

et, lorsque les séries convergent, les restes

Rn=k=n+1+uk,Rn=k=n+1+vk.R_n = \sum_{k=n+1}^{+\infty} u_k, \qquad R'_n = \sum_{k=n+1}^{+\infty} v_k .

Le rang de départ 00 n'a rien d'essentiel : décaler l'indice initial ne modifie aucun des énoncés qui suivent.

Deux régimes se présentent donc, et un seul objet asymptotique dans chaque :

  • si vn\sum v_n converge, la somme totale est un nombre figé ; ce qui bouge, c'est le reste Rn0R'_n \to 0 ;
  • si vn\sum v_n diverge (à termes positifs), il n'y a plus de reste ; ce qui bouge, c'est la somme partielle Vn+V_n \to +\infty.

Insistons sur le premier point : dans le cas convergent, il ne peut être question de comparer les sommes totales.

Test 1 : Sommes totales

Si unvnu_n \sim v_n et si les deux séries convergent, alors k=0+uk=k=0+vk\displaystyle\sum_{k=0}^{+\infty} u_k = \sum_{k=0}^{+\infty} v_k.

Cas des séries convergentes : sommation des restes

Question

Deux séries convergentes à termes positifs, de termes généraux équivalents : leurs restes tendent tous deux vers 00. Le font-ils à la même vitesse ? Autrement dit, l'équivalence descend-elle du terme général au reste ?

Théorème 1 : Sommation des relations de comparaison — cas convergent

Soient (un)(u_n) et (vn)(v_n) deux suites réelles positives. On suppose que la série vn\sum v_n converge. Alors, dans les trois cas ci-dessous, la série un\sum u_n converge également et :

  1. si un=O(vn)u_n = O(v_n), alors k=n+1+uk=O ⁣(k=n+1+vk)\displaystyle \sum_{k=n+1}^{+\infty} u_k = O\!\left( \sum_{k=n+1}^{+\infty} v_k \right) ;

  2. si un=o(vn)u_n = o(v_n), alors k=n+1+uk=o ⁣(k=n+1+vk)\displaystyle \sum_{k=n+1}^{+\infty} u_k = o\!\left( \sum_{k=n+1}^{+\infty} v_k \right) ;

  3. si unvnu_n \sim v_n, alors k=n+1+uk  k=n+1+vk\displaystyle \sum_{k=n+1}^{+\infty} u_k \ \sim \ \sum_{k=n+1}^{+\infty} v_k.

Démonstration :

Le mécanisme est le même dans les trois cas : la relation de comparaison fournit une majoration de uku_k par un multiple de vkv_k à partir d'un certain rang ; le théorème de comparaison des séries à termes positifs donne la convergence de un\sum u_n, donc l'existence des deux restes ; il ne reste plus qu'à sommer les inégalités de n+1n+1 à mm, puis à faire tendre mm vers ++\infty.

1. Domination. Par hypothèse, il existe M0M \geqslant 0 et NNN \in \mathbb{N} tels que ukMvku_k \leqslant M v_k pour tout kNk \geqslant N (les suites étant positives, uk=uk\lvert u_k \rvert = u_k). La série un\sum u_n est à termes positifs, majorée terme à terme par MvkM v_k à partir du rang NN : elle converge. Soit nNn \geqslant N. Pour tout m>nm > n,

0  k=n+1muk  Mk=n+1mvk  MRn,0 \ \leqslant \ \sum_{k=n+1}^{m} u_k \ \leqslant \ M \sum_{k=n+1}^{m} v_k \ \leqslant \ M R'_n ,

la dernière majoration parce que vk0v_k \geqslant 0. En faisant tendre mm vers ++\infty : 0RnMRn0 \leqslant R_n \leqslant M R'_n, ce qui est exactement Rn=O(Rn)R_n = O(R'_n).

2. Négligeabilité. La convergence de un\sum u_n découle du point 1, puisque un=o(vn)u_n = o(v_n) entraîne un=O(vn)u_n = O(v_n). Soit ε>0\varepsilon > 0. Il existe NN tel que 0ukεvk0 \leqslant u_k \leqslant \varepsilon v_k pour tout kNk \geqslant N. Pour nNn \geqslant N, la même sommation donne

0  Rn  εRn.0 \ \leqslant \ R_n \ \leqslant \ \varepsilon R'_n .

Ceci vaut pour tout ε>0\varepsilon > 0 : c'est la définition de Rn=o(Rn)R_n = o(R'_n).

3. Équivalence. Écrivons uk=vk+wku_k = v_k + w_k avec wk=o(vk)w_k = o(v_k). Soit ε]0,1[\varepsilon \in \left]0,1\right[. Il existe NN tel que wkεvk\lvert w_k \rvert \leqslant \varepsilon v_k pour kNk \geqslant N, c'est-à-dire

(1ε)vk  uk  (1+ε)vk.(1-\varepsilon)\, v_k \ \leqslant \ u_k \ \leqslant \ (1+\varepsilon)\, v_k .

C'est ici que la positivité de vkv_k est décisive : elle permet de multiplier l'encadrement par vkv_k sans retourner les inégalités. La convergence de un\sum u_n est acquise par le point 1. Soit nNn \geqslant N ; en sommant pour kk de n+1n+1 à mm, puis en faisant m+m \to +\infty :

(1ε)Rn  Rn  (1+ε)Rn,soitRnRn  εRn.(1-\varepsilon)\, R'_n \ \leqslant \ R_n \ \leqslant \ (1+\varepsilon)\, R'_n , \qquad \text{soit} \qquad \lvert R_n - R'_n \rvert \ \leqslant \ \varepsilon R'_n .

Donc RnRn=o(Rn)R_n - R'_n = o(R'_n), c'est-à-dire RnRnR_n \sim R'_n.

