Propriétés et opérations sur les équivalents de suites
Dans toute cette leçon, les suites considérées sont à valeurs dans ; les énoncés portant sur le signe concernent évidemment des suites réelles.
Ce qu'un équivalent transmet
Question
Écrire n'a d'intérêt que si l'on peut ensuite lire sur des informations valables pour . Que transporte exactement l'équivalence : la limite ? le signe ? la valeur approchée ?
Proposition 1
On suppose que est équivalente à , alors :
- à partir d'un certain rang, et sont de même signe (strict).
- si admet une limite (finie ou infinie) alors tend vers la même limite que .
Démonstration :
Par hypothèse, il existe une suite de limite et un rang tels que pour . En appliquant la définition de la limite avec , il existe un rang tel que , donc
Posons .
1. Pour , est le produit de par un réel strictement positif : et sont donc simultanément nuls, simultanément strictement positifs, ou simultanément strictement négatifs.
2. Notons .
Cas finie. Par produit de limites, .
Cas . Quitte à augmenter , on a aussi pour . Alors
et : par minoration, .
Cas . On applique le cas précédent aux suites et , qui sont encore équivalentes.
Test 1 : À partir d'un certain rang, pas avant
Si et si pour tout , alors pour tout .
Test 2 : Équivalent et valeur approchée
Si , alors .
Exemple :
La suite définie pour par est positive à partir d'un certain rang. Sur quel équivalent cette conclusion repose-t-elle ?
Exercice 1 : Signe d'une suite à partir d'un certain rang
Déterminer le signe, à partir d'un certain rang, des suites suivantes :
- (pour )
Solution :(cliquer pour afficher)
Dans les deux cas, on cherche le terme prépondérant de la somme : d'après l'échelle de comparaison, l'autre terme lui est négligeable, donc la suite lui est équivalente et prend son signe à partir d'un certain rang.
1. L'échelle donne avec et , donc , et a fortiori . Par absorption du terme négligeable,
Cette suite étant strictement négative pour , la proposition assure que à partir d'un certain rang.
2. L'échelle donne avec , c'est-à-dire ; plus précisément, comparons les deux termes :
car à partir d'un certain rang (croissances comparées) et . Donc et
La suite est donc strictement négative à partir d'un certain rang.
Équivalent par encadrement
Question
Une suite définie par une somme, une intégrale ou une relation implicite ne se calcule pas toujours. Peut-on encore lui trouver un équivalent en ne disposant que d'un encadrement ?
Proposition 2
On suppose que à partir d'un certain rang.
Si et sont équivalentes à une même suite , alors .
Démonstration :
Il existe deux suites et de limite et un rang tels que, pour ,
De l'encadrement on tire , d'où, pour ,
Définissons alors
Vérifions que pour . Si , c'est la définition de . Si , l'inégalité donne , donc et l'égalité se lit .
Enfin, dans les deux cas, fournit , majorant qui tend vers . Par encadrement, .
Ainsi , c'est-à-dire .
Test 3 : Une seule borne suffit-elle ?
Si à partir d'un certain rang et si , alors .
Exercice 2
On admet que :
Donner un équivalent simple de la suite définie par
Solution :(cliquer pour afficher)
On ne sait pas calculer : on l'encadre en sommant les inégalités admises, chacune étant utilisée dans un sens différent.
Minoration. L'inégalité de droite s'écrit . En sommant pour allant de à , la somme de droite est télescopique :
Majoration. L'inégalité de gauche s'écrit , valable pour et encore pour (elle se lit alors ). En sommant pour allant de à :
Conclusion. On dispose donc de
Les deux bornes sont équivalentes à :
D'après la proposition d'encadrement,
Exercice 3
Soit une suite décroissante de réels telle que
Donner un équivalent simple de .
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Étape 1 : la limite de . Décroissante, la suite admet une limite . Comme , le transfert de limite donne . Si était finie, on aurait , d'où ; si , on aurait , ce qui est exclu. Donc .
