MPSI · Espaces préhilbertiens réels

Familles orthogonales et orthonormées

Question

Comment reconnaître concrètement qu'une famille est orthogonale, ou orthonormée ?

Définition 1 : Familles orthogonales et orthonormées

  1. Une famille orthogonale est une famille de vecteurs deux à deux orthogonaux.
  2. Une famille orthonormée est une famille orthogonale de vecteurs unitaires.

Exemple :

Dans Rn\mathbb{R}^n muni du produit scalaire canonique, la base canonique (e1,,en)(e_1, \dots, e_n) est orthonormée : chaque vecteur est unitaire et deux vecteurs distincts sont orthogonaux, ce qui se résume en (eiej)=δi,j(e_i \mid e_j) = \delta_{i,j}. C'est la formule à retenir pour reconnaître une famille orthonormée. Comment le vérifier sur une famille moins évidente ?

Question

Comment prouver qu'une famille est libre sans calculer de déterminant ni résoudre de système ?

Proposition 1 : Liberté des familles orthogonales

Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre. En particulier, toute famille orthonormée est libre.

Exemple :

Dans R3\mathbb{R}^3, la famille ((1,1,1), (1,1,0), (1,1,2))\big((1,1,1),\ (1,-1,0),\ (1,1,-2)\big) est orthogonale : ses trois produits scalaires croisés valent 00. Ses vecteurs sont non nuls, donc elle est libre — sans passer par un déterminant. Sur une famille donnée, comment mener la vérification proprement ?

Exercice 1 : Liberté par orthogonalité

Dans R3\mathbb{R}^3 muni du produit scalaire canonique, montrer que la famille ((1,2,1), (1,1,1), (1,0,1))\big((1,2,1),\ (1,-1,1),\ (1,0,-1)\big) est libre.

Solution :(cliquer pour afficher)

On calcule les produits scalaires croisés :

((1,2,1)(1,1,1))=12+1=0,((1,2,1)(1,0,1))=1+01=0,((1,1,1)(1,0,1))=1+01=0.\begin{aligned} \big((1,2,1) \mid (1,-1,1)\big) &= 1 - 2 + 1 = 0,\\ \big((1,2,1) \mid (1,0,-1)\big) &= 1 + 0 - 1 = 0,\\ \big((1,-1,1) \mid (1,0,-1)\big) &= 1 + 0 - 1 = 0. \end{aligned}

La famille est donc orthogonale, et ses trois vecteurs sont non nuls. D'après la proposition, elle est libre.

Question

Comment fabriquer une famille orthonormée à partir d'une famille libre donnée ?

Théorème 1 : Algorithme d'orthonormalisation de Gram-Schmidt

Soit F=(f1,,fn)\mathcal{F} = (f_1, \dots, f_n) une famille libre. Alors il existe une famille orthonormale (e1,,en)(e_1, \dots, e_n) telle que pour tout k1,nk \in \llbracket 1,n \rrbracket :

vect(f1,,fk)=vect(e1,,ek).\operatorname{vect}(f_1, \dots, f_k) = \operatorname{vect}(e_1, \dots, e_k).

Rédaction — Procédé de Gram-Schmidt :

Partant d'une famille libre (f1,,fn)(f_1, \dots, f_n), on construit une famille orthonormée (e1,,en)(e_1, \dots, e_n) étape par étape.

  1. Normaliser le premier vecteur : e1=f1f1\displaystyle e_1 = \frac{f_1}{\|f_1\|}.
  2. Redresser : à chaque étape, retirer à fk+1f_{k+1} ses projections sur les vecteurs déjà construits :
gk+1=fk+1i=1k(fk+1ei)ei.g_{k+1} = f_{k+1} - \sum_{i=1}^{k} (f_{k+1} \mid e_i)\, e_i.
  1. Normaliser : ek+1=gk+1gk+1\displaystyle e_{k+1} = \frac{g_{k+1}}{\|g_{k+1}\|}, puis reprendre l'étape 2 avec k+1k+1.

Cas le plus fréquent, deux vecteurs :

e1=f1f1,g2=f2(f2e1)e1,e2=g2g2.e_1 = \frac{f_1}{\|f_1\|}, \qquad g_2 = f_2 - (f_2 \mid e_1)\, e_1, \qquad e_2 = \frac{g_2}{\|g_2\|}.

Exercice 2 : Orthonormaliser par Gram-Schmidt

Dans R2\mathbb{R}^2 muni du produit scalaire canonique, orthonormaliser la famille libre ((2,1), (1,3))\big((2,1),\ (1,3)\big).

Solution :(cliquer pour afficher)

On normalise le premier vecteur : (2,1)=5\|(2,1)\| = \sqrt{5}, donc

e1=15(2,1).e_1 = \frac{1}{\sqrt{5}}\,(2,1).

On retire à (1,3)(1,3) sa projection sur e1e_1. Comme (1,3)(2,1)=2+3=5(1,3) \mid (2,1) = 2 + 3 = 5, on a ((1,3)e1)=55=5\big((1,3) \mid e_1\big) = \dfrac{5}{\sqrt{5}} = \sqrt{5}, d'où

g2=(1,3)515(2,1)=(1,3)(2,1)=(1,2).g_2 = (1,3) - \sqrt{5}\cdot\frac{1}{\sqrt{5}}\,(2,1) = (1,3) - (2,1) = (-1,2).

Enfin g2=1+4=5\|g_2\| = \sqrt{1 + 4} = \sqrt{5}, donc

e2=15(1,2).e_2 = \frac{1}{\sqrt{5}}\,(-1,2).

La famille orthonormée obtenue est (15(2,1), 15(1,2))\left( \dfrac{1}{\sqrt{5}}(2,1),\ \dfrac{1}{\sqrt{5}}(-1,2) \right).