Remarque :

Trois précisions sur les hypothèses.

  • La positivité peut n'être vraie qu'à partir d'un certain rang. Les restes RnR_n et RnR'_n ne dépendent que des termes d'indice >n> n : modifier un nombre fini de termes ne change ni la nature des séries, ni le comportement asymptotique des restes. L'énoncé s'applique donc dès que un0u_n \geqslant 0 et vn0v_n \geqslant 0 à partir d'un certain rang.

  • En revanche, on ne peut pas s'en passer. Posons, pour n1n \geqslant 1, vn=(1)nnv_n = \dfrac{(-1)^n}{\sqrt{n}} et un=(1)nn+1nu_n = \dfrac{(-1)^n}{\sqrt{n}} + \dfrac{1}{n}. Comme 1n=o ⁣(1n)\dfrac{1}{n} = o\!\left(\dfrac{1}{\sqrt n}\right), on a unvnu_n \sim v_n. La série vn\sum v_n converge (critère spécial des séries alternées), mais un\sum u_n diverge : le reste RnR_n n'existe même pas.

  • On somme les restes, pas les sommes totales — c'est l'objet du test ci-dessus.

Test 2 : Sans hypothèse de signe

Si unvnu_n \sim v_n et si la série vn\sum v_n converge, alors la série un\sum u_n converge.

Exercice 1 : Restes et série géométrique

Donner un équivalent, quand n+n \to +\infty, de

An=k=n+1+12k+ketBn=k=n+1+ln ⁣(1+12k).A_n = \sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{2^k + k} \qquad \text{et} \qquad B_n = \sum_{k=n+1}^{+\infty} \ln\!\left( 1 + \frac{1}{2^k} \right) .
Solution :(cliquer pour afficher)

La série de référence est ici la série géométrique 12k\sum \dfrac{1}{2^k}, dont le reste se calcule exactement :

k=n+1+12k = 12n+11112 = 12n.\sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{2^k} \ = \ \frac{1}{2^{n+1}} \cdot \frac{1}{1 - \frac 12} \ = \ \frac{1}{2^{n}} .

Première somme. Pour k0k \geqslant 0, 2k+k>02^k + k > 0 et

12k+k = 12k11+k2k  12k,\frac{1}{2^k+k} \ = \ \frac{1}{2^k} \cdot \frac{1}{1 + \dfrac{k}{2^k}} \ \sim \ \frac{1}{2^k} ,

puisque k2k0\dfrac{k}{2^k} \to 0 (croissances comparées). Les deux suites sont positives et 12k\sum \dfrac{1}{2^k} converge : le théorème s'applique — il fournit au passage la convergence de 12k+k\sum \dfrac{1}{2^k+k}, donc l'existence de AnA_n — et donne

An  k=n+1+12k = 12n.A_n \ \sim \ \sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{2^k} \ = \ \frac{1}{2^{n}} .

Seconde somme. Comme 12k0\dfrac{1}{2^k} \to 0, on a ln ⁣(1+12k)12k\ln\!\left( 1 + \dfrac{1}{2^k} \right) \sim \dfrac{1}{2^k}, avec un terme général positif. Le même théorème donne

Bn  12n.B_n \ \sim \ \frac{1}{2^{n}} .

Attention à ce que dit ce résultat : AnBnA_n \sim B_n, mais ces deux restes ne sont pas égaux. L'équivalence ne fixe que l'ordre de grandeur ; elle ne permet ni de soustraire les deux relations, ni de conclure quoi que ce soit sur AnBnA_n - B_n.

Exemple :

Pour k1k \geqslant 1, 1k2+11k2\dfrac{1}{k^2+1} \sim \dfrac{1}{k^2} : deux suites positives, et 1k2\sum \dfrac{1}{k^2} converge. Le théorème s'applique donc et

k=n+1+1k2+1  k=n+1+1k2.\sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{k^2+1} \ \sim \ \sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{k^2} .

L'équivalence est transportée — mais le membre de droite reste une somme infinie, pas une formule. Combien vaut-il ?

Cas des séries divergentes : sommation des sommes partielles

Question

Quand vn\sum v_n diverge avec vn0v_n \geqslant 0, il n'y a plus de reste à comparer : c'est la somme partielle VnV_n qui porte toute l'information, et elle tend vers ++\infty. Une comparaison des termes généraux se transmet-elle à ces sommes partielles ? Et si oui, pourquoi les premiers termes ne gênent-ils plus, alors qu'ils interdisaient de comparer les sommes totales ?

Remarquons d'emblée que la suite (Vn)(V_n) est croissante (les vkv_k sont positifs) et non convergente : elle tend donc vers ++\infty, et en particulier Vn>0V_n > 0 à partir d'un certain rang. C'est cette divergence qui va « noyer » les premiers termes.

Théorème 2 : Sommation des relations de comparaison — cas divergent

Soient (un)(u_n) et (vn)(v_n) deux suites réelles positives. On suppose que la série vn\sum v_n diverge. Alors :

  1. si un=O(vn)u_n = O(v_n), alors k=0nuk=O ⁣(k=0nvk)\displaystyle \sum_{k=0}^{n} u_k = O\!\left( \sum_{k=0}^{n} v_k \right) ;

  2. si un=o(vn)u_n = o(v_n), alors k=0nuk=o ⁣(k=0nvk)\displaystyle \sum_{k=0}^{n} u_k = o\!\left( \sum_{k=0}^{n} v_k \right) ;

  3. si unvnu_n \sim v_n, alors la série un\sum u_n diverge elle aussi et k=0nuk  k=0nvk\displaystyle \sum_{k=0}^{n} u_k \ \sim \ \sum_{k=0}^{n} v_k.

Démonstration :

On note UnU_n et VnV_n les sommes partielles ; on a vu que Vn+V_n \to +\infty.

