MPSI · Variables aléatoires réelles

Variable aléatoire : définition et premiers exemples

Dans de nombreuses situations concrètes, le résultat d'une expérience aléatoire est de nature numérique, ou peut naturellement être codé par un nombre : on associe à chaque issue une valeur numérique.

Observons quelques exemples.

  • Le nombre de véhicules passant par un péage en une journée : une valeur entière, a priori quelconque, dans N\mathbb{N}.
  • La durée de vie (en heures) d'une pièce mécanique : une valeur réelle positive, dans [0,+[[0,+\infty[.
  • La note d'un élève à un examen (sur 20, au demi-point) : une valeur dans l'ensemble fini {0;0,5;1;;20}\{0\,;\,0{,}5\,;\,1\,;\,\ldots\,;\,20\}.
  • Le résultat du lancer d'un dé équilibré : une valeur dans {1,2,3,4,5,6}\{1,2,3,4,5,6\}.

Dans chacun de ces exemples, on associe à chaque issue de l'expérience aléatoire un nombre réel. Un tel procédé définit ce que l'on appelle une variable aléatoire : une fonction

X:ΩRX : \Omega \longrightarrow \mathbb{R}

qui « mesure » numériquement le résultat de l'expérience.

L'ensemble des valeurs possibles de XX peut être très varié : fini, dénombrable ou continu. Dans ce chapitre, nous nous limitons au cas des variables aléatoires à valeurs dans un ensemble fini, cadre suffisamment riche pour développer toute l'intuition probabiliste et couvrir l'essentiel des applications.

Ce qu'est une variable aléatoire

Question

Au chapitre précédent, une expérience aléatoire se décrivait entièrement par son univers Ω\Omega et par des événements, c'est-à-dire des parties de Ω\Omega. Pourquoi vouloir en plus attacher un nombre à chaque issue ? Que gagne-t-on à quitter le langage des ensembles ?

Ce qu'on y gagne : les nombres se comparent, s'ajoutent, se moyennent. « Quel gain puis-je espérer en moyenne ? », « de combien mon résultat s'écarte-t-il typiquement de cette moyenne ? » — aucune de ces deux questions n'a de sens pour une partie de Ω\Omega. Elles en auront un dès qu'on aura codé chaque issue par un réel.

Définition 1

On appelle variable aléatoire réelle toute application XX de Ω\Omega vers R\mathbb{R}.

Vocabulaire :

Le support de XX, noté X(Ω)X(\Omega), est l'ensemble des valeurs prises par XX.

Remarque :

Le vocabulaire est trompeur : dans une variable aléatoire, rien n'est ni variable ni aléatoire. XX est une application ordinaire, parfaitement déterministe — une fois ω\omega fixé, X(ω)X(\omega) est un nombre fixé. Le hasard porte sur le tirage de ω\omega, pas sur la valeur qui lui est associée. Noter aussi que la définition ne fait intervenir aucune probabilité : on peut parler de XX et de son support X(Ω)X(\Omega) avant même d'avoir muni Ω\Omega d'une probabilité P\mathbb{P}.

Exemple :

  1. Si aRa\in\mathbb{R}, l'application
X:ΩRωaX : \begin{array}{ccc} \Omega & \longrightarrow & \mathbb{R} \\ \omega & \longmapsto & a \end{array}

est une variable aléatoire, appelée variable aléatoire constante ou certaine.

  1. Si AA est un événement de Ω\Omega, l'application
1A:ΩRω{1siωA0siωA\mathbf{1}_A : \begin{array}{ccl} \Omega & \longrightarrow & \mathbb{R} \\ \omega & \longmapsto & \begin{cases} 1 & \text{si} \quad \omega \in A \\ 0 & \text{si} \quad \omega \notin A \end{cases} \end{array}

est une variable aléatoire réelle, appelée variable indicatrice de AA.

  1. On lance un dé équilibré deux fois et on note XX la somme des résultats obtenus. L'univers est Ω=1,62\Omega = \llbracket 1,6 \rrbracket^2 et X:(i,j)i+jX : (i,j) \longmapsto i+j, de sorte que X(Ω)=2,12X(\Omega) = \llbracket 2,12 \rrbracket.

Aucune de ces trois écritures ne contient la moindre trace de hasard. Où est-il donc passé ?

