Raisonnement par contraposition
Certaines implications sont pénibles dans le sens direct : l'hypothèse est molle, difficile à exploiter — « est pair », « ». Mais leur négation, elle, est concrète et calculatoire. Le raisonnement par contraposition exploite cette dissymétrie : démontrer l'implication à l'envers, en niant tout.
Le principe
Question
Les implications « » et « » disent-elles la même chose — et laquelle des deux est la plus facile à démontrer ?
Principe 1 : Raisonnement par contraposition
Soient et deux assertions.
Les assertions « » et « » sont équivalentes.
Ainsi, pour montrer « », il suffit de montrer « ».
L'assertion « » est appelée la contraposée de l'assertion « ».
Démonstration :
D'après la règle « » vue dans la leçon sur les connecteurs :
où l'on a utilisé et la commutativité du « ou ».
Remarque :
Contraposée et réciproque : le point le plus confondu de tout le chapitre. Partant de :
- Sa contraposée lui est équivalente : démontrer l'une, c'est démontrer l'autre.
- Sa réciproque est un énoncé indépendant : elle peut être vraie ou fausse sans que l'implication de départ en dise rien.
Sur un exemple : « » est vraie. Sa contraposée « » est vraie — automatiquement. Sa réciproque « » est fausse (). Échanger n'est pas nier-et-échanger.
Rédaction :
Quand tenter la contraposition ? Quand la négation des énoncés est plus maniable que les énoncés eux-mêmes. Signaux typiques : la conclusion est une non-égalité (), une non-appartenance (), une propriété négative — sa négation devient une égalité ou une appartenance, sur lesquelles on peut calculer.
Gabarit de rédaction — l'annonce est obligatoire :
- « Montrons la contraposée : . » (l'écrire explicitement)
- « Soit… On suppose . » puis dérouler avec donc, or, ainsi jusqu'à .
- Conclure : « Par contraposition, . »
Test 1 : Contraposée ou réciproque ?
La contraposée de l'implication « » est l'implication « ».
Test 2 : Une équivalence gratuite
Si l'implication « » est vraie, alors l'implication « » est vraie.
Exercices rédigés
Exercice 1 : Une fonction homographique injective
Montrer que pour tous :
Solution :(cliquer pour afficher)
Soient . Montrons la contraposée :
On suppose que .
Comme et , les dénominateurs sont non nuls et le produit en croix est licite :
En développant : .
Donc , d'où .
Par contraposition, si alors .
Remarque :
Pourquoi la contraposition s'imposait-elle ? L'hypothèse directe « » est inexploitable : aucun calcul ne démarre d'une non-égalité. Sa contraposée part d'une égalité de fractions — produit en croix, développement, simplification : la machine calculatoire tourne. Tu reconnaîtras plus tard dans cet énoncé l'injectivité de la fonction , dont la démonstration standard est exactement cette contraposition.
Exercice 2 : Parité de n²
Montrer que pour tout : si est pair, alors est pair.
Solution :(cliquer pour afficher)
Soit . Montrons la contraposée : si est impair, alors est impair.
On suppose que est impair : il existe tel que .
On a :
Or , donc est impair.
Par contraposition : pour tout , si est pair alors est pair.
Remarque :
Ici encore, le sens direct était mal engagé : de « pair », c'est-à-dire , il est malaisé de redescendre à — il faudrait extraire une racine carrée en contrôlant la parité. La contraposée part de « impair », qui donne immédiatement une écriture explicite à injecter dans le carré. Retiens le signal : quand l'hypothèse ne fournit pas d'écriture exploitable mais que sa négation en fournit une, contrapose. Ce résultat servira dès la prochaine leçon, dans la preuve de l'irrationalité de .
Exercice 3 : Un produit qui force un facteur
Soient . Montrer que si , alors ou .
Solution :(cliquer pour afficher)
Montrons la contraposée. La négation de « ou » est, par la loi de De Morgan, « et » ; la négation de « » est « ». La contraposée s'écrit donc :
On suppose que et . Alors .
Par contraposition, si , alors ou .
Remarque :
L'intérêt de cet exercice est le calcul préalable de la contraposée : quand les membres de l'implication sont eux-mêmes composés (« ou », « et »), il faut d'abord les nier proprement avec les règles de De Morgan — c'est la leçon sur la négation qui travaille pour celle-ci. Écrire la contraposée avant de commencer la démonstration évite la faute classique consistant à ne nier qu'un seul des deux membres.