Négation d'un énoncé et contre-exemple
Tu sais nier un « et », un « ou », une implication. Il reste à nier les énoncés quantifiés — c'est-à-dire la quasi-totalité des énoncés mathématiques. La récompense est immédiate : savoir nier proprement, c'est déjà posséder ton premier schéma de démonstration, le raisonnement par contre-exemple.
Nier un énoncé quantifié
Question
« Tous les élèves de la classe ont eu la moyenne. » Pour me contredire, dois-tu montrer qu'aucun élève ne l'a eue — ou te suffit-il d'en trouver un seul en dessous ?
Proposition 1 : Négation des quantificateurs
Soient un ensemble et un énoncé mathématique dépendant de , avec . Alors :
Démonstration :
1. Dire que « » est fausse, c'est dire que n'est pas vraie pour tous les éléments de : il y a donc au moins un élément pour lequel est fausse, c'est-à-dire . Réciproquement, si un tel existe, l'énoncé universel est mis en défaut : il est faux. Les deux propositions sont fausses ou vraies exactement dans les mêmes situations : elles sont équivalentes.
2. Dire que « » est fausse, c'est dire qu'aucun élément de ne vérifie : tout vérifie donc . Réciproquement, si tout vérifie , aucun ne peut vérifier , et l'énoncé existentiel est faux.
Remarque :
- Retiens le mécanisme : la négation traverse les quantificateurs en les échangeant — devient , devient — et va se poser sur le prédicat, tout au fond. L'ordre des variables, lui, ne change jamais.
- Pour un énoncé à plusieurs quantificateurs, on applique la règle de proche en proche :
- Le domaine de quantification ne se nie pas : la négation de « » est « » — on cherche le fautif dans le même ensemble, pas dans .
Rédaction :
Nier un énoncé, mécaniquement — dans cet ordre :
- Échanger chaque quantificateur () sans toucher à l'ordre des variables ni aux ensembles.
- Nier le prédicat final avec les règles de la leçon précédente : « et » devient « ou », « ou » devient « et », « » devient « et ».
- Traduire les négations élémentaires : devient , devient , devient .
Le résultat ne doit plus contenir aucun symbole .
Exemple :
- : « ». Sa négation : .
- : « ». Sa négation : .
- : « ». Sa négation : .
Dans chaque cas, laquelle des deux propositions est vraie ?
Test 1 : Nier un « pour tout »
La négation de « » est « ».
Test 2 : Ordre conservé
La négation de « » est « ».
Exercice 1 : Nier une équivalence
Donner la négation, sans symbole , de la proposition :
On rappelle que équivaut à « et ».
Solution :(cliquer pour afficher)
Notons, pour réel, : « » et : « et ».
La négation échange le en et nie l'équivalence. Or l'équivalence est la conjonction des deux implications ; par la loi de De Morgan, sa négation est la disjonction des négations des deux implications, et la négation d'une implication est « prémisse et non-conclusion » :
Avec : « ou », on obtient :
En distribuant le premier bloc :
Une équivalence peut être fausse de deux façons — chaque implication peut lâcher — et la négation les énumère toutes les deux.
Exercice 2 : Nier l'unicité
Donner la négation de la proposition « ».
Solution :(cliquer pour afficher)
Commençons par écrire ce que signifie l'unicité avec les seuls quantificateurs et :
— il existe un élément qui vérifie , et tout élément qui vérifie lui est égal.
On nie maintenant mécaniquement : le de tête devient , le « et » devient « ou », le interne devient , et l'implication niée devient « et » :
Autrement dit : ou bien aucun élément ne vérifie , ou bien il y en a au moins deux distincts — les deux façons de rater « existence et unicité ».
Le raisonnement par contre-exemple
Question
Pour démontrer qu'un énoncé « pour tout » est vrai, il faut traiter tous les cas. Et pour démontrer qu'il est faux — le même travail est-il nécessaire ?
Principe 1 : Raisonnement par contre-exemple
Pour montrer que la proposition « » est fausse, on montre que sa négation « » est vraie : il suffit d'exhiber un élément tel que est fausse.
Un tel élément est appelé un contre-exemple.
Remarque :
L'asymétrie est totale, et il faut l'avoir comprise une fois pour toutes : pour établir « », un exemple ne prouve rien — vérifier l'énoncé sur , , ne dit rien de ; pour la réfuter, un seul contre-exemple suffit et clôt la discussion.
Exemple :
- La proposition « » est fausse : et forment un contre-exemple.
- La proposition « » est fausse : , , forment un contre-exemple.
Dans chaque cas, quelles vérifications précises font de ces valeurs des contre-exemples ?
Rédaction :
Rédiger une réfutation par contre-exemple — trois temps, tous obligatoires :
- Annoncer : « Montrons que la proposition est fausse. Posons »
- Vérifier que le candidat met l'énoncé en défaut, c'est-à-dire qu'il vérifie la négation du prédicat. Si le prédicat est une implication , il faut vérifier deux choses : est vraie et est fausse. Un qui ne vérifie pas la prémisse n'est pas un contre-exemple.
- Conclure : « La proposition est donc fausse. »
Et rappel de rédaction : ces vérifications s'enchaînent avec donc, or, ainsi — jamais avec le symbole .
Test 3 : Un seul suffit
Pour démontrer qu'une proposition de la forme « » est fausse, il suffit d'exhiber un unique élément de ne vérifiant pas .
Test 4 : Des exemples pour prouver
Si un énoncé « » est vérifié pour , il est vrai.
Test 5 : Contre-exemple d'une implication
Pour réfuter « », le réel est un contre-exemple, car n'est pas strictement supérieur à .
Exercice 3 : Le polynôme d'Euler
Montrer que la proposition « est premier » est fausse.
Solution :(cliquer pour afficher)
Montrons que la négation « n'est pas premier » est vraie.
Posons . On a :
Or est divisible par , avec : ce n'est pas un nombre premier.
La proposition est donc fausse — est un contre-exemple.
Ce polynôme, découvert par Euler, produit pourtant des nombres premiers pour tous les entiers de à : quarante et une vérifications, et un énoncé faux. On ne prouve jamais un « pour tout » par des exemples.
Exercice 4 : Chasse aux contre-exemples
Montrer que chacune des propositions suivantes est fausse :
- « » ;
- « » ;
- « Toute fonction vérifiant et est croissante. »
Solution :(cliquer pour afficher)
1. Posons et . Alors , or et (car ). La proposition est fausse.
2. Posons . Alors . La proposition est fausse — elle est vraie pour et , et c'est précisément entre les deux qu'il fallait chercher.
3. Il faut exhiber une fonction : posons . On a bien et . Or avec : n'est pas croissante. La proposition est fausse.
Un contre-exemple n'est pas toujours un nombre : selon l'énoncé, c'est un couple, une fonction, une suite, une matrice… — n'importe quel objet de l'ensemble quantifié.