Remarque :

  1. Les opérations usuelles sur les fonctions s'appliquent aux variables aléatoires : si XX et YY sont des variables aléatoires réelles sur Ω\Omega et λR\lambda \in \mathbb{R}, alors X+YX + Y, λX\lambda X et XYXY sont encore des variables aléatoires réelles sur Ω\Omega.

  2. Soit XX une variable aléatoire sur Ω\Omega et ff une application définie sur X(Ω)X(\Omega). L'application fXf \circ X est une variable aléatoire, notée f(X)f(X). Par exemple X2X^2 et eXe^X sont des variables aléatoires.

Test 1 : Où est le hasard ?

Une variable aléatoire n'est pas une application au sens usuel, car sa valeur dépend du hasard.

Exercice 1 : Trois expériences, trois supports

Pour chacune des expériences suivantes, proposer un univers Ω\Omega, préciser le support de la variable aléatoire indiquée, puis décrire par extension l'événement demandé.

  1. On lance deux dés équilibrés discernables et on note XX la valeur absolue de la différence des deux résultats. Décrire l'événement {X=5}\{X = 5\}.
  2. Une urne contient 33 boules blanches b1,b2,b3b_1,b_2,b_3 et 22 boules noires n1,n2n_1,n_2, toutes discernables. On en tire 22 simultanément et on note YY le nombre de boules blanches obtenues. Décrire {Y=0}\{Y = 0\}.
  3. On répartit 33 jetons discernables, numérotés 11, 22, 33, dans 22 tiroirs. On note ZZ le nombre de jetons placés dans le premier tiroir. Décrire {Z2}\{Z \geqslant 2\}.
Solution :(cliquer pour afficher)

1. On prend Ω=1,62\Omega = \llbracket 1,6 \rrbracket^2, une issue étant le couple des deux résultats, et X(i,j)=ijX(i,j) = \lvert i-j \rvert.

La valeur 00 est atteinte (par (1,1)(1,1)), la valeur 55 aussi (par (1,6)(1,6)), et toute valeur intermédiaire l'est également : X(Ω)=0,5X(\Omega) = \llbracket 0,5 \rrbracket. Enfin

{X=5}={(1,6),(6,1)}.\{X = 5\} = \{(1,6),\,(6,1)\}.

2. Une issue est ici une partie à 22 éléments de {b1,b2,b3,n1,n2}\{b_1,b_2,b_3,n_1,n_2\} : on prend pour Ω\Omega l'ensemble de ces parties, de cardinal (52)=10\binom{5}{2} = 10. Le nombre de blanches tirées vaut 00, 11 ou 22, et ces trois valeurs sont atteintes : Y(Ω)={0,1,2}Y(\Omega) = \{0,1,2\}. Une seule issue ne contient aucune blanche :

{Y=0}={{n1,n2}}.\{Y = 0\} = \bigl\{\,\{n_1,n_2\}\,\bigr\}.

Un événement à un seul élément reste un événement : ne pas confondre l'issue {n1,n2}\{n_1,n_2\} et l'événement qui la contient.

3. Décrire une répartition, c'est dire pour chaque jeton dans quel tiroir il va : on prend Ω={1,2}3\Omega = \{1,2\}^3, l'issue (t1,t2,t3)(t_1,t_2,t_3) signifiant « le jeton kk est dans le tiroir tkt_k ». Alors Z(t1,t2,t3)Z(t_1,t_2,t_3) est le nombre d'indices kk tels que tk=1t_k = 1, d'où Z(Ω)={0,1,2,3}Z(\Omega) = \{0,1,2,3\}, et

{Z2}={(1,1,1),(1,1,2),(1,2,1),(2,1,1)}.\{Z \geqslant 2\} = \{(1,1,1),\,(1,1,2),\,(1,2,1),\,(2,1,1)\}.

Deux réflexes à retenir. D'abord, le support ne se lit pas sur l'ensemble d'arrivée : XX arrive dans R\mathbb{R}, mais X(Ω)X(\Omega) est l'ensemble des valeurs effectivement atteintes, et il faut le vérifier valeur par valeur. Ensuite, plusieurs univers peuvent convenir pour une même expérience ; ce qui compte est que chaque issue soit décrite sans ambiguïté et que la variable étudiée s'y lise directement.