1. Domination. Il existe M0M \geqslant 0 et NNN \in \mathbb{N} tels que ukMvku_k \leqslant M v_k pour kNk \geqslant N. Pour nNn \geqslant N, en isolant les premiers termes :

0  Un = k=0N1uk+k=Nnuk  UN1+MVn.0 \ \leqslant \ U_n \ = \ \sum_{k=0}^{N-1} u_k + \sum_{k=N}^{n} u_k \ \leqslant \ U_{N-1} + M V_n .

La quantité UN1U_{N-1} est une constante et Vn+V_n \to +\infty, donc UnVnUN1Vn+M\dfrac{U_n}{V_n} \leqslant \dfrac{U_{N-1}}{V_n} + M est bornée : Un=O(Vn)U_n = O(V_n).

2. Négligeabilité. Soit ε>0\varepsilon > 0 fixé. Il existe un rang NεN_\varepsilon tel que

kNε  0ukεvk.k \geqslant N_\varepsilon \ \Longrightarrow \ 0 \leqslant u_k \leqslant \varepsilon v_k .

Pour n>Nεn > N_\varepsilon, on coupe la somme en deux :

0  Un = k=0Nεuk+k=Nε+1nuk  UNε+εk=Nε+1nvk  UNε+εVn,0 \ \leqslant \ U_n \ = \ \sum_{k=0}^{N_\varepsilon} u_k + \sum_{k=N_\varepsilon+1}^{n} u_k \ \leqslant \ U_{N_\varepsilon} + \varepsilon \sum_{k=N_\varepsilon+1}^{n} v_k \ \leqslant \ U_{N_\varepsilon} + \varepsilon V_n ,

la dernière inégalité parce que vk0v_k \geqslant 0. En divisant par Vn>0V_n > 0 (vrai à partir d'un certain rang) :

0  UnVn  ε+UNεVn.0 \ \leqslant \ \frac{U_n}{V_n} \ \leqslant \ \varepsilon + \frac{U_{N_\varepsilon}}{V_n} .

Le numérateur UNεU_{N_\varepsilon} est fixé une fois ε\varepsilon choisi, et Vn+V_n \to +\infty : il existe donc un rang NN' tel que n>NUNεVnεn > N' \Rightarrow \dfrac{U_{N_\varepsilon}}{V_n} \leqslant \varepsilon. Finalement

n>max(Nε,N)  0UnVn2ε,n > \max(N_\varepsilon, N') \ \Longrightarrow \ 0 \leqslant \frac{U_n}{V_n} \leqslant 2\varepsilon ,

ce qui prouve UnVn0\dfrac{U_n}{V_n} \to 0, soit Un=o(Vn)U_n = o(V_n). C'est très exactement ici que la divergence de vn\sum v_n sert : elle écrase la contribution des premiers termes.

3. Équivalence. Écrivons un=vn+wnu_n = v_n + w_n avec wn=o(vn)w_n = o(v_n), et posons Wn=k=0nwkW_n = \sum_{k=0}^{n} w_k, de sorte que Un=Vn+WnU_n = V_n + W_n. La suite (wn)\left( \lvert w_n \rvert \right) est positive et vérifie wn=o(vn)\lvert w_n \rvert = o(v_n) : le point 2 lui est applicable et donne k=0nwk=o(Vn)\sum_{k=0}^{n} \lvert w_k \rvert = o(V_n). Or, par inégalité triangulaire,

Wn = k=0nwk  k=0nwk = o(Vn).\lvert W_n \rvert \ = \ \left\lvert \sum_{k=0}^{n} w_k \right\rvert \ \leqslant \ \sum_{k=0}^{n} \lvert w_k \rvert \ = \ o(V_n) .

Donc Un=Vn+o(Vn)U_n = V_n + o(V_n), c'est-à-dire UnVnU_n \sim V_n. Enfin Vn+V_n \to +\infty entraîne Un+U_n \to +\infty : la série un\sum u_n diverge.

Remarque :

Dans les cas 1 et 2, l'hypothèse ne dit rien sur la nature de un\sum u_n : celle-ci peut converger comme diverger. Et si elle converge, la conclusion devient vraie mais vide de sens : UnU_n est alors bornée, donc automatiquement négligeable devant Vn+V_n \to +\infty. Les deux premiers points ne sont informatifs que lorsque un\sum u_n diverge elle aussi. Le cas 3, lui, force la divergence de un\sum u_n : il n'a pas cette faiblesse.

Test 3 : Une conclusion parfois creuse

Soient (un)(u_n) et (vn)(v_n) positives avec un=o(vn)u_n = o(v_n) et vn\sum v_n divergente. Si de plus un\sum u_n converge, alors la conclusion k=0nuk=o ⁣(k=0nvk)\displaystyle\sum_{k=0}^{n} u_k = o\!\left(\sum_{k=0}^n v_k\right) reste vraie.

Exercice 2 : Sommes partielles : deux références élémentaires

Donner un équivalent, quand n+n \to +\infty, de

Cn=k=1nk2+1etDn=k=1n(1+1k)k.C_n = \sum_{k=1}^{n} \sqrt{k^2+1} \qquad \text{et} \qquad D_n = \sum_{k=1}^{n} \left( 1 + \frac 1k \right)^{k} .
Solution :(cliquer pour afficher)

Première somme. Pour k1k \geqslant 1,

k2+1 = k1+1k2  k,\sqrt{k^2+1} \ = \ k \sqrt{1 + \frac{1}{k^2}} \ \sim \ k ,

les deux suites sont positives et k\sum k diverge (son terme général ne tend pas vers 00). Le point 3 du théorème s'applique :

Cn  k=1nk = n(n+1)2  n22.C_n \ \sim \ \sum_{k=1}^{n} k \ = \ \frac{n(n+1)}{2} \ \sim \ \frac{n^2}{2} .

