MPSI · Variables aléatoires réelles

Loi d'une variable aléatoire

Convention :

En vue d'alléger les notations, on écrit P(XA)\mathbb{P}(X \in A) pour désigner la probabilité de l'événement {XA}\{X \in A\}, au lieu de P({XA})\mathbb{P}(\{X \in A\}) ; de même, on écrit P(X=x)\mathbb{P}(X = x) au lieu de P({X=x})\mathbb{P}(\{X = x\}).

La loi d'une variable aléatoire

Question

À la leçon précédente, une variable aléatoire remplaçait chaque issue par un nombre. Mais l'univers Ω\Omega est toujours là, souvent énorme et compliqué : pour la somme de deux dés, il compte 3636 éléments alors que XX n'en produit que 1111. Peut-on abandonner Ω\Omega et travailler directement sur les valeurs de XX ? Autrement dit : peut-on transporter la probabilité de Ω\Omega vers X(Ω)X(\Omega) ?

Théorème 1 : Loi d'une variable aléatoire

Soit XX une variable aléatoire sur (Ω,P)(\Omega, \mathbb{P}). L'application

P(X(Ω))[0,1]AP(XA)\begin{array}{rcl} \mathcal{P}(X(\Omega)) & \longrightarrow & [0,1] \\ A & \longmapsto & \mathbb{P}(X \in A) \end{array}

est une probabilité sur X(Ω)X(\Omega), appelée loi de XX et notée PX\mathbb{P}_X.

Démonstration :

Notons Ω=X(Ω)\Omega' = X(\Omega), ensemble fini et non vide, et PX\mathbb{P}_X l'application de l'énoncé. Il faut vérifier qu'elle est bien définie, puis les deux axiomes d'une probabilité sur Ω\Omega'.

L'application est bien définie. Soit AΩA \subset \Omega'. L'ensemble {XA}=X1(A)\{X \in A\} = X^{-1}(A) est une partie de Ω\Omega, donc un événement : la quantité P(XA)\mathbb{P}(X \in A) a un sens et appartient à [0,1][0,1], comme toute probabilité d'événement.

Masse totale. Pour tout ωΩ\omega \in \Omega, on a X(ω)X(Ω)=ΩX(\omega) \in X(\Omega) = \Omega' par définition même du support. Donc {XΩ}=Ω\{X \in \Omega'\} = \Omega, et

PX(Ω)=P(XΩ)=P(Ω)=1.\mathbb{P}_X(\Omega') = \mathbb{P}(X \in \Omega') = \mathbb{P}(\Omega) = 1 .

Additivité. Soient AA et BB deux parties de Ω\Omega' incompatibles, c'est-à-dire AB=A \cap B = \varnothing. La proposition de la leçon précédente sur les images réciproques donne d'une part

{XAB}={XA}{XB},\{X \in A \cup B\} = \{X \in A\} \cup \{X \in B\},

et d'autre part

{XA}{XB}={XAB}={X}=.\{X \in A\} \cap \{X \in B\} = \{X \in A \cap B\} = \{X \in \varnothing\} = \varnothing .

Les événements {XA}\{X \in A\} et {XB}\{X \in B\} sont donc eux-mêmes incompatibles, et l'additivité de P\mathbb{P} s'applique :

PX(AB)=P({XA}{XB})=P(XA)+P(XB)=PX(A)+PX(B).\mathbb{P}_X(A \cup B) = \mathbb{P}\bigl(\{X \in A\} \cup \{X \in B\}\bigr) = \mathbb{P}(X \in A) + \mathbb{P}(X \in B) = \mathbb{P}_X(A) + \mathbb{P}_X(B).

Les deux axiomes sont vérifiés : PX\mathbb{P}_X est une probabilité sur X(Ω)X(\Omega).