Les événements associés à une variable aléatoire

Question

Une variable aléatoire produit des nombres, mais une probabilité ne sait s'appliquer qu'à des parties de Ω\Omega. Quel sens donner alors à une écriture comme P(X=3)\mathbb{P}(X = 3) ?

Notation :

La théorie des probabilités utilise, pour décrire certains événements liés aux variables aléatoires, des notations spéciales dont il importe de bien comprendre la signification.

Soient XX une variable aléatoire réelle et AA une partie de R\mathbb{R}. L'ensemble X1(A)={ωΩ:X(ω)A}X^{-1}(A) = \{\omega \in \Omega : X(\omega) \in A\}, image réciproque de AA par l'application XX, est noté, en probabilités : {XA}\{X \in A\} ou (XA)(X \in A) ou [XA][X \in A]. C'est une partie de Ω\Omega, c'est-à-dire un événement.

En particulier, pour tout xRx \in \mathbb{R}, on note :

{X=x}={ωΩ:X(ω)=x}  ;{Xx}={ωΩ:X(ω)x}  ;{Xx}={ωΩ:X(ω)x}  ;{X<x}={ωΩ:X(ω)<x}  ;{X>x}={ωΩ:X(ω)>x}.\begin{aligned} \{X = x\} &= \{\omega \in \Omega : X(\omega) = x\} \;; \\ \{X \leqslant x\} &= \{\omega \in \Omega : X(\omega) \leqslant x\} \;; \\ \{X \geqslant x\} &= \{\omega \in \Omega : X(\omega) \geqslant x\} \;; \\ \{X < x\} &= \{\omega \in \Omega : X(\omega) < x\} \;; \\ \{X > x\} &= \{\omega \in \Omega : X(\omega) > x\}. \end{aligned}

Remarque :

  1. Plus généralement, si PP est une propriété quelconque pouvant être vérifiée ou non par un élément de R\mathbb{R}, l'ensemble des éléments ω\omega de Ω\Omega tels que X(ω)X(\omega) vérifie la propriété PP est noté {X veˊrifie P}\{X \text{ vérifie } P\}.

  2. Pour tout réel xx on a :

{Xx}={X<x}{X=x}.\{X \leqslant x\} = \{X < x\} \cup \{X = x\}.

Remarque :

Ces notations sont des abréviations, et il faut savoir les déplier à volonté : {X=3}\{X = 3\} est une partie de Ω\Omega, l'ensemble des issues que XX envoie sur 33. C'est bien à cette partie que P\mathbb{P} s'applique, et l'écriture P(X=3)\mathbb{P}(X = 3) n'est qu'un raccourci pour P({X=3})\mathbb{P}(\{X = 3\}).

Deux conséquences immédiates, souvent oubliées. D'une part, rien n'oblige XX à être injective : c'est même le cas intéressant, car {X=x}\{X = x\} regroupe alors plusieurs issues, et l'on remplace une description fine de Ω\Omega par une description grossière mais suffisante. D'autre part, si xX(Ω)x \notin X(\Omega), l'événement {X=x}\{X = x\} est vide — parfaitement légitime, simplement de probabilité nulle.

Exemple :

  1. Si 1A\mathbf{1}_A est la fonction indicatrice de l'événement AA, on a, par définition :
{1A=1}=Aet{1A=0}=A.\{\mathbf{1}_A = 1\} = A \quad \text{et} \quad \{\mathbf{1}_A = 0\} = \overline{A}.
  1. On reprend l'exemple du lancer du dé deux fois : [X=4]={(1,3),(2,2),(3,1)}[X = 4] = \{(1,3),(2,2),(3,1)\}.

Cette liste-là se voit du premier coup d'œil. Comment être sûr, sur un événement moins évident, de n'oublier aucune issue ?

Rédaction — Traduire une phrase en événement :

Étape 1. Identifier la grandeur numérique dont parle la phrase : c'est elle, la variable aléatoire.

Étape 2. Traduire la condition qui porte sur cette grandeur en une partie AA de R\mathbb{R}.

Étape 3. Écrire l'événement sous la forme {XA}\{X \in A\}, ou sous l'une de ses abréviations.