Seconde somme. Posons uk=(1+1k)k=exp ⁣(kln ⁣(1+1k))u_k = \left( 1 + \dfrac 1k \right)^{k} = \exp\!\left( k \ln\!\left( 1 + \dfrac 1k \right) \right). Comme kln ⁣(1+1k)1k \ln\!\left( 1 + \dfrac 1k \right) \to 1, on a ukeu_k \to e, donc ukeu_k \sim e. La suite constante vk=ev_k = e est positive et vk\sum v_k diverge grossièrement, avec k=1ne=ne\displaystyle\sum_{k=1}^{n} e = n\,e. D'où

Dn  ne.D_n \ \sim \ n\,e .

Ce second cas est le mécanisme entier du théorème de Cesàro, démontré dans la section suivante : dès qu'une suite positive converge vers une limite l>0l > 0, ses sommes partielles sont équivalentes à nln\,l.

Exemple :

Pour k1k \geqslant 1, sin ⁣(1k)1k\sin\!\left(\dfrac 1k\right) \sim \dfrac 1k, les deux suites sont positives et 1k\sum \dfrac 1k diverge. Le théorème donne

k=1nsin ⁣(1k)  k=1n1k.\sum_{k=1}^{n} \sin\!\left(\frac 1k\right) \ \sim \ \sum_{k=1}^{n} \frac 1k .

Comme tout à l'heure, l'équivalence est acquise, mais la somme de droite reste opaque. Comment l'évaluer ?

Un corollaire célèbre : le théorème de Cesàro

Question

Une suite (un)(u_n) converge vers ll. Ses moyennes successives u1++unn\dfrac{u_1 + \cdots + u_n}{n} lissent ses oscillations : convergent-elles encore vers ll ? Et si les moyennes convergent, la suite doit-elle converger ?

Corollaire 1 : Théorème de Cesàro

Soit (un)n1(u_n)_{n \geqslant 1} une suite réelle convergeant vers lRl \in \mathbb{R}. Alors

limn+ 1nk=1nuk = l.\lim_{n \to +\infty} \ \frac{1}{n} \sum_{k=1}^{n} u_k \ = \ l .

Démonstration :

Premier cas : l>0l > 0. Comme unl>0u_n \to l > 0, il existe un rang NN tel que uk>0u_k > 0 pour kNk \geqslant N. Quitte à remplacer u1,,uN1u_1, \dots, u_{N-1} par ll, on peut supposer uk>0u_k > 0 pour tout kk : cette modification ajoute à k=1nuk\sum_{k=1}^{n} u_k une constante MM indépendante de nn (dès que nNn \geqslant N), donc ajoute Mn0\dfrac Mn \to 0 à la moyenne, sans effet sur la limite étudiée.

Posons alors vk=lv_k = l pour tout kk. La suite (vk)(v_k) est positive, et la série vn\sum v_n diverge grossièrement. De plus ukl=vku_k \sim l = v_k, les deux suites étant positives. Le théorème du cas divergent (point 3) donne

k=1nuk  k=1nl = nl,\sum_{k=1}^{n} u_k \ \sim \ \sum_{k=1}^{n} l \ = \ n\,l ,

d'où 1nk=1nukl\dfrac 1n \sum_{k=1}^{n} u_k \sim l. Une suite équivalente à la constante non nulle ll converge vers ll.

Cas général. Posons u~n=unl+1\tilde u_n = u_n - l + 1. Alors u~n1>0\tilde u_n \to 1 > 0, et le premier cas s'applique :

1nk=1nu~k n+ 1.\frac 1n \sum_{k=1}^{n} \tilde u_k \ \xrightarrow[n \to +\infty]{} \ 1 .

Or 1nk=1nu~k=1nk=1nukl+1\dfrac 1n \sum_{k=1}^{n} \tilde u_k = \dfrac 1n \sum_{k=1}^{n} u_k - l + 1. On en déduit 1nk=1nukl\dfrac 1n \sum_{k=1}^{n} u_k \to l.

Remarque :

Deux compléments.

  • Il n'y a pas de réciproque. Prenons un=(1)nu_n = (-1)^n : la somme k=1nuk\sum_{k=1}^{n} u_k vaut 00 ou 1-1 selon la parité de nn, donc la moyenne tend vers 00, alors que (un)(u_n) diverge. Le procédé de Cesàro régularise : il peut fabriquer de la convergence là où il n'y en avait pas.

  • L'hypothèse « suite réelle » n'est pas essentielle : le résultat subsiste dans tout espace vectoriel normé (hors programme en MPSI), la démonstration passant alors par l'inégalité triangulaire plutôt que par le théorème ci-dessus.

Test 4 : Réciproque de Cesàro

Si la suite (1nk=1nuk)n1\left( \dfrac{1}{n} \displaystyle\sum_{k=1}^{n} u_k \right)_{n \geqslant 1} converge vers ll, alors la suite (un)(u_n) converge vers ll.

La méthode : comparer à une série télescopique

Question

Les deux théorèmes comparent une somme à une autre somme. Pour en tirer un équivalent explicite, il faudrait donc une série de référence dont on sache calculer exactement les sommes partielles — ou les restes. Quelles séries offrent ce luxe ?

Une seule famille, en réalité : les séries télescopiques. Si (bn)(b_n) est une suite, alors

k=n0+1n(bkbk1)=bnbn0,et si bk0,k=n+1+(bk1bk)=bn.\sum_{k=n_0+1}^{n} \left( b_k - b_{k-1} \right) = b_n - b_{n_0} , \qquad \text{et si } b_k \to 0, \quad \sum_{k=n+1}^{+\infty} \left( b_{k-1} - b_k \right) = b_n .

Toute la technique consiste à fabriquer une telle série équivalente à celle qu'on étudie.

