Raisonnement par disjonction des cas
Certains énoncés résistent à une attaque frontale : aucun argument ne couvre d'un coup tous les éléments de l'ensemble. La parade est vieille comme les mathématiques — découper l'ensemble en morceaux, et traiter chaque morceau avec l'argument qui lui convient. Encore faut-il savoir ce qu'un découpage doit vérifier pour que la conclusion soit légitime.
Le principe
Question
Pour démontrer un énoncé sur tous les entiers, a-t-on le droit de traiter séparément les pairs et les impairs — et qu'est-ce qui garantit qu'à la fin, tous les entiers sont bien couverts ?
Principe 1 : Raisonnement par disjonction des cas
On suppose que .
Si pour tout , la proposition « » est vraie, alors la proposition « » est vraie.
Démonstration :
Soit . Comme , il existe tel que .
Or la proposition « » est vraie, donc est vraie.
Ainsi est vraie pour tout .
Remarque :
- La seule exigence sur le découpage est le recouvrement : chaque élément de doit tomber dans au moins un cas. Les cas ont le droit de se chevaucher — un élément couvert deux fois ne gêne personne. En pratique on choisit souvent des cas disjoints (une partition), par confort, mais ce n'est pas une obligation logique.
- Chaque cas doit aboutir à la même conclusion — éventuellement par des arguments totalement différents : c'est tout l'intérêt de la méthode.
- Le découpage le plus fréquent sur les entiers : les restes de la division par un entier (, , …, ). Sur les réels : le signe, la position par rapport à un seuil.
Remarque :
Version sur les propositions : si et sont vraies, alors est vraie. C'est la disjonction des cas appliquée aux deux seuls cas possibles — « vraie » et « fausse » — qui recouvrent toutes les situations puisque « ou » est toujours vraie.
Exemple :
La valeur absolue est définie par disjonction des cas : si et si — et toute démonstration d'une propriété de commence naturellement par ce découpage. De même, la parité découpe en deux cas qui le recouvrent. Quel découpage utiliserais-tu pour étudier une expression contenant et ?
Rédaction :
Rédiger une disjonction des cas :
- Annoncer le découpage et vérifier mentalement qu'il recouvre tout l'ensemble : « Soit . Trois cas se présentent selon le reste de dans la division par . »
- Traiter chaque cas dans un paragraphe séparé, ouvert par « Cas 1 : si avec … », et refermé par la conclusion visée.
- Conclure globalement : « Dans tous les cas, … , donc la propriété vaut pour tout . » Cette phrase finale est obligatoire — sans elle, on a trois résultats partiels, pas un théorème.
Test 1 : Des cas disjoints ?
Pour appliquer une disjonction des cas, les cas considérés doivent être deux à deux disjoints.
Test 2 : Deux cas, une conclusion
Si les propositions et sont vraies, alors est vraie.
Exercices rédigés
Exercice 1 : Divisibilité par 3
Montrer que pour tout : .
Solution :(cliquer pour afficher)
Soit . Tout entier naturel s'écrit sous l'une des formes , ou avec : ces trois cas recouvrent .
Cas 1 : avec .
Alors , donc .
Cas 2 : avec .
On a , donc .
Alors .
Cas 3 : avec .
On a , donc .
Alors .
Dans tous les cas, : le résultat vaut pour tout .
Remarque :
Rapproche ce résultat de l'exercice « » de la leçon précédente : le même énoncé (à peine affaibli) reçoit ici une démonstration de nature complètement différente. Un même résultat peut relever de plusieurs schémas de raisonnement — choisir le plus commode fait partie du métier.
Exercice 2 : Un cosinus périodique en n
Soit . Calculer en fonction de la forme de .
Solution :(cliquer pour afficher)
Soit . On discute selon le reste de dans la division par .
Cas 1 : avec .
Cas 2 : avec .
car et .
Cas 3 : avec .
La valeur de est ainsi déterminée dans tous les cas.
Exercice 3 : Parité d'un produit
Montrer que pour tout , l'entier est pair.
Solution :(cliquer pour afficher)
Soit . On a . Deux cas recouvrent : pair ou impair.
Cas 1 : est pair : il existe tel que .
Alors , avec : c'est un entier pair.
Cas 2 : est impair : il existe tel que .
Alors , donc , avec : c'est un entier pair.
Dans tous les cas, est pair.