Les connecteurs logiques se transportent : « et » devient \cap, « ou » (inclusif) devient \cup, « ne pas » devient le passage au complémentaire.

PhraseÉvénement
XX vaut 33{X=3}\{X = 3\}
XX dépasse strictement 55{X>5}\{X > 5\}
XX vaut au plus 55{X5}\{X \leqslant 5\}
XX est compris entre 22 et 77 au sens large{X[2,7]}\{X \in [2,7]\}
XX est paire{X2Z}\{X \in 2\mathbb{Z}\}
XX ne vaut pas 44{X=4}\overline{\{X = 4\}}
XX vaut 33 ou 55{X=3}{X=5}\{X = 3\} \cup \{X = 5\}
XX et YY prennent la même valeur{X=Y}\{X = Y\}
XX s'écarte de mm d'au moins ε\varepsilon{Xmε}\{\lvert X - m \rvert \geqslant \varepsilon\}

La dernière ligne est celle qui servira le plus tard : c'est la forme sous laquelle se lisent toutes les inégalités de concentration.

Test 2 : Un événement toujours non vide ?

Pour toute variable aléatoire XX et tout réel xx, l'événement {X=x}\{X = x\} est non vide.

Exercice 2 : Du français à l'écriture ensembliste

On lance deux dés équilibrés discernables, avec Ω=1,62\Omega = \llbracket 1,6 \rrbracket^2. On note XX la somme des deux résultats et YY le plus grand des deux résultats.

  1. Écrire à l'aide de XX et de YY les événements suivants :
    1. « la somme vaut au moins 1010 » ;
    2. « les deux dés donnent 66 » ;
    3. « la somme est impaire » ;
    4. « les deux dés donnent le même résultat ».
  2. Traduire en français les événements {Y2}\{Y \leqslant 2\} et {Y=6}\{Y = 6\}.
  3. Décrire par extension les événements {X=5}\{X = 5\} et {Y=2}\{Y = 2\}.
Solution :(cliquer pour afficher)

1.a. {X10}\{X \geqslant 10\}.

1.b. La somme ne vaut 1212 que si les deux dés donnent 66 : l'événement s'écrit {X=12}\{X = 12\}. Attention au piège : ce n'est pas {Y=6}\{Y = 6\}, qui signifie seulement « au moins un des deux dés donne 66 ».

1.c. {X2Z+1}\{X \in 2\mathbb{Z}+1\}, ou encore {X2Z}\overline{\{X \in 2\mathbb{Z}\}}.

1.d. Si les deux dés donnent mm, alors X=2mX = 2m et Y=mY = m ; réciproquement, si iji \neq j alors i+j<2max(i,j)i + j < 2\max(i,j). L'événement s'écrit donc

{X=2Y}.\{X = 2Y\}.

C'est un bon exemple d'événement qui met en jeu deux variables aléatoires simultanément : ce qui compte n'est pas la valeur de chacune, mais la relation entre les deux.

2. {Y2}\{Y \leqslant 2\} : « aucun des deux dés ne dépasse 22 », autrement dit les deux résultats sont dans {1,2}\{1,2\}. {Y=6}\{Y = 6\} : « au moins un des deux dés donne 66 ».

3.

{X=5}={(1,4),(2,3),(3,2),(4,1)},{Y=2}={(1,2),(2,1),(2,2)}.\{X = 5\} = \{(1,4),(2,3),(3,2),(4,1)\}, \qquad \{Y = 2\} = \{(1,2),(2,1),(2,2)\}.

Le second mérite un temps d'arrêt : « le maximum vaut 22 » ne signifie pas « les deux dés donnent 22 », mais « aucun ne dépasse 22, et au moins un l'atteint ». D'où trois issues et non une seule. La méthode sûre pour ne rien oublier : écrire {Y=2}={Y2}{Y1}\{Y = 2\} = \{Y \leqslant 2\} \setminus \{Y \leqslant 1\}, soit 41=34 - 1 = 3 issues.

Le transport des opérations ensemblistes

Question

Les parties de R\mathbb{R} se combinent par réunion, intersection, complémentaire. Ces opérations se retrouvent-elles telles quelles du côté des événements associés, ou faut-il une hypothèse sur XX ?