Rédaction — Comparer à une série télescopique :

Pour obtenir un équivalent explicite de kuk\displaystyle\sum_{k} u_k :

Étape 1 — deviner. Proposer une suite simple (bn)(b_n) dont on soupçonne qu'elle donne l'ordre de grandeur cherché (l'intuition vient souvent du cas continu : une primitive, une intégrale).

Étape 2 — télescoper. Poser wk=bkbk1w_k = b_k - b_{k-1} si l'on vise une somme partielle, wk=bk1bkw_k = b_{k-1} - b_k si l'on vise un reste. Dans les deux cas, wk\sum w_k se somme exactement, par les formules ci-dessus.

Étape 3 — comparer. Développer wkw_k (développement limité en 1k\frac 1k) et montrer que wkλukw_k \sim \lambda\, u_k avec λ>0\lambda > 0. Vérifier que uku_k et wkw_k sont positifs à partir d'un certain rang : sans cela, aucun des deux théorèmes ne s'applique.

Étape 4 — conclure. La nature de wk\sum w_k se lit directement sur (bn)(b_n) : la série télescopique converge si et seulement si la suite (bn)(b_n) converge. Appliquer alors le théorème correspondant :

k=n0+1nuk  bnbn0λouk=n+1+uk  bnλ.\sum_{k=n_0+1}^{n} u_k \ \sim \ \frac{b_n - b_{n_0}}{\lambda} \qquad \text{ou} \qquad \sum_{k=n+1}^{+\infty} u_k \ \sim \ \frac{b_n}{\lambda} .

Appliquons immédiatement la recette à la famille de référence du chapitre.

Proposition 1 : Restes et sommes partielles des séries de Riemann

Soit αR\alpha \in \mathbb{R}.

  1. Si α>1\alpha > 1 : k=n+1+1kα  1(α1)nα1\displaystyle \sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{k^\alpha} \ \sim \ \frac{1}{(\alpha-1)\, n^{\alpha-1}}.

  2. Si α<1\alpha < 1 : k=1n1kα  n1α1α\displaystyle \sum_{k=1}^{n} \frac{1}{k^\alpha} \ \sim \ \frac{n^{1-\alpha}}{1-\alpha}.

  3. Si α=1\alpha = 1 : k=1n1k  lnn\displaystyle \sum_{k=1}^{n} \frac 1k \ \sim \ \ln n.

Démonstration :

1. Cas α>1\alpha > 1. Posons bk=1kα1b_k = \dfrac{1}{k^{\alpha-1}}, qui tend vers 00, et wk=bkbk+1>0w_k = b_k - b_{k+1} > 0. Alors

wk=1kα1(1(1+1k)1α)=1kα1(α1k+O ⁣(1k2))  α1kα,w_k = \frac{1}{k^{\alpha-1}} \left( 1 - \left( 1 + \frac 1k \right)^{1-\alpha} \right) = \frac{1}{k^{\alpha-1}} \left( \frac{\alpha-1}{k} + O\!\left( \frac{1}{k^2} \right) \right) \ \sim \ \frac{\alpha-1}{k^{\alpha}} ,

c'est-à-dire 1kαwkα1\dfrac{1}{k^\alpha} \sim \dfrac{w_k}{\alpha-1}, avec α1>0\alpha - 1 > 0. Les deux suites sont positives et wk\sum w_k converge (télescopique de terme bk0b_k \to 0), de reste

k=n+1+wk=k=n+1+(bkbk+1)=bn+1=1(n+1)α1.\sum_{k=n+1}^{+\infty} w_k = \sum_{k=n+1}^{+\infty} (b_k - b_{k+1}) = b_{n+1} = \frac{1}{(n+1)^{\alpha-1}} .

Le théorème du cas convergent donne alors

k=n+1+1kα  1α11(n+1)α1  1(α1)nα1,\sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{k^\alpha} \ \sim \ \frac{1}{\alpha-1} \cdot \frac{1}{(n+1)^{\alpha-1}} \ \sim \ \frac{1}{(\alpha-1)\, n^{\alpha-1}} ,

puisque (n+1)α1nα1(n+1)^{\alpha-1} \sim n^{\alpha-1}.

2. Cas α<1\alpha < 1. Posons cette fois bk=k1αb_k = k^{1-\alpha} (avec b0=0b_0 = 0, licite car 1α>01-\alpha > 0) et wk=bkbk1>0w_k = b_k - b_{k-1} > 0. Pour k2k \geqslant 2,

wk=k1α(1(11k)1α)=k1α(1αk+O ⁣(1k2))  1αkα.w_k = k^{1-\alpha} \left( 1 - \left( 1 - \frac 1k \right)^{1-\alpha} \right) = k^{1-\alpha} \left( \frac{1-\alpha}{k} + O\!\left( \frac{1}{k^2} \right) \right) \ \sim \ \frac{1-\alpha}{k^{\alpha}} .

Les sommes partielles k=1nwk=bn=n1α\sum_{k=1}^{n} w_k = b_n = n^{1-\alpha} tendent vers ++\infty : la série wk\sum w_k diverge. Le théorème du cas divergent donne

k=1n1kα  11αk=1nwk = n1α1α.\sum_{k=1}^{n} \frac{1}{k^\alpha} \ \sim \ \frac{1}{1-\alpha} \sum_{k=1}^{n} w_k \ = \ \frac{n^{1-\alpha}}{1-\alpha} .