Remarque :

La démonstration ne consiste presque en rien : tout le travail avait été fait à la leçon précédente. C'est exactement parce que l'image réciproque respecte la réunion, l'intersection et le complémentaire que l'incompatibilité se transporte de X(Ω)X(\Omega) vers Ω\Omega, et donc que l'additivité se transporte de Ω\Omega vers X(Ω)X(\Omega). Retenir ce mécanisme : c'est lui, et lui seul, qui autorise à oublier Ω\Omega.

Remarque :

  1. Étudier la loi de XX, c'est s'intéresser uniquement à X(Ω)X(\Omega) et à sa probabilité PX\mathbb{P}_X. On s'affranchit ainsi de l'univers Ω\Omega et de XX en tant qu'application.

  2. Il résulte de la définition de la loi de XX que celle-ci dépend de la probabilité choisie sur Ω\Omega, alors que la variable aléatoire XX peut être définie indépendamment de toute probabilité.

Le support X(Ω)X(\Omega) ne dépend que de XX comme application : on peut le calculer avant d'avoir choisi la moindre probabilité. La loi PX\mathbb{P}_X, elle, dépend du couple (X,P)(X, \mathbb{P}). Sur le même univers Ω=1,6\Omega = \llbracket 1,6 \rrbracket et la même application X:ωωX : \omega \mapsto \omega, un dé équilibré et un dé truqué donnent le même support 1,6\llbracket 1,6 \rrbracket et deux lois différentes.

Conséquence à connaître : xX(Ω)x \in X(\Omega) n'entraîne pas P(X=x)>0\mathbb{P}(X = x) > 0. Sur Ω={a,b}\Omega = \{a,b\} muni de P({a})=1\mathbb{P}(\{a\}) = 1 et P({b})=0\mathbb{P}(\{b\}) = 0, la variable définie par X(a)=0X(a) = 0 et X(b)=1X(b) = 1 a pour support {0,1}\{0,1\}, avec pourtant P(X=1)=0\mathbb{P}(X = 1) = 0.

Test 1 : Sur quel ensemble vit la loi ?

La loi PX\mathbb{P}_X est une probabilité sur Ω\Omega.

Test 2 : Support et loi ne se calculent pas de la même façon

Le support X(Ω)X(\Omega) peut être déterminé sans savoir de quelle probabilité on a muni Ω\Omega.

Déterminer une loi

Question

La loi PX\mathbb{P}_X est une application définie sur P(X(Ω))\mathcal{P}(X(\Omega)) : si X(Ω)X(\Omega) a 1111 éléments, cela fait 211=20482^{11} = 2048 valeurs à connaître. Faut-il vraiment les calculer toutes, ou un petit nombre d'entre elles suffit-il à déterminer les autres ?

Proposition 1 : Détermination de la loi par la distribution de probabilités

La loi d'une variable aléatoire XX sur (Ω,P)(\Omega, \mathbb{P}) est déterminée de manière unique par la distribution de probabilités (P(X=x))xX(Ω)\bigl(\mathbb{P}(X = x)\bigr)_{x \in X(\Omega)}.

Plus précisément, pour tout AX(Ω)A \subset X(\Omega), on a :

PX(A)=xAP(X=x).\mathbb{P}_X(A) = \sum_{x \in A} \mathbb{P}(X = x).

Démonstration :

La formule. Soit AX(Ω)A \subset X(\Omega). L'ensemble AA est fini et se décompose en la réunion de ses singletons :

A=xA{x},A = \bigcup_{x \in A} \{x\},

réunion d'événements de X(Ω)X(\Omega) deux à deux incompatibles, puisque {x}{x}=\{x\} \cap \{x'\} = \varnothing dès que xxx \neq x'. L'additivité finie de la probabilité PX\mathbb{P}_X — obtenue par récurrence à partir de l'additivité de deux événements incompatibles — donne alors

PX(A)=xAPX({x})=xAP(X=x).\mathbb{P}_X(A) = \sum_{x \in A} \mathbb{P}_X(\{x\}) = \sum_{x \in A} \mathbb{P}(X = x).