Proposition 1

Soit XX une variable aléatoire, à valeurs dans R\mathbb{R}, ainsi que AA et BB deux parties de R\mathbb{R}. On a alors :

{XAB}={XA}{XB}{XAB}={XA}{XB}{XRA}={XA}.\begin{aligned} \{X \in A \cup B\} &= \{X \in A\} \cup \{X \in B\} \\ \{X \in A \cap B\} &= \{X \in A\} \cap \{X \in B\} \\ \{X \in \mathbb{R} \setminus A\} &= \overline{\{X \in A\}}. \end{aligned}

Démonstration :

Les trois égalités se démontrent par double inclusion simultanée, en revenant à la définition de l'image réciproque : dans chaque cas, on montre qu'une issue ω\omega appartient au membre de gauche si et seulement si elle appartient au membre de droite.

Soit ωΩ\omega \in \Omega.

ω{XAB}    X(ω)AB    X(ω)A  ou  X(ω)B    ω{XA}  ou  ω{XB}    ω{XA}{XB}.\begin{aligned} \omega \in \{X \in A \cup B\} &\iff X(\omega) \in A \cup B \\ &\iff X(\omega) \in A \ \text{ ou } \ X(\omega) \in B \\ &\iff \omega \in \{X \in A\} \ \text{ ou } \ \omega \in \{X \in B\} \\ &\iff \omega \in \{X \in A\} \cup \{X \in B\}. \end{aligned}

La deuxième égalité s'obtient de la même façon, le connecteur « ou » étant remplacé par « et ». Enfin, puisque X(ω)X(\omega) est un réel, il appartient à RA\mathbb{R} \setminus A si et seulement s'il n'appartient pas à AA :

ω{XRA}    X(ω)A    ω{XA}    ω{XA}.\omega \in \{X \in \mathbb{R} \setminus A\} \iff X(\omega) \notin A \iff \omega \notin \{X \in A\} \iff \omega \in \overline{\{X \in A\}} .

Remarque :

Aucune hypothèse n'est requise sur XX : la proposition n'est rien d'autre que la compatibilité générale de l'image réciproque avec les opérations ensemblistes. C'est un point à connaître pour lui-même, car l'image directe, elle, ne se comporte pas aussi bien : en général X(AB)X(A)X(B)X(A \cap B) \neq X(A) \cap X(B). Tout le confort de calcul en probabilités vient de ce qu'on travaille exclusivement avec des images réciproques.

Remarque :

Si XX est une variable aléatoire réelle sur l'univers fini Ω\Omega, alors, pour tout ARA \subset \mathbb{R}, l'événement {XA}\{X \in A\} peut s'écrire comme réunion finie d'événements deux à deux incompatibles de la forme {X=x}\{X = x\} :

{XA}=xAX(Ω){X=x}.\{X \in A\} = \bigcup_{x \in A \cap X(\Omega)} \{X = x\}.

Cela justifie que la connaissance des probabilités P(X=x)\mathbb{P}(X = x) pour tout xX(Ω)x \in X(\Omega) suffit à détermner P(XA)\mathbb{P}(X \in A) pour tout ARA \subset \mathbb{R}.

Exercice 3 : Calcul sur les indicatrices

Soient AA et BB deux événements de Ω\Omega.

  1. Montrer que 1A=11A\mathbf{1}_{\overline{A}} = 1 - \mathbf{1}_{A}.
  2. Montrer que 1AB=1A1B\mathbf{1}_{A \cap B} = \mathbf{1}_{A}\,\mathbf{1}_{B}.
  3. En déduire que 1AB=1A+1B1A1B\mathbf{1}_{A \cup B} = \mathbf{1}_{A} + \mathbf{1}_{B} - \mathbf{1}_{A}\mathbf{1}_{B}.
  4. Soit XX une variable aléatoire sur Ω\Omega vérifiant X2=XX^2 = X. Montrer qu'il existe un événement AA tel que X=1AX = \mathbf{1}_{A}, et préciser cet événement.
Solution :(cliquer pour afficher)

Dans tout l'exercice, deux variables aléatoires sur Ω\Omega sont égales si et seulement si elles prennent la même valeur en chaque issue : c'est une égalité d'applications, qui se vérifie donc en fixant ωΩ\omega \in \Omega et en discutant selon les cas.

