Détermination d'une application linéaire
Dans toute cette leçon, , désignent des -espaces vectoriels.
Question
On a vu qu'une application linéaire transporte une base sur une famille image, et que les propriétés de s'y lisent. Retournons la question : peut-on fabriquer une application linéaire en décidant librement de l'image de chaque vecteur d'une base ? Si oui, une telle application est-elle unique ? Autrement dit, connaître sur une base suffit-il à la connaître partout — et cette liberté de choix est-elle totale, ou soumise à des contraintes ?
Détermination par l'image d'une base
Proposition 1 : Détermination par l'image d'une base
Soient une base de et une famille quelconque de . Alors il existe une unique application linéaire telle que pour tout .
Démonstration :
Analyse. On suppose qu'il existe telle que pour tout . Soit ; il existe une unique famille telle que , donc :
Ainsi, si existe, elle est nécessairement définie par cette formule : elle est donc unique.
Synthèse. Montrons que l'application
est solution du problème.
- La famille vérifiant est unique (car est une base), donc est bien déterminé : est bien définie.
- Soient et . On pose et , d'où . Alors :
Donc est linéaire.
- Pour tout , (les coordonnées de dans la base sont toutes nulles sauf la -ème, égale à ).
D'où est solution du problème, et l'analyse a montré son unicité.
Remarque :
- Une application linéaire est entièrement déterminée par l'image d'une base.
- Deux applications linéaires sont égales si et seulement si elles coïncident sur une base.
Test 1
Si deux applications linéaires coïncident sur une base de , alors .
Exemple :
Il existe une unique application linéaire telle que et : c'est . Toute contrainte imposée sur l'image des deux vecteurs de base fixe sans ambiguïté.
Exercice 1 : Formule de Taylor pour les polynômes
Soient et . Montrer que :
Solution :(cliquer pour afficher)
On considère les deux applications
Les applications et sont linéaires. La famille est une base de ; il suffit donc de vérifier que et coïncident sur cette base. Soit . On a :
la deuxième égalité venant de pour et pour . Ainsi et coïncident sur la base , donc . D'où, pour tout :
Définition sur des sous-espaces supplémentaires
Une base découpe en directions individuelles. On peut découper plus grossièrement, en deux sous-espaces supplémentaires : peut-on encore définir librement sur chaque morceau, et recoller ?
Théorème 1 : Définition sur des sous-espaces supplémentaires
Soient et deux sous-espaces vectoriels supplémentaires dans . Pour tout et tout , il existe une unique application linéaire telle que :
Démonstration :
Analyse. On suppose qu'il existe telle que et . Soit ; on pose avec . On a :
Donc, si existe, elle est unique et vérifie .
Synthèse. On considère l'application
- La décomposition est unique (car ), donc est bien déterminé : est bien définie.
- Soient et . On pose et , avec et . Comme et :
Donc est linéaire.
- Soit ; on a , donc : ainsi . De même .
D'où est solution du problème, et l'analyse a montré son unicité.
Exemple :
Si et sont deux sous-espaces vectoriels supplémentaires de , la projection sur parallèlement à et la symétrie par rapport à parallèlement à sont les seuls endomorphismes de vérifiant respectivement :
Chacun est déterminé par sa restriction à ( dans les deux cas) et sa restriction à ( pour , pour ).
Exercice 2 : Recoller deux applications sur des supplémentaires
Dans , on pose et . Déterminer l'unique endomorphisme de tel que et , puis reconnaître .
Solution :(cliquer pour afficher)
On a bien (tout s'écrit de façon unique avec et ). Le théorème garantit l'existence et l'unicité de .
Soit . On décompose , donc :
L'endomorphisme cherché est . Comme laisse fixe et dilate d'un facteur , ce n'est ni une projection ni une symétrie : c'est une affinité de base , de direction et de rapport .