L'unicité. Soit QQ une probabilité sur X(Ω)X(\Omega) telle que Q({x})=P(X=x)Q(\{x\}) = \mathbb{P}(X = x) pour tout xX(Ω)x \in X(\Omega). Le calcul précédent, appliqué à QQ au lieu de PX\mathbb{P}_X, donne pour toute partie AA de X(Ω)X(\Omega) :

Q(A)=xAQ({x})=xAP(X=x)=PX(A).Q(A) = \sum_{x \in A} Q(\{x\}) = \sum_{x \in A} \mathbb{P}(X = x) = \mathbb{P}_X(A).

Ainsi Q=PXQ = \mathbb{P}_X : la distribution de probabilités caractérise bien la loi.

Remarque :

Déterminer la loi de XX revient à déterminer X(Ω)X(\Omega) et à calculer, pour tout xX(Ω)x \in X(\Omega), la valeur de P(X=x)\mathbb{P}(X = x).

Remarque :

Le gain est spectaculaire : pour la somme de deux dés, 1111 nombres au lieu de 20482048. Et ces 1111 nombres ne sont pas libres — ils sont positifs et de somme 11, puisque ({X=x})xX(Ω)\bigl(\{X = x\}\bigr)_{x \in X(\Omega)} est le système complet associé à XX :

xX(Ω)P(X=x)=PX(X(Ω))=1.\sum_{x \in X(\Omega)} \mathbb{P}(X = x) = \mathbb{P}_X\bigl(X(\Omega)\bigr) = 1 .

C'est le contrôle à effectuer systématiquement en fin de calcul : une somme différente de 11 signale une valeur oubliée, comptée deux fois, ou un support mal identifié.

6/3623456789101112
La loi de la somme de deux dés équilibrés, lue sur son diagramme en bâtons : onze valeurs, onze probabilités de somme 1.

Exemple :

Pour le dé équilibré à six faces et X:ωωX : \omega \mapsto \omega, la loi tient en une ligne : X(Ω)=1,6X(\Omega) = \llbracket 1,6\rrbracket et P(X=k)=16\mathbb{P}(X = k) = \frac{1}{6} pour tout kk.

Pour la somme de deux dés, le support X(Ω)=2,12X(\Omega) = \llbracket 2,12\rrbracket s'obtient aussi vite, mais les onze probabilités ne sont pas égales : le diagramme ci-dessus le montre. Comment les calculer sans énumérer à la main les 3636 issues ?

Rédaction — Déterminer la loi d'une variable aléatoire :

Étape 1 — Modéliser. Choisir un univers Ω\Omega et la probabilité dont on le munit. Dans les tirages « au hasard », c'est l'équiprobabilité, et il faut alors que les issues retenues soient effectivement symétriques (boules discernables, tirages ordonnés si l'ordre compte).

Étape 2 — Le support. Déterminer X(Ω)X(\Omega) par double inclusion : d'abord une contrainte qui borne les valeurs possibles, puis une issue explicite réalisant chaque valeur restante. Ne jamais annoncer un support sans avoir vérifié ce second point.

Étape 3 — Les probabilités. Pour chaque xX(Ω)x \in X(\Omega), calculer P(X=x)\mathbb{P}(X = x) en décrivant l'événement {X=x}\{X = x\} ; sous équiprobabilité, cela revient à un dénombrement,

P(X=x)=Card{X=x}CardΩ.\mathbb{P}(X = x) = \frac{\mathrm{Card}\,\{X = x\}}{\mathrm{Card}\,\Omega}.

Étape 4 — Vérifier. Contrôler que xX(Ω)P(X=x)=1\displaystyle\sum_{x \in X(\Omega)} \mathbb{P}(X = x) = 1. Cette étape n'est pas facultative : c'est le seul garde-fou contre une valeur oubliée.