1. Soit ωΩ\omega \in \Omega.

  • Si ωA\omega \in A : 1A(ω)=0\mathbf{1}_{\overline{A}}(\omega) = 0 et 11A(ω)=11=01 - \mathbf{1}_{A}(\omega) = 1 - 1 = 0.
  • Si ωA\omega \notin A : 1A(ω)=1\mathbf{1}_{\overline{A}}(\omega) = 1 et 11A(ω)=10=11 - \mathbf{1}_{A}(\omega) = 1 - 0 = 1.

Les deux applications coïncident partout, donc 1A=11A\mathbf{1}_{\overline{A}} = 1 - \mathbf{1}_{A}.

2. Les deux membres ne prennent que les valeurs 00 et 11 ; il suffit donc de repérer où ils valent 11. Soit ωΩ\omega \in \Omega :

1A(ω)1B(ω)=1    1A(ω)=1 et 1B(ω)=1    ωAB    1AB(ω)=1.\mathbf{1}_{A}(\omega)\,\mathbf{1}_{B}(\omega) = 1 \iff \mathbf{1}_{A}(\omega) = 1 \text{ et } \mathbf{1}_{B}(\omega) = 1 \iff \omega \in A \cap B \iff \mathbf{1}_{A \cap B}(\omega) = 1 .

Un produit de deux facteurs valant 00 ou 11 vaut 11 exactement quand les deux facteurs valent 11 : c'est ce qui fait du produit le traducteur exact du « et ».

3. On passe par le complémentaire, en utilisant AB=AB\overline{A \cup B} = \overline{A} \cap \overline{B} :

1AB=11AB=11A1B=1(11A)(11B)=1A+1B1A1B.\mathbf{1}_{A \cup B} = 1 - \mathbf{1}_{\overline{A} \cap \overline{B}} = 1 - \mathbf{1}_{\overline{A}}\,\mathbf{1}_{\overline{B}} = 1 - (1 - \mathbf{1}_{A})(1 - \mathbf{1}_{B}) = \mathbf{1}_{A} + \mathbf{1}_{B} - \mathbf{1}_{A}\mathbf{1}_{B}.

On reconnaît la structure de la formule du crible : le terme correctif 1A1B=1AB\mathbf{1}_{A}\mathbf{1}_{B} = \mathbf{1}_{A \cap B} corrige exactement le double comptage de l'intersection.

4. L'hypothèse X2=XX^2 = X signifie que pour tout ωΩ\omega \in \Omega, X(ω)2=X(ω)X(\omega)^2 = X(\omega), c'est-à-dire X(ω)(X(ω)1)=0X(\omega)\bigl(X(\omega) - 1\bigr) = 0. Un produit de réels est nul si et seulement si l'un des facteurs l'est, donc X(ω){0,1}X(\omega) \in \{0,1\} pour tout ω\omega.

Posons A={X=1}A = \{X = 1\}, qui est bien un événement. Si ωA\omega \in A, alors X(ω)=1=1A(ω)X(\omega) = 1 = \mathbf{1}_{A}(\omega) ; si ωA\omega \notin A, alors X(ω)1X(\omega) \neq 1, donc X(ω)=0=1A(ω)X(\omega) = 0 = \mathbf{1}_{A}(\omega). Ainsi X=1AX = \mathbf{1}_{A}.

Ce que dit la question 4. Les indicatrices sont exactement les variables aléatoires idempotentes. Autrement dit, la correspondance A1AA \mapsto \mathbf{1}_{A} identifie les événements de Ω\Omega à une classe de variables aléatoires repérable par une simple équation algébrique. C'est ce qui permettra, plus loin, de remplacer un raisonnement ensembliste par un calcul : la preuve de l'inégalité de Markov, par exemple, consiste à comparer une indicatrice à une autre variable aléatoire.

Le système complet d'événements associé à une variable aléatoire

Question

Pour calculer P(XA)\mathbb{P}(X \in A), faut-il repartir de Ω\Omega à chaque nouvelle partie AA ? Existe-t-il une famille d'événements attachée à XX, calculée une fois pour toutes, dont tout le reste se déduirait ?

Proposition 2 : Système complet associé à une variable aléatoire

Si XX est une variable aléatoire sur Ω\Omega, la famille ({X=x})xX(Ω)\bigl(\{X = x\}\bigr)_{x \in X(\Omega)} est un système complet d'événements, appelé système complet d'événements associé à XX.