Décroissante et de limite nulle, la suite est positive.
Étape 2 : l'encadrement. La décroissance donne , donc pour :
Étape 3 : les deux bornes sont équivalentes à . La borne de gauche l'est par hypothèse. Pour celle de droite, l'hypothèse au rang donne , et
donc et, par transitivité, .
Conclusion. La proposition d'encadrement s'applique à :
Opérations sur les équivalents
Question
Un équivalent ne sert que si l'on peut le propager dans un calcul. Quelles opérations sur les suites préservent l'équivalence — et lesquelles, au contraire, la détruisent ?
Proposition 3
Soient et quatre suites telles que et . Alors on a :
- si et ne s'annulent pas à partir d'un certain rang.
- . (Valable pour si est défini)
Démonstration :
Par hypothèse, il existe deux suites et de limite et un rang tels que, pour ,
1. Pour , , et par produit de limites. Donc .
2. Sous l'hypothèse de non-annulation, quitte à augmenter , on peut écrire pour
et par quotient de limites, licite car . Donc .
3. Pour , une récurrence immédiate à partir du point 1 (appliqué avec et ) donne avec ; le cas est trivial, les deux membres valant . Pour , plaçons-nous à un rang à partir duquel (condition nécessaire pour que et aient un sens) : on a alors et
avec par continuité. Donc .
Test 4 : Additionner des équivalents
Si et , alors .
Test 5 : Un exposant qui bouge
Si avec et , alors .
Exercice 4 : Intégrales de Wallis
Pour , on pose
On admet que pour tout , et .
Déterminer un équivalent de .
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Étape 1 : . La relation interdit ; joint à , elle donne pour tout .
Étape 2 : encadrement de . Soit .
De et on tire , c'est-à-dire
La relation admise au rang s'écrit ; de on tire , c'est-à-dire
Étape 3 : conclusion. Les deux bornes sont équivalentes à , puisque
La proposition d'encadrement donne donc . Comme , le point 3 de la proposition sur les opérations, avec l'exposant fixe , donne
Des fonctions aux suites
Question
Tous les équivalents usuels (, , …) sont des énoncés sur des fonctions. Peut-on les appliquer directement à une suite, en remplaçant par une expression comme ou ?
Proposition 4
Soient et deux fonctions définies sur et une suite à valeurs dans telle que .
- Si , alors .
- Si , alors .
- Si , alors .
Démonstration :
Les trois points se démontrent de la même manière ; détaillons le premier, puis indiquons les modifications.
1. Par hypothèse, il existe un voisinage de et une fonction définie sur , bornée sur par un réel , telle que sur . Comme , il existe un rang tel que pour ; et par hypothèse. Donc, pour ,
Posons pour et sinon : la suite est bornée et vérifie à partir du rang . C'est la définition de .
2. Même construction avec de limite nulle en . Le théorème de composition des limites, appliqué à et à la suite de limite , donne . On pose alors pour et sinon.
3. Même construction avec de limite en : la composition des limites donne , et l'on pose pour , sinon.
Test 6
.
Test 7 : Dans l'autre sens ?
S'il existe une suite de limite telle que , alors .
Exercice 5
Donner des équivalents simples :
Solution :(cliquer pour afficher)
1. On factorise pour faire apparaître un :
La suite tend vers ; l'équivalent de fonctions et le transfert fonction suite donnent
Par ailleurs , donc . Par produit d'équivalents :
2. Posons , qui tend vers . L'équivalent usuel , transféré à la suite , donne
Enfin , d'où par quotient
3. L'exposant dépend de : on ne peut pas élever un équivalent à la puissance . On repasse donc par l'écriture .
Comme , le transfert de donne , c'est-à-dire
En élevant à la puissance (licite : les deux facteurs sont strictement positifs) :
puisque . C'est exactement la définition de l'équivalence :
4. Même précaution. On écrit
Or , donc , qui tend vers par croissances comparées. Ainsi , et