Dénombrement des applications
Cette partie offre une lecture unifiée des objets combinatoires étudiés précédemment (-uplets, arrangements, permutations, parties), en les interprétant comme des applications particulières entre ensembles finis.
Le principe de la réinterprétation. Un -uplet d'éléments de peut être vu comme une application
Chaque -uplet correspond exactement à une telle application, et réciproquement. La nature de l'objet combinatoire se reflète alors dans les propriétés de l'application associée, comme le résume le tableau suivant :
| Objet combinatoire | Contrainte | Traduction |
|---|---|---|
| -uplet de | ordre, répétition permise | application quelconque |
| -arrangement de | ordre, sans répétition | application injective |
| Permutation de | ordre, sans répétition, exhaustif | bijection |
| Partie | pas d'ordre | application (fonction indicatrice ) |
Question
Le tableau ci-dessus renverse la perspective : au lieu de compter des tirages, des mots ou des parties, il ne reste plus qu'à compter des applications, en faisant varier la contrainte imposée. Commençons par le cas sans contrainte du tout. Combien y a-t-il d'applications d'un ensemble fini dans un autre — et la réponse dépend-elle de la nature des éléments, ou seulement des deux cardinaux ?
Théorème 1 : Dénombrement des applications
Si et sont des ensembles finis non vides, alors l'ensemble des applications de vers est fini et
Remarque :
La notation n'est pas arbitraire : elle encode le cardinal, puisque .
Démonstration :
Posons . Notons les éléments de . On définit l'application
- Injectivité. Soient telles que , c'est-à-dire pour tout . Comme est une énumération de tous les éléments de , on a .
- Surjectivité. Soit . L'application définie par pour tout vérifie .
Ainsi est bijective, donc .
Exemple :
Une grille de loto sportif à matchs, chacun coché , ou , est exactement une application de l'ensemble des matchs vers : il y a donc grilles. On remarquera que c'est l'ensemble d'arrivée qui monte en puissance, et l'ensemble de départ qui fournit l'exposant. Pourquoi dans ce sens-là, et pas l'inverse ?
Test 1 : Qui monte en exposant ?
Si et sont finis non vides, alors .
Exercice 1
Redémontrer la formule en réalisant une bijection entre et .
Solution :(cliquer pour afficher)
Posons et considérons
où désigne la fonction indicatrice de , définie par si et sinon.
Injectivité. Soient telles que . Pour tout on a alors
donc .
Surjectivité. Soit et posons , qui est une partie de . Pour tout , on a si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si ; comme et ne prennent que les valeurs et , cela entraîne . Donc .
Ainsi est bijective et, d'après le théorème précédent,
Question
On vient de compter les applications sans aucune contrainte. Le tableau de réinterprétation annonçait que les -arrangements sont les applications injectives, et les permutations les bijections. Ces deux comptages sont-ils déjà connus sous un autre nom — et si oui, quel travail reste-t-il à faire ?
Théorème 2 : Dénombrement des injections et des bijections
Soient et deux ensembles finis non vides, avec et .
- Si , le nombre d'injections de dans est .
- Si , le nombre de bijections de sur est .
Démonstration :
Une injection est entièrement déterminée par le -uplet , dont les termes sont des éléments distincts de (l'injectivité interdit les répétitions). Un tel -uplet est exactement un -arrangement de , et il y en a .
Lorsque , toute injection de dans est nécessairement surjective (deux ensembles de même cardinal fini), donc bijective. On retrouve .
Remarque :
Le nombre de surjections de sur (avec ) est nettement plus difficile à calculer et n'est pas au programme. À titre informatif, il est donné par la formule
Test 2 : Injecter dans plus petit
Soient de cardinal et de cardinal . Le nombre d'injections de dans est .
Test 3 : Compter les bijections
Il existe exactement bijections entre deux ensembles finis de même cardinal .
Exercice 2 : Applications, injections, surjections
On pose et .
- Combien y a-t-il d'applications de dans ?
- Combien y a-t-il d'injections de dans ?
- Combien y a-t-il d'injections de dans ?
Solution :(cliquer pour afficher)
1. D'après le théorème de dénombrement des applications,
2. Aucune : une injection de dans imposerait , c'est-à-dire , ce qui est faux. La réponse est .
3. Ici l'ensemble de départ est (de cardinal ) et l'ensemble d'arrivée est (de cardinal ) : la condition est remplie, et le nombre d'injections vaut
Les questions 2. et 3. montrent que le sens de l'application n'est pas indifférent : existe, n'existe pas.
Exercice 3
- Un groupe de élèves doit élire un président, un vice-président et un secrétaire (trois rôles distincts, un élève ne pouvant en occuper qu'un seul). Combien de bureaux différents peut-on former ?
- Dans un tournoi d'échecs à participants, on souhaite attribuer les médailles d'or, d'argent et de bronze. De combien de façons peut-on le faire ?
Solution :(cliquer pour afficher)
- Il s'agit de compter les injections d'un ensemble à éléments (les rôles) dans un ensemble à éléments (les élèves), soit
- De même, on choisit un podium ordonné parmi joueurs :