Démonstration :

Il faut vérifier les deux conditions de la définition d'un système complet : les événements sont deux à deux incompatibles, et leur réunion est Ω\Omega.

Incompatibilité deux à deux. Soient xx et yy deux éléments distincts de X(Ω)X(\Omega). Si une issue ω\omega appartenait à {X=x}{X=y}\{X = x\} \cap \{X = y\}, on aurait à la fois X(ω)=xX(\omega) = x et X(ω)=yX(\omega) = y, donc x=yx = y : contradiction, car XX est une application et n'associe qu'une seule valeur à ω\omega. Ainsi

xy    {X=x}{X=y}=.x \neq y \implies \{X = x\} \cap \{X = y\} = \varnothing.

Recouvrement. L'inclusion xX(Ω){X=x}Ω\displaystyle\bigcup_{x \in X(\Omega)} \{X = x\} \subset \Omega est immédiate, chaque {X=x}\{X = x\} étant une partie de Ω\Omega. Réciproquement, soit ωΩ\omega \in \Omega et posons x0=X(ω)x_0 = X(\omega). Par définition du support, x0X(Ω)x_0 \in X(\Omega), et ω{X=x0}\omega \in \{X = x_0\} : l'issue ω\omega appartient donc à la réunion. D'où l'égalité

xX(Ω){X=x}=Ω.\bigcup_{x \in X(\Omega)} \{X = x\} = \Omega .

La famille est donc bien un système complet d'événements.

Remarque :

La démonstration donne davantage que l'énoncé : comme l'indexation porte sur le support X(Ω)X(\Omega), chaque {X=x}\{X = x\} y est non vide, et la famille est en réalité une partition de Ω\Omega. Cette précision se perdrait si l'on indexait par R\mathbb{R} tout entier : on aurait encore un système complet, mais criblé d'événements vides.

C'est ce système complet qui sera branché sur la formule des probabilités totales : il découpe Ω\Omega en tranches exactement adaptées à XX, une tranche par valeur possible. Toute l'information probabiliste utile sur XX tient dans la liste des P(X=x)\mathbb{P}(X = x) — c'est ce qu'on appellera sa loi à la leçon suivante.

ΩX = x1X = x2X = x3x1x2x3
La variable aléatoire découpe Ω en tranches, une par valeur du support.

Exemple :

On reprend l'exemple du lancer du dé deux fois, avec X(Ω)=2,12X(\Omega) = \llbracket 2,12 \rrbracket. La famille ({X=k})k2,12\bigl(\{X = k\}\bigr)_{k \in \llbracket 2,12 \rrbracket} est un système complet d'événements associé à XX.

Ce système compte 1111 événements, alors que Ω\Omega en compte 3636 éléments : les tranches n'ont donc pas toutes la même taille. Laquelle est la plus grosse, et pourquoi ?

Test 3 : Système complet ou partition ?

La famille ({X=x})xX(Ω)\bigl(\{X = x\}\bigr)_{x \in X(\Omega)} est une partition de Ω\Omega.

Exercice 4 : Lancers successifs d'une pièce

On effectue nn lancers successifs et indépendants d'une pièce équilibrée, chaque lancer donnant pile ou face. On associe pile à 11 et face à 00, et on modélise cette expérience par l'univers Ω={0,1}n\Omega = \{0,1\}^n.

Pour k1,nk \in \llbracket 1, n \rrbracket, on note XkX_k la variable aléatoire définie par :

Xk:Ω{0,1}(x1,,xn)xkX_k : \begin{array}{rcl} \Omega & \longrightarrow & \{0,1\} \\ (x_1, \ldots, x_n) & \longmapsto & x_k \end{array}
  1. Que représente concrètement la variable aléatoire XkX_k ? Décrire en termes simples les événements {Xk=1}\{X_k = 1\} et {Xk=0}\{X_k = 0\}.
  2. Exprimer à l'aide des variables aléatoires (Xk)1kn(X_k)_{1 \leqslant k \leqslant n} les événements suivants :
    1. « on n'a obtenu que des piles » ;
    2. « on n'a obtenu aucun pile » ;
    3. « le premier et le dernier lancer donnent le même résultat ».
  3. On pose Sn=k=1nXkS_n = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} X_k.
    1. Quelle grandeur concrète SnS_n représente-t-elle ?
    2. Exprimer à l'aide de SnS_n l'événement « on a obtenu au moins autant de piles que de faces ».
    3. Pour j0,nj \in \llbracket 0, n \rrbracket, calculer P(Sn=j)\mathbb{P}(S_n = j).
Solution :(cliquer pour afficher)

