Noyau et image
Dans toute cette leçon, , et désignent des -espaces vectoriels et .
Question
Une application linéaire respecte la structure d'espace vectoriel. On peut donc lui poser deux questions symétriques. D'abord côté arrivée : quels vecteurs de sont effectivement atteints par ? Ensuite côté départ : quels vecteurs de sont écrasés sur ? La première question mesure à quel point est surjective, la seconde à quel point elle est injective. On va voir que les deux réponses sont non pas des ensembles quelconques, mais des sous-espaces vectoriels — et que tout le comportement de se lit sur eux.
Proposition 1 : Images directe et réciproque d'un sous-espace vectoriel
Soit .
- Si est un sous-espace vectoriel de , alors est un sous-espace vectoriel de .
- Si est un sous-espace vectoriel de , alors est un sous-espace vectoriel de .
Démonstration :
Soit .
1. Soit un sous-espace vectoriel de .
- Comme et , on a .
- Soient et . Il existe tels que et . Alors :
Or ( sous-espace vectoriel), donc .
D'où est un sous-espace vectoriel de .
2. Soit un sous-espace vectoriel de .
- Comme , on a .
- Soient et . On a , donc :
( sous-espace vectoriel), ainsi .
D'où est un sous-espace vectoriel de .
C'est cette proposition qui donne un sens aux deux définitions suivantes : en prenant et , on obtient bien des sous-espaces vectoriels.
Définition 1 : Image et noyau
Soit .
- On appelle image de le sous-espace vectoriel , que l'on note .
- On appelle noyau de le sous-espace vectoriel , que l'on note .
Remarque :
- Soit . Alors : .
- Soit . Alors : .
Exemple :
Pour l'identité , on a et . Pour l'application nulle, c'est exactement l'inverse : et . Deux extrêmes qui donnent l'intuition : plus le noyau est petit, plus l'application est injective ; plus l'image est grande, plus elle est surjective. Comment déterminer ces deux sous-espaces sur un exemple moins évident ?
Exercice 1 : Image et noyau d'un endomorphisme de K[X]
On considère l'application , .
- Montrer que est linéaire.
- Déterminer et .
Solution :(cliquer pour afficher)
1. Soient et . On a :
D'où est linéaire.
2. Soit . On a :
D'où .
- Soit . On a , d'où .
- Soit ; alors il existe tel que . Donc , d'où . Ainsi .
D'où .
Exercice 2 : Image et noyau d'une application de R³ dans R²
On considère l'application , .
- Montrer que est linéaire.
- Déterminer et .
Solution :(cliquer pour afficher)
1. Soient et . On a :
D'où est linéaire.
2. Soit . On a :
Donc :
On a . Soit ; on a , donc , d'où . Par suite .
Exercice 3 : Image et noyau d'une composée
Soient et . Montrer que et .
Solution :(cliquer pour afficher)
- Soit ; alors il existe tel que , donc . Ainsi .
- Soit . On a , donc , ainsi . Donc .
Le noyau ne sert pas qu'à être calculé : c'est l'outil qui décide de l'injectivité. Pour une application quelconque, tester l'injectivité demande de comparer et pour tous les couples. Pour une application linéaire, tout se ramène à un seul sous-espace.
Proposition 2 : Caractérisation de l'injectivité
Soit . Alors :
Démonstration :
Supposons injective. On a toujours , car . Soit ; alors . Or est injective, donc . Ainsi , d'où .
Réciproquement, supposons . Soient tels que . Par linéarité :
donc , d'où . Ainsi est injective.
Test 1
Pour montrer qu'une application linéaire est injective, il suffit de vérifier que .
Exercice 4 : Une application d'évaluation : injectivité et surjectivité
Soient des éléments de deux à deux distincts. On considère les applications
-
Montrer que est injective.
-
Montrer que est surjective.
Indication. Pour donné, chercher un antécédent sous la forme , où chaque vérifie pour et . Construire un tel à partir du produit des pour , convenablement normalisé.
-
Montrer que , elle, n'est pas injective. Que devient la différence avec ?
Solution :(cliquer pour afficher)
1. Injectivité de
Soient et . On a :
Donc est linéaire.
Soit . On a , donc . Ainsi admet au moins racines deux à deux distinctes ; or , donc . D'où , et est injective.
2. Surjectivité de
Suivons l'indication. Pour , posons
Ce produit est bien défini car les sont deux à deux distincts (les dénominateurs sont non nuls). Chaque est un produit de facteurs de degré , donc . De plus :
car pour le facteur du produit s'annule, et pour chaque facteur vaut .
Soit alors . Posons . Pour tout :
Donc . Tout élément de admet ainsi un antécédent : est surjective.
3. Non-injectivité de
Soit . On a :
la dernière équivalence venant de ce que les sont des racines deux à deux distinctes de . Ainsi
puisque ce noyau contient par exemple , qui est non nul. Donc n'est pas injective.
Toute la différence avec tient à la contrainte de degré : sur , un polynôme ayant racines distinctes est nécessairement nul ; sur tout entier, non.
Remarque :
Les polynômes utilisés pour la surjectivité,
sont les polynômes d'interpolation de Lagrange associés aux points . Le polynôme construit ci-dessus est l'unique polynôme de prenant les valeurs imposées aux points : c'est le polynôme interpolateur de Lagrange, et son existence (surjectivité) comme son unicité (injectivité) se lisent directement sur .