3. Cas α=1\alpha = 1. Posons bk=lnkb_k = \ln k et wk=bkbk1=ln ⁣(11k)w_k = b_k - b_{k-1} = -\ln\!\left( 1 - \dfrac 1k \right) pour k2k \geqslant 2. Alors wk1kw_k \sim \dfrac 1k, les deux suites sont positives, et k=2nwk=lnn+\sum_{k=2}^{n} w_k = \ln n \to +\infty : la série wk\sum w_k diverge. Le théorème du cas divergent donne

k=2n1k  lnn,\sum_{k=2}^{n} \frac 1k \ \sim \ \ln n ,

et l'ajout du terme constant 11 ne change pas l'équivalent puisque lnn+\ln n \to +\infty : k=1n1klnn\displaystyle\sum_{k=1}^{n} \frac 1k \sim \ln n.

Exemple :

Les deux cas les plus utilisés, à connaître par cœur :

k=n+1+1k2  1n,Hn=k=1n1k  lnn.\sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{k^2} \ \sim \ \frac 1n , \qquad H_n = \sum_{k=1}^{n} \frac 1k \ \sim \ \ln n .

Les deux exemples laissés en suspens plus haut sont maintenant résolus : k=n+1+1k2+11n\displaystyle\sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{k^2+1} \sim \frac 1n et k=1nsin ⁣(1k)lnn\displaystyle\sum_{k=1}^{n} \sin\!\left(\frac 1k\right) \sim \ln n.

Test 5 : Reste d'une série de Riemann

k=n+1+1k3  12n2\displaystyle \sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{k^3} \ \sim \ \frac{1}{2n^2}.

Exercice 3 : Équivalents de deux restes

Donner un équivalent, quand n+n \to +\infty, de

k=n+1k4+3k2etk=n+kk!.\sum_{k=n}^{+\infty} \frac{1}{k^4+3k-2} \qquad \text{et} \qquad \sum_{k=n}^{+\infty} \frac{\sqrt k}{k!} .
Solution :(cliquer pour afficher)

Première somme. Pour k1k \geqslant 1, k4+3k22>0k^4 + 3k - 2 \geqslant 2 > 0 et

1k4+3k2  1k4.\frac{1}{k^4+3k-2} \ \sim \ \frac{1}{k^4} .

Les deux suites sont positives et 1k4\sum \dfrac{1}{k^4} converge (α=4>1\alpha = 4 > 1) : le théorème du cas convergent donne l'équivalence des restes. Il reste à évaluer k=n+1k4\sum_{k=n}^{+\infty} \dfrac{1}{k^4}, dont l'indice de départ est nn et non n+1n+1 ; on isole le premier terme :

k=n+1k4=1n4+k=n+1+1k4=1n4+13n3+o ⁣(1n3)  13n3,\sum_{k=n}^{+\infty} \frac{1}{k^4} = \frac{1}{n^4} + \sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{k^4} = \frac{1}{n^4} + \frac{1}{3n^3} + o\!\left( \frac{1}{n^3} \right) \ \sim \ \frac{1}{3n^3} ,

car 1n4=o ⁣(1n3)\dfrac{1}{n^4} = o\!\left( \dfrac{1}{n^3} \right). Conclusion :

k=n+1k4+3k2  13n3.\sum_{k=n}^{+\infty} \frac{1}{k^4+3k-2} \ \sim \ \frac{1}{3n^3} .

Seconde somme. Ici, aucune série de Riemann ne convient : le terme général décroît beaucoup trop vite. Appliquons la méthode télescopique en devinant que le reste est du même ordre que son premier terme. Posons donc

bk=kk!,wk=bkbk+1.b_k = \frac{\sqrt k}{k!}, \qquad w_k = b_k - b_{k+1} .

Comme bk+1bk=k+1k(k+1)=1k(k+1)k+0\dfrac{b_{k+1}}{b_k} = \dfrac{\sqrt{k+1}}{\sqrt k \,(k+1)} = \dfrac{1}{\sqrt{k(k+1)}} \xrightarrow[k \to +\infty]{} 0, on obtient

wk=bk(11k(k+1))  bk=kk!,w_k = b_k \left( 1 - \frac{1}{\sqrt{k(k+1)}} \right) \ \sim \ b_k = \frac{\sqrt k}{k!} ,

et wk>0w_k > 0 pour k1k \geqslant 1. La série wk\sum w_k est télescopique de terme bk0b_k \to 0, donc convergente, de reste

k=n+wk=k=n+(bkbk+1)=bn=nn!.\sum_{k=n}^{+\infty} w_k = \sum_{k=n}^{+\infty} (b_k - b_{k+1}) = b_n = \frac{\sqrt n}{n!} .

Le théorème du cas convergent — qui donne au passage la convergence de kk!\sum \dfrac{\sqrt k}{k!} — conclut :

k=n+kk!  nn!.\sum_{k=n}^{+\infty} \frac{\sqrt k}{k!} \ \sim \ \frac{\sqrt n}{n!} .

Autrement dit : pour une série à décroissance très rapide, le reste est équivalent à son premier terme.

Exercice 4 : Une somme partielle à croissance géométrique

Trouver un équivalent, quand n+n \to +\infty, de

Sn=k=1n2kln(k).S_n = \sum_{k=1}^{n} 2^k \ln(k) .

Indication : la fonction ln\ln varie « lentement », on peut donc deviner que Sn(k=0n2k)lnnS_n \sim \left( \sum_{k=0}^{n} 2^k \right) \ln n, soit Sn2n+1lnnS_n \sim 2^{n+1} \ln n. Pour le justifier, considérer la série télescopique associée à la suite bn=2n+1lnnb_n = 2^{n+1} \ln n.

Solution :(cliquer pour afficher)

Posons bk=2k+1lnkb_k = 2^{k+1} \ln k pour k1k \geqslant 1 (donc b1=0b_1 = 0) et wk=bkbk1w_k = b_k - b_{k-1} pour k2k \geqslant 2 :

wk=2k+1lnk2kln(k1)=2k(2lnkln(k1))=2k(lnkln ⁣(11k)).w_k = 2^{k+1} \ln k - 2^{k} \ln(k-1) = 2^k \left( 2 \ln k - \ln(k-1) \right) = 2^k \left( \ln k - \ln\!\left( 1 - \frac 1k \right) \right) .