1. XkX_k lit la kk-ième coordonnée de l'issue : c'est le résultat du kk-ième lancer, codé 11 pour pile et 00 pour face. Ainsi {Xk=1}\{X_k = 1\} est l'événement « le kk-ième lancer donne pile » et {Xk=0}\{X_k = 0\} l'événement « le kk-ième lancer donne face ». Ces deux événements sont contraires l'un de l'autre, et Xk=1{Xk=1}X_k = \mathbf{1}_{\{X_k = 1\}}.

2.a. « Que des piles » signifie « pile au lancer 11, et au lancer 22, et … » : le « et » devient une intersection.

k=1n{Xk=1}.\bigcap_{k=1}^{n} \{X_k = 1\}.

2.b. De même, « aucun pile » se lit « face à chaque lancer » :

k=1n{Xk=0}.\bigcap_{k=1}^{n} \{X_k = 0\}.

Bien distinguer de « on n'a pas obtenu que des piles », qui est le contraire de 2.a, soit k=1n{Xk=0}\displaystyle\bigcup_{k=1}^{n}\{X_k = 0\} : « aucun » et « pas tous » ne sont pas la même chose.

2.c. Les deux lancers coïncident s'ils donnent tous deux pile, ou tous deux face :

({X1=1}{Xn=1})({X1=0}{Xn=0}),\bigl(\{X_1 = 1\} \cap \{X_n = 1\}\bigr) \cup \bigl(\{X_1 = 0\} \cap \{X_n = 0\}\bigr),

ce qui s'écrit plus brièvement {X1=Xn}\{X_1 = X_n\}.

3.a. Chaque XkX_k vaut 11 exactement quand le kk-ième lancer donne pile : la somme compte donc les piles. SnS_n est le nombre de piles obtenus au cours des nn lancers, et Sn(Ω)=0,nS_n(\Omega) = \llbracket 0,n \rrbracket.

3.b. Le nombre de faces vaut nSnn - S_n. La condition demandée s'écrit

SnnSn    2Snn    Snn2,S_n \geqslant n - S_n \iff 2S_n \geqslant n \iff S_n \geqslant \frac{n}{2},

d'où l'événement {Snn2}\bigl\{S_n \geqslant \tfrac{n}{2}\bigr\}.

3.c. La pièce étant équilibrée et les lancers indépendants, toutes les suites de résultats sont équiprobables : on munit Ω\Omega de la probabilité uniforme, avec CardΩ=2n\mathrm{Card}\,\Omega = 2^n.

L'événement {Sn=j}\{S_n = j\} est l'ensemble des nn-uplets de {0,1}n\{0,1\}^n ayant exactement jj coordonnées égales à 11. Se donner un tel nn-uplet, c'est se donner l'ensemble des positions occupées par les 11, c'est-à-dire une partie à jj éléments de 1,n\llbracket 1,n \rrbracket : il y en a (nj)\binom{n}{j}. Par équiprobabilité,

P(Sn=j)=(nj)2n.\mathbb{P}(S_n = j) = \frac{\binom{n}{j}}{2^n}.

Vérification. La famille ({Sn=j})0jn\bigl(\{S_n = j\}\bigr)_{0 \leqslant j \leqslant n} est le système complet associé à SnS_n : la somme de ses probabilités doit valoir 11. Or, d'après la formule du binôme,

j=0n(nj)2n=12nj=0n(nj)=2n2n=1.\sum_{j=0}^{n} \frac{\binom{n}{j}}{2^n} = \frac{1}{2^n}\sum_{j=0}^{n} \binom{n}{j} = \frac{2^n}{2^n} = 1 .

Ce contrôle est à faire systématiquement dès qu'on prétend avoir décrit toutes les probabilités P(X=x)\mathbb{P}(X = x) : c'est le seul garde-fou contre une valeur oubliée ou comptée deux fois.