MPSI · Espaces préhilbertiens réels

Vecteurs orthogonaux et orthogonal d'une partie

Dans toute la leçon, EE désigne un espace préhilbertien réel, muni d'un produit scalaire noté ()(\cdot \mid \cdot), et \|\cdot\| la norme associée.

Question

Dans le plan, deux directions sont perpendiculaires quand elles forment un angle droit. Mais face à deux vecteurs concrets — dans Rn\mathbb{R}^n, dans un espace de matrices ou de polynômes — comment décider s'ils sont orthogonaux ? Et comment déterminer, d'un seul coup, tous les vecteurs orthogonaux à une partie donnée ?

Orthogonalité de deux vecteurs

Définition 1 : Vecteur unitaire, vecteurs orthogonaux

Soient x,yEx, y \in E.

  1. xx est dit unitaire si x=1\|x\| = 1.
  2. xx et yy sont dits orthogonaux si (xy)=0(x \mid y) = 0. On note alors xyx \perp y.

Exemple :

Les vecteurs de la base canonique de Rn\mathbb{R}^n sont unitaires et deux à deux orthogonaux (de même pour la base canonique de Mn,p(R)\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{R})). Comment le vérifier concrètement sur deux vecteurs donnés ?

Rédaction — Décider si deux vecteurs sont orthogonaux :

  1. Calcule le produit scalaire (xy)(x \mid y).
  2. Si (xy)=0(x \mid y) = 0, alors xyx \perp y ; sinon, ils ne sont pas orthogonaux.

Exercice 1 : Orthogonalité de deux vecteurs

Dans R3\mathbb{R}^3 muni du produit scalaire canonique, les vecteurs u=(2,1,3)u = (2, -1, 3) et v=(1,5,1)v = (1, 5, 1) sont-ils orthogonaux ?

Solution :(cliquer pour afficher)

On calcule

(uv)=2×1+(1)×5+3×1=25+3=0.(u \mid v) = 2 \times 1 + (-1) \times 5 + 3 \times 1 = 2 - 5 + 3 = 0.

Donc uvu \perp v : les deux vecteurs sont orthogonaux.

Le théorème de Pythagore

Proposition 1 : Théorème de Pythagore

Deux vecteurs xx et yy sont orthogonaux si et seulement si

x+y2=x2+y2.\|x+y\|^2 = \|x\|^2 + \|y\|^2.
xyx + y
Théorème de Pythagore : lorsque x ⊥ y, le triangle de côtés ‖x‖, ‖y‖ et d'hypoténuse ‖x+y‖ est rectangle.

Exercice 2 : Théorème de Pythagore en pratique

Soient xx et yy deux vecteurs orthogonaux de EE, tels que x=6\|x\| = 6 et y=8\|y\| = 8. Calculer x+y\|x + y\|.

Solution :(cliquer pour afficher)

Comme xyx \perp y, le théorème de Pythagore donne

x+y2=x2+y2=36+64=100,\|x+y\|^2 = \|x\|^2 + \|y\|^2 = 36 + 64 = 100,

d'où x+y=10\|x+y\| = 10.

L'orthogonal d'une partie

Définition 2 : Orthogonal d'une partie

Soit AP(E)A \in \mathcal{P}(E). On appelle orthogonal de AA l'ensemble

A={xE / yA,xy}.A^{\perp} = \left\{ x \in E \ / \ \forall y \in A, \quad x \perp y \right\}.

C'est l'ensemble des vecteurs orthogonaux à tous les éléments de AA.

Exemple :

{0E}=E\{0_E\}^{\perp} = E \quad et \quad E={0E}E^{\perp} = \{0_E\} : le seul vecteur orthogonal à tout l'espace est le vecteur nul. Et pour une partie quelconque, comment déterminer son orthogonal ?

Proposition 2 : Propriétés de l'orthogonal

Soit AP(E)A \in \mathcal{P}(E).

  1. AA^{\perp} est un sous-espace vectoriel de EE.
  2. A=(vect(A))A^{\perp} = \left( \operatorname{vect}(A) \right)^{\perp} : il suffit d'imposer l'orthogonalité aux vecteurs d'une famille génératrice de vect(A)\operatorname{vect}(A).

Rédaction — Déterminer l'orthogonal d'une partie :

Pour déterminer AA^{\perp} :

  1. Remplace AA par une famille génératrice (a1,,ap)(a_1, \dots, a_p) de vect(A)\operatorname{vect}(A) — inutile de traiter tous les vecteurs de AA, les générateurs suffisent (car A=vect(A)A^{\perp} = \operatorname{vect}(A)^{\perp}).
  2. Écris qu'un vecteur xx est orthogonal à chaque générateur : (xa1)=0, , (xap)=0(x \mid a_1) = 0, \ \dots, \ (x \mid a_p) = 0.
  3. Résous ce système linéaire : l'ensemble des solutions est AA^{\perp} (c'est un sous-espace vectoriel de EE).

Exercice 3 : Orthogonal d'une partie

Dans R3\mathbb{R}^3 muni du produit scalaire canonique, déterminer AA^{\perp}A={a1,a2}A = \{a_1, a_2\} avec a1=(1,0,1)a_1 = (1, 0, 1) et a2=(0,1,1)a_2 = (0, 1, 1).

Solution :(cliquer pour afficher)

Comme A=vect(A)A^{\perp} = \operatorname{vect}(A)^{\perp}, un vecteur x=(x1,x2,x3)x = (x_1, x_2, x_3) est dans AA^{\perp} si et seulement s'il est orthogonal à a1a_1 et à a2a_2 :

(xa1)=0et(xa2)=0    {x1+x3=0x2+x3=0.(x \mid a_1) = 0 \quad \text{et} \quad (x \mid a_2) = 0 \iff \begin{cases} x_1 + x_3 = 0 \\ x_2 + x_3 = 0. \end{cases}

On en tire x1=x3x_1 = -x_3 et x2=x3x_2 = -x_3. En posant t=x3t = x_3, on obtient x=t(1,1,1)x = t\,(-1, -1, 1). Ainsi

A=vect((1,1,1)),A^{\perp} = \operatorname{vect}\big( (-1, -1, 1) \big),

c'est-à-dire une droite vectorielle.