Triangle de Pascal et formule du binôme de Newton
L'objet de cette partie est de donner une interprétation combinatoire aux formules portant sur les coefficients binomiaux.
Question
Les identités sur les coefficients binomiaux se vérifient toutes en manipulant des factorielles — c'est exact, mais aveugle : on constate l'égalité sans jamais comprendre pourquoi elle a lieu. Or n'est pas seulement un quotient de factorielles : c'est le nombre de parties à éléments. Chaque identité devient alors l'affirmation que deux façons de compter le même ensemble donnent le même résultat. Peut-on démontrer ainsi, sans un seul calcul ?
Proposition 1 : Symétrie
Soient et . Alors .
Démonstration :
Choisir éléments parmi revient à décider lesquels () on ne choisit pas.
Exemple :
: désigner les élèves d'une classe de qui partiront en sortie, c'est désigner les qui resteront. On calcule évidemment le second, bien plus court. Comment ce passage de l'un à l'autre s'écrit-il proprement, sans invoquer les factorielles ?
Exercice 1 : La symétrie, par les factorielles
Redémontrer la relation à partir de la seule expression .
Solution :(cliquer pour afficher)
Soit . Alors , de sorte que est bien défini, et la formule donne
Le produit étant commutatif, ce dernier quotient est exactement .
On mesure au passage la différence de nature entre les deux preuves : celle-ci vérifie l'égalité, la preuve combinatoire l'explique.
Question
Le triangle de Pascal se construit de proche en proche : chaque coefficient est la somme des deux qui le surplombent. Pourquoi cette règle d'addition ? Qu'est-ce qui, dans le fait de choisir éléments parmi , se décompose naturellement en deux cas incompatibles ?
Théorème 1 : Formule du triangle de Pascal
Soient et . Alors
Démonstration :
On note les éléments d'un ensemble et l'on met à part l'élément .
Pour choisir éléments dans , deux cas s'excluent :
- Si l'on prend l'élément , il reste choix pour les autres.
- Si on ne le prend pas, il reste choix possibles.
Ces deux possibilités étant exclusives, le nombre total de choix est leur somme, d'où la formule annoncée.
Test 1 : Pascal de mémoire
Pour , on a .
Exercice 2 : Une colonne du triangle
Soient et avec . Établir la formule
Solution :(cliquer pour afficher)
Par récurrence sur , à fixé.
Initialisation. Pour , la somme se réduit à son unique terme , et le membre de droite vaut .
Hérédité. Supposons la formule acquise au rang . Alors
par hypothèse de récurrence. La formule du triangle de Pascal, appliquée avec l'entier à la place de , donne précisément
ce qui est la formule au rang .
Conclusion. L'égalité est vraie pour tout .
Question
Développer , c'est choisir dans chacune des parenthèses soit , soit , puis regrouper les termes semblables. Le coefficient de compte donc le nombre de façons de désigner les parenthèses où l'on a pris — c'est-à-dire une partie à éléments d'un ensemble à éléments. Le lien avec les coefficients binomiaux est-il vraiment aussi direct, et quelle hypothèse ce raisonnement suppose-t-il sur et ?
Théorème 2 : Formule du binôme de Newton
Soient et deux éléments qui commutent. Alors
Démonstration :
Les coefficients binomiaux comptent le nombre de façons d'obtenir en choisissant un facteur dans chaque parenthèse du produit développé.
Test 2 : Sans hypothèse de commutation
Pour toutes matrices carrées et de même taille et tout , on a .
Question
On sait compter les parties de à éléments fixé. Mais si l'on veut compter toutes les parties de , sans contrainte sur leur taille ? L'ensemble se répartit selon le nombre d'éléments, et chaque paquet est déjà compté : il ne reste plus qu'à sommer. Que vaut cette somme ?
Théorème 3
Si est un ensemble fini, alors l'ensemble de ses parties est fini, non vide, et
Démonstration :
On note et on suppose . On énumère les parties de selon leur nombre d'éléments : en notant l'ensemble des parties de à éléments, on a, pour , . Or est l'union disjointe de ces ensembles :
D'après la formule du binôme de Newton, appliquée avec ,
C'est également vrai si est vide, car alors .
Test 3 : Parties d'un ensemble à cinq éléments
Un ensemble à éléments possède exactement parties, l'ensemble vide et l'ensemble tout entier compris.
Exercice 3 : Autant de parties paires que de parties impaires
Soit un ensemble fini de cardinal . Montrer que le nombre de parties de ayant un nombre pair d'éléments est égal au nombre de parties de ayant un nombre impair d'éléments, et calculer ce nombre commun.
Solution :(cliquer pour afficher)
Notons l'ensemble des parties de de cardinal pair et celui des parties de cardinal impair. En triant les parties selon leur cardinal,
Appliquons la formule du binôme avec et , qui commutent :
puisque vaut pour pair et pour impair. On en déduit .
Par ailleurs et sont disjoints de réunion , donc
d'où .
L'hypothèse est indispensable : pour , il y a une partie de cardinal pair () et aucune de cardinal impair.
Remarque :
Somme ou produit ? Le choix entre addition et multiplication repose sur une question simple : à quelle étape du raisonnement suis-je ?
- On additionne quand on regroupe des situations incompatibles qui constituent ensemble toutes les possibilités : chaque terme compte les issues d'un cas, et les cas ne se chevauchent pas. Il faut s'assurer de n'en oublier aucun et de ne pas en compter deux fois (principe des cas disjoints, ou formule du crible si les cas se recoupent).
- On multiplie quand une issue résulte de plusieurs choix successifs ou simultanés indépendants : chaque facteur compte les possibilités d'une partie du tirage, les autres étant fixées. La règle du produit s'applique chaque fois que l'on peut décomposer l'expérience en étapes dont le nombre de choix ne dépend pas des étapes précédentes.