Relations de comparaison sur les suites
Dans toute cette leçon, , et sont des suites à valeurs dans .
Transposer , et aux suites
Question
Une suite n'est rien d'autre qu'une fonction définie sur , et un seul point d'étude l'intéresse : . Que devient alors la notion de « voisinage de », qui structurait toutes les définitions de la section précédente ?
Définition 1 : Dominance, négligeabilité et équivalence de suites
On dit que :
-
est dominée par s'il existe une suite bornée telle que à partir d'un certain rang ; on note alors .
-
est négligeable devant s'il existe une suite tendant vers telle que à partir d'un certain rang ; on note alors .
-
est équivalente à s'il existe une suite tendant vers telle que à partir d'un certain rang ; on note alors .
Test 1 : À partir d'un certain rang
Si , alors il existe tel que pour tout .
Remarque :
- est bornée si, et seulement si, .
- converge vers si, et seulement si, .
- Si , alors .
- est équivalente à si, et seulement si, . On écrit aussi .
- si, et seulement si, .
- La relation est une relation d'équivalence sur l'ensemble des suites.
- Si , alors si, et seulement si, .
Test 2 : Bornée, dit avec un grand O
Une suite est bornée si, et seulement si, .
Test 3 : Limite et équivalent
Si converge vers , alors .
Test 4 : Absorption d'un terme négligeable
si, et seulement si, .
Caractérisation par le quotient
Question
Comme pour les fonctions, les suites , et des définitions ressemblent fort à des quotients. À quelle condition peut-on effectivement diviser, et que deviennent alors les trois définitions ?
Proposition 1 : Caractérisations des relations de comparaison par le quotient
On suppose que la suite ne s'annule pas à partir d'un certain rang, alors :
-
si, et seulement si, est bornée.
-
si, et seulement si, .
-
si, et seulement si, .
Démonstration :
Notons un rang à partir duquel : la suite est bien définie.
1. Supposons : il existe une suite bornée , disons pour tout , et un rang tels que pour . Pour , on peut diviser :
La suite est donc bornée à partir d'un certain rang, donc bornée (les termes d'indice inférieur sont en nombre fini).
Réciproquement, supposons bornée par . Posons
La suite est bornée par et vérifie pour , c'est-à-dire à partir d'un certain rang. Donc .
2. Supposons : il existe de limite nulle et un rang tels que pour . Pour , .
Réciproquement, si , on pose pour et sinon : cette suite tend vers et vérifie à partir du rang . Donc .
3. Supposons : il existe de limite et un rang tels que pour . Pour , .
Réciproquement, si , on pose pour et sinon : cette suite tend vers et vérifie à partir du rang . Donc .
Test 5 : Diviser sans précaution
Pour toutes suites et , on a si, et seulement si, .
Exemple :
-
On a , et , et .
-
Soit ; comme , alors .
Le troisième équivalent du point 1 ne se lit pas sur les deux premiers : comment l'obtenir ?
Exercice 1 : Reconnaître la bonne relation
Pour chacun des couples suivants, préciser lesquelles des trois relations , , sont vérifiées.
- et .
- et .
- et .
Solution :(cliquer pour afficher)
Dans les trois cas, ne s'annule pas : on applique la caractérisation par le quotient.
1. Pour ,
Donc . Le quotient étant convergent, il est borné : on a aussi . En revanche sa limite n'est pas , donc .
2. Pour , . Cette suite est bornée mais n'a pas de limite : , et ni , ni . C'est l'exemple type d'une domination sans équivalence.
3. Pour ,
car . Donc , et par conséquent ; mais .
L'échelle de comparaison usuelle
Question
Face à une expression mêlant logarithmes, puissances, exponentielles et factorielles, il faut savoir immédiatement lequel de ces termes écrase les autres. Peut-on ranger ces suites de référence une fois pour toutes, du plus petit au plus grand ?
Proposition 2
Soient avec , et . Alors :
Démonstration :
Aucune des suites en jeu ne s'annule à partir d'un certain rang (pour , à partir du rang ) : d'après la caractérisation par le quotient, chaque relation équivaut à . On remarque alors que les six relations se ramènent à quatre limites, car
la première relation est identique à la quatrième, et la deuxième à la troisième.
. Les croissances comparées sur les fonctions donnent , c'est-à-dire quand . Comme la suite tend vers , la composition des limites donne .