Comme ln ⁣(11k)0\ln\!\left( 1 - \dfrac 1k \right) \to 0 tandis que lnk+\ln k \to +\infty, on obtient

wk  2klnk,w_k \ \sim \ 2^k \ln k ,

et wk>0w_k > 0 pour k2k \geqslant 2 (car 2lnk>ln(k1)2\ln k > \ln(k-1)), tout comme 2klnk2^k \ln k. Enfin k=2nwk=bnb1=2n+1lnn+\sum_{k=2}^{n} w_k = b_n - b_1 = 2^{n+1} \ln n \to +\infty : la série wk\sum w_k diverge.

Le théorème du cas divergent s'applique donc aux deux suites positives (2klnk)k2\left( 2^k \ln k \right)_{k \geqslant 2} et (wk)k2(w_k)_{k \geqslant 2} :

Sn=k=2n2klnk  k=2nwk=2n+1lnnS_n = \sum_{k=2}^{n} 2^k \ln k \ \sim \ \sum_{k=2}^{n} w_k = 2^{n+1} \ln n

(le terme d'indice 11 est nul, puisque ln1=0\ln 1 = 0). L'intuition de l'indication est donc exacte :

Sn  2n+1lnn.S_n \ \sim \ 2^{n+1} \ln n .

Application : la formule de Stirling

Question

La factorielle croît plus vite que toute exponentielle — mais à quelle vitesse exactement ? Le produit n!n! résiste à l'analyse asymptotique ; son logarithme, lui, est une somme : ln(n!)=k=1nlnk\ln(n!) = \sum_{k=1}^{n} \ln k. Peut-on obtenir non seulement un équivalent, mais un développement asymptotique aussi précis qu'on le souhaite ?

Le principe est le suivant, et il dépasse largement le cas de n!n! : toute suite est la somme partielle de la série télescopique qui lui est associée, puisque Sn=Sn0+k=n0+1n(SkSk1)S_n = S_{n_0} + \sum_{k=n_0+1}^{n} (S_k - S_{k-1}). Les deux théorèmes de cette leçon sont donc des machines à raffiner les développements asymptotiques de suites.

Rédaction — Développement asymptotique par séries télescopiques successives :

On dispose d'un développement partiel Sn=f(n)+reste inconnuS_n = f(n) + \text{reste inconnu} et l'on veut préciser le reste.

Étape 1. Poser Tn=Snf(n)T_n = S_n - f(n) : c'est le morceau encore inconnu.

Étape 2. Calculer le terme de la série télescopique associée, tk=TkTk1t_k = T_k - T_{k-1}, et en chercher un équivalent simple (développement limité en 1k\frac 1k).

Étape 3. Deux issues, selon la nature de tk\sum t_k :

  • elle diverge : le théorème du cas divergent fournit un équivalent de TnTn0T_n - T_{n_0}, donc de TnT_n ; on gagne un terme du développement ;
  • elle converge : la suite (Tn)(T_n) converge vers une constante LL ; on gagne cette constante, et l'on précise ensuite TnLT_n - L, qui est l'opposé du reste de la série télescopique — c'est cette fois le théorème du cas convergent qui parle.

Étape 4. Recommencer avec le nouveau développement, autant de fois que voulu.

Théorème 3 : Développement asymptotique de ln(n!)

Il existe un réel LL tel que

ln(n!) = nlnnn+12lnn+L+112n+o ⁣(1n).\ln(n!) \ = \ n \ln n - n + \frac 12 \ln n + L + \frac{1}{12n} + o\!\left( \frac 1n \right) .

Démonstration :

On note Sn=ln(n!)=k=1nlnkS_n = \ln(n!) = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} \ln k et l'on applique quatre fois la méthode ci-dessus.

Étape 0 — un premier équivalent. La fonction ln\ln est croissante sur [1,+[[1,+\infty[, donc pour k2k \geqslant 2 :

k1klntdt  lnk  kk+1lntdt.\int_{k-1}^{k} \ln t \, dt \ \leqslant \ \ln k \ \leqslant \ \int_{k}^{k+1} \ln t \, dt .

En sommant pour kk allant de 22 à nn, et en utilisant 1xlntdt=xlnxx+1\displaystyle\int_1^{x} \ln t \, dt = x \ln x - x + 1 (intégration par parties) :

nlnnn+1  Sn  (n+1)ln(n+1)(n+1)(2ln22).n \ln n - n + 1 \ \leqslant \ S_n \ \leqslant \ (n+1)\ln(n+1) - (n+1) - (2\ln 2 - 2) .

Les deux membres extrêmes sont équivalents à nlnnn \ln n, donc SnnlnnS_n \sim n \ln n.

Étape 1 — le terme en nn. Posons Sn=SnnlnnS'_n = S_n - n \ln n, de sorte que Sn=o(nlnn)S'_n = o(n \ln n). Le terme de la série télescopique associée est, pour k2k \geqslant 2 :

uk=SkSk1=lnkklnk+(k1)ln(k1)=(k1)ln ⁣(11k).u_k = S'_k - S'_{k-1} = \ln k - k \ln k + (k-1)\ln(k-1) = (k-1) \ln\!\left( 1 - \frac 1k \right) .

Or uk1u_k \to -1, donc uk1-u_k \sim 1 avec uk>0-u_k > 0 à partir d'un certain rang, et 1\sum 1 diverge. Le théorème du cas divergent donne

k=2n(uk)  k=2n1=n1  n,d’ouˋSnS1=k=2nuk  n.\sum_{k=2}^{n} (-u_k) \ \sim \ \sum_{k=2}^{n} 1 = n-1 \ \sim \ n , \qquad \text{d'où} \qquad S'_n - S'_1 = \sum_{k=2}^{n} u_k \ \sim \ -n .

