Hyperplans
Dans toute cette leçon, désigne un -espace vectoriel.
Question
Un hyperplan, intuitivement, c'est un sous-espace « le plus gros possible » sans être tout entier : un plan dans l'espace, une droite dans le plan. Comment capturer cette idée sans invoquer la dimension, qui n'a pas toujours de sens ? Et quel est le lien avec les formes linéaires de la leçon précédente — est-ce un hasard qu'une équation comme définisse à la fois un plan et le noyau d'une forme ?
Définition
Définition 1 : Hyperplan
On appelle hyperplan de tout sous-espace vectoriel vérifiant , avec une droite vectorielle.
Remarque :
est un hyperplan de si et seulement s'il existe tel que .
Exercice 1 : Tout vecteur hors de H engendre un supplémentaire
Soit un hyperplan de . Montrer que pour tout , on a .
Solution :(cliquer pour afficher)
est un hyperplan, donc il existe tel que .
Soit ; alors il existe et tels que . Or , donc , d'où :
Somme. Soit ; il existe et tels que . En remplaçant :
Donc .
Somme directe. Soit ; il existe tel que . Si , alors , ce qui contredit ; donc et . Ainsi .
D'où .
Hyperplans et formes linéaires
La question d'ouverture opposait deux descriptions d'un même plan : « supplémentaire d'une droite » et « noyau d'une équation ». Le résultat central de cette leçon affirme qu'elles coïncident exactement.
Proposition 1 : Hyperplans et formes linéaires
Soit un sous-espace vectoriel de . Alors est un hyperplan de si et seulement s'il existe une forme linéaire non nulle telle que .
Démonstration :
Supposons que est un hyperplan ; il existe tel que . D'après le théorème de définition sur des supplémentaires, il existe une unique forme linéaire telle que et .
Comme , on a . Réciproquement, soit ; on écrit avec et . Alors :
donc . Ainsi , avec non nulle ().
Réciproquement, supposons qu'il existe une forme linéaire non nulle telle que ; il existe tel que .
Intersection. Soit ; on écrit . Alors avec , donc et . Ainsi .
Somme. Soit . On écrit :
Le terme appartient à , car :
et le second terme est dans . Ainsi : est un hyperplan.
Corollaire 1 : Supplémentaires d'un hyperplan
Soit un hyperplan de . Pour tout , est un supplémentaire de .
Démonstration :
Soit une forme linéaire non nulle telle que , et soit ; on a . La démonstration précédente (sens réciproque) montre exactement que , c'est-à-dire .
Test 1
Deux formes linéaires non nulles ayant le même noyau sont égales.
Exercice 2 : Un hyperplan de R³
Montrer que est un sous-espace vectoriel de , et en donner un supplémentaire.
Solution :(cliquer pour afficher)
L'application , , est une forme linéaire non nulle (par exemple ), et . Donc est un hyperplan de , en particulier un sous-espace vectoriel.
On a (car ), donc est un supplémentaire de : .
Exercice 3 : Un hyperplan de fonctions continues
On pose . Montrer que est un sous-espace vectoriel de , et en donner un supplémentaire.
Solution :(cliquer pour afficher)
L'application , , est une forme linéaire (linéarité de l'intégrale). Elle est non nulle : pour la fonction constante , on a . Or , donc est un hyperplan de , en particulier un sous-espace vectoriel.
Comme , le corollaire donne (les fonctions constantes) comme supplémentaire :
Explicitement, toute se décompose avec : la fonction est dans (son intégrale vaut ) et la constante est dans .
Équations d'un hyperplan
Proposition 2 : Proportionnalité des formes linéaires
Soient et deux formes linéaires non nulles. Si , alors il existe tel que .
Démonstration :
est non nulle, donc il existe tel que . Comme , on a , donc . On pose .
On a ; montrons que et coïncident sur les deux facteurs.
- Sur : les deux formes et y sont nulles.
- Sur : on a par choix de , donc et coïncident sur , donc sur .
Coïncidant sur deux sous-espaces supplémentaires, et sont égales : .