. Puisque , on a et . Les croissances comparées sur les fonctions donnent , et l'on conclut là encore en composant avec la suite :
. Posons . Alors
Soit un entier tel que : pour tout , on a . Une récurrence immédiate donne alors
Le majorant est le terme général d'une suite géométrique de raison , donc de limite nulle. Par encadrement, .
. Pour ,
et chacun des facteurs pour appartient à . Donc
et l'on conclut par encadrement.
Remarque :
En notant au lieu de , on a donc lorsque tend vers :
Test 6 : Toute exponentielle écrase-t-elle les puissances ?
Pour tout et tout , on a .
Test 7 : Factorielle contre puissance n-ième
.
Exercice 2
Donner des équivalents simples :
Solution :(cliquer pour afficher)
Dans chaque somme, on identifie le terme prépondérant grâce à l'échelle de comparaison, puis on conclut en utilisant que « entraîne ».
1. L'échelle donne (cas , ) et . Donc , puis , et enfin
Vérification par le quotient : .
2. Ici les trois termes tendent vers : le terme prépondérant est celui qui tend vers le moins vite. L'échelle donne
puisque avec , , et avec , . Le terme dominant est donc et
Vérification : par les mêmes comparaisons.
La formule de Stirling
Question
L'échelle précédente situe entre et , mais ne dit rien de sa taille exacte. Peut-on aller plus loin et exprimer — quantité définie par un produit de facteurs — à l'aide des seules fonctions usuelles ?
Théorème 1 : Formule de Stirling
Exercice 3 : Démonstration de la formule de Stirling
Pour , on pose
Partie A — Existence d'une constante.
- Montrer que, pour tout ,
- Étudier la fonction sur . En posant , en déduire que la suite est strictement décroissante.
- Montrer que , puis qu'il existe un rang tel que pour tout .
- En majorant par une somme télescopique, montrer que est minorée. Conclure que converge.
- En déduire qu'il existe une constante telle que
Partie B — Détermination de la constante.
Pour , on pose . On admet que
- Montrer que pour tout , puis établir l'encadrement
En déduire . 7. À l'aide de la partie A, déterminer un équivalent simple de faisant intervenir . 8. Conclure que , c'est-à-dire
Solution :(cliquer pour afficher)
Partie A.
1. Pour ,
Comme , il vient
ce qui est l'égalité annoncée.
2. La fonction est dérivable sur et
avec égalité seulement en . Donc est strictement croissante sur , et comme :
Posons . Alors
de sorte que l'inégalité précédente se réécrit
D'après la question 1, : la suite est strictement décroissante.
3. Posons , qui tend vers . À partir du développement limité :
soit
En reportant dans la question 1 :
En particulier , donc il existe un rang tel que
4. Soit . Par télescopage et inégalité triangulaire,
Or, pour , , d'où une nouvelle somme télescopique :
Ainsi pour tout : la suite est minorée.
Décroissante et minorée, converge ; notons sa limite.
5. Par définition de ,
puisque . Par continuité de l'exponentielle,
Posons . La suite ne s'annulant pas, la caractérisation de par le quotient donne
Partie B.
6. La relation impose ; joint à , cela donne .
Soit . De et on tire , c'est-à-dire
De même, la relation admise au rang s'écrit , et donne , soit
Les deux bornes sont équivalentes à (le quotient tend vers ). D'après la proposition d'obtention d'un équivalent par encadrement,
Comme , la stabilité de par élévation à la puissance donne
En particulier, au rang : .
7. La partie A appliquée à l'entier (licite car ) et à l'entier donne
la seconde par élévation au carré. Comme ne s'annule pas, le quotient d'équivalents donne, en utilisant et :
En multipliant par la constante :
8. Les deux équivalents de obtenus en 6 et 7 donnent, par transitivité de ,
Le quotient de ces deux suites vaut constamment ; il doit tendre vers , donc
En reportant dans la partie A :
Test 8
.
Test 9 : Peut-on oublier le facteur devant ?
.
Exercice 4 : Un équivalent du coefficient binomial central
Déterminer un équivalent simple de lorsque tend vers .
Solution :(cliquer pour afficher)
D'après la formule de Stirling, il existe deux suites et de limite telles que, à partir d'un certain rang,
(La première égalité s'obtient en appliquant Stirling à l'entier , licite car .)
En formant le quotient :
où l'on a utilisé et .
Comme et avec à partir d'un certain rang, le facteur tend vers : c'est exactement la définition de l'équivalence, et