La constante S1S'_1 étant un o(n)o(n), on obtient Sn=n+o(n)S'_n = -n + o(n), soit

Sn=nlnnn+o(n).S_n = n \ln n - n + o(n) .

Étape 2 — le terme en lnn\ln n. Posons Tn=Snnlnn+nT_n = S_n - n \ln n + n, dont on sait qu'il est o(n)o(n). Le terme télescopique vaut

TkTk1=uk+1=1+(k1)ln ⁣(11k).T_k - T_{k-1} = u_k + 1 = 1 + (k-1)\ln\!\left( 1 - \frac 1k \right) .

Le développement ln(1x)=xx22x33+O(x4)\ln(1-x) = -x - \dfrac{x^2}{2} - \dfrac{x^3}{3} + O(x^4) appliqué à x=1kx = \dfrac 1k donne

(k1)ln ⁣(11k)=1+12k+16k2+O ⁣(1k3),doncTkTk1  12k.(k-1)\ln\!\left( 1 - \frac 1k \right) = -1 + \frac{1}{2k} + \frac{1}{6k^2} + O\!\left( \frac{1}{k^3} \right) , \qquad \text{donc} \qquad T_k - T_{k-1} \ \sim \ \frac{1}{2k} .

Cette suite est positive à partir d'un certain rang et 12k\sum \dfrac{1}{2k} diverge. Le théorème du cas divergent, joint à HnlnnH_n \sim \ln n, donne

TnT1  12k=2n1k  lnn2,d’ouˋSn=nlnnn+12lnn+o(lnn).T_n - T_1 \ \sim \ \frac 12 \sum_{k=2}^{n} \frac 1k \ \sim \ \frac{\ln n}{2} , \qquad \text{d'où} \qquad S_n = n \ln n - n + \frac 12 \ln n + o(\ln n) .

Étape 3 — la constante. Posons Wn=Snnlnn+n12lnnW_n = S_n - n \ln n + n - \dfrac 12 \ln n. Cette fois

WkWk1=(uk+1)+12ln ⁣(11k)=1+(k12)ln ⁣(11k),W_k - W_{k-1} = (u_k + 1) + \frac 12 \ln\!\left( 1 - \frac 1k \right) = 1 + \left( k - \frac 12 \right) \ln\!\left( 1 - \frac 1k \right) ,

et le même développement, poussé à l'ordre 33, fait disparaître le terme en 1k\dfrac 1k :

(k12)ln ⁣(11k)=1112k2+O ⁣(1k3),doncWkWk1  112k2.\left( k - \frac 12 \right) \ln\!\left( 1 - \frac 1k \right) = -1 - \frac{1}{12k^2} + O\!\left( \frac{1}{k^3} \right) , \qquad \text{donc} \qquad W_k - W_{k-1} \ \sim \ -\frac{1}{12k^2} .

La série (WkWk1)\sum \left( W_k - W_{k-1} \right) est donc absolument convergente : elle converge, et par conséquent la suite (Wn)(W_n) converge. Notons LL sa limite :

Sn=nlnnn+12lnn+L+o(1).S_n = n \ln n - n + \frac 12 \ln n + L + o(1) .

Étape 4 — le terme en 1n\dfrac 1n. Le point de vue change : l'infiniment petit o(1)o(1) est δn=WnL\delta_n = W_n - L, c'est-à-dire l'opposé du reste d'ordre nn de la série télescopique convergente qu'on vient d'étudier. En effet, pour m>nm > n, WmWn=k=n+1m(WkWk1)W_m - W_n = \sum_{k=n+1}^{m} \left( W_k - W_{k-1} \right) ; en faisant m+m \to +\infty :

δn=WnL=k=n+1+ck,ouˋck=(WkWk1)  112k2.\delta_n = W_n - L = \sum_{k=n+1}^{+\infty} c_k , \qquad \text{où} \qquad c_k = -\left( W_k - W_{k-1} \right) \ \sim \ \frac{1}{12k^2} .

Les ckc_k sont positifs à partir d'un certain rang et 112k2\sum \dfrac{1}{12k^2} converge : le théorème du cas convergent, puis l'équivalent du reste d'une série de Riemann avec α=2\alpha = 2, donnent

δn  k=n+1+112k2=112k=n+1+1k2  112n.\delta_n \ \sim \ \sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{12k^2} = \frac{1}{12} \sum_{k=n+1}^{+\infty} \frac{1}{k^2} \ \sim \ \frac{1}{12n} .

Ainsi δn=112n+o ⁣(1n)\delta_n = \dfrac{1}{12n} + o\!\left( \dfrac 1n \right), ce qui est le développement annoncé.

Remarque :

En repassant à l'exponentielle, et puisque exp ⁣(112n+o ⁣(1n))=1+112n+o ⁣(1n)\exp\!\left( \dfrac{1}{12n} + o\!\left( \dfrac 1n \right) \right) = 1 + \dfrac{1}{12n} + o\!\left( \dfrac 1n \right) :

n! = eLn(ne)n(1+112n+o ⁣(1n)).n! \ = \ e^{L} \sqrt n \left( \frac ne \right)^{n} \left( 1 + \frac{1}{12n} + o\!\left( \frac 1n \right) \right) .

La méthode de cette leçon donne donc toute la structure du développement, mais elle est impuissante à identifier la constante eLe^L : elle ne compare que des vitesses. La détermination eL=2πe^{L} = \sqrt{2\pi} s'obtient par un tout autre argument (les intégrales de Wallis), et l'on retrouve alors la formule de Stirling :

n!  2πn(ne)n.n! \ \sim \ \sqrt{2\pi n} \left( \frac ne \right)^{n} .