Quand l'étape 3 résiste. Il arrive que {X=x}\{X = x\} soit pénible à décrire alors que {Xx}\{X \leqslant x\} ou {Xx}\{X \geqslant x\} est immédiat. On passe alors par les probabilités cumulées, puis on redescend par différence.

Nature de XXÉvénement facile à décrireRoute
Un maximum{Xk}\{X \leqslant k\} : toutes les valeurs sont k\leqslant kCumulée décroissante
Un minimum{Xk}\{X \geqslant k\} : toutes les valeurs sont k\geqslant kCumulée croissante
Autre{X=k}\{X = k\} directementRoute directe

Exercice 1 : Maximum et minimum, tirage simultané

Soient nn et NN deux entiers naturels non nuls tels que nNn \leqslant N. Un joueur prélève nn boules simultanément dans une urne contenant NN boules numérotées de 11 à NN. On considère les variables aléatoires réelles XX et YY égales respectivement au plus grand et au plus petit numéro des nn boules prélevées.

Déterminer les lois de XX et de YY.

Solution :(cliquer pour afficher)

Modélisation. Un tirage simultané de nn boules parmi NN discernables est une partie à nn éléments de 1,N\llbracket 1,N\rrbracket : on prend pour Ω\Omega l'ensemble de ces parties, muni de l'équiprobabilité, avec

CardΩ=(Nn).\mathrm{Card}\,\Omega = \binom{N}{n}.

Support de XX. Une partie à nn éléments dont le maximum vaut kk est contenue dans 1,k\llbracket 1,k\rrbracket, qui doit donc compter au moins nn éléments : nécessairement knk \geqslant n. Réciproquement, chaque kn,Nk \in \llbracket n,N\rrbracket est atteint, par exemple par la partie {kn+1,,k}\{k-n+1,\ldots,k\}. Donc

X(Ω)=n,N.X(\Omega) = \llbracket n,N\rrbracket .

Loi de XX. Fixons kn,Nk \in \llbracket n,N\rrbracket. Se donner une partie de maximum kk, c'est se donner kk lui-même — imposé — et les n1n-1 autres numéros, à choisir librement dans 1,k1\llbracket 1,k-1\rrbracket, ensemble à k1k-1 éléments. Ces choix sont en bijection avec les parties comptées, d'où Card{X=k}=(k1n1)\mathrm{Card}\,\{X = k\} = \binom{k-1}{n-1} et

kn,N,P(X=k)=(k1n1)(Nn).\forall k \in \llbracket n,N\rrbracket, \qquad \mathbb{P}(X = k) = \frac{\binom{k-1}{n-1}}{\binom{N}{n}} .

Support et loi de YY. Symétriquement, une partie de minimum kk est contenue dans k,N\llbracket k,N\rrbracket, qui doit compter au moins nn éléments : Nk+1nN-k+1 \geqslant n, soit kNn+1k \leqslant N-n+1. Donc Y(Ω)=1,Nn+1Y(\Omega) = \llbracket 1,N-n+1\rrbracket, et en choisissant les n1n-1 autres numéros dans k+1,N\llbracket k+1,N\rrbracket, ensemble à NkN-k éléments :

k1,Nn+1,P(Y=k)=(Nkn1)(Nn).\forall k \in \llbracket 1,N-n+1\rrbracket, \qquad \mathbb{P}(Y = k) = \frac{\binom{N-k}{n-1}}{\binom{N}{n}} .

Vérification. Pour XX, en posant j=k1j = k-1 :

k=nN(k1n1)=j=n1N1(jn1)=(Nn),\sum_{k=n}^{N} \binom{k-1}{n-1} = \sum_{j=n-1}^{N-1} \binom{j}{n-1} = \binom{N}{n},

par sommation le long d'une colonne du triangle de Pascal. La somme des P(X=k)\mathbb{P}(X = k) vaut donc bien 11. Le même calcul, avec le changement d'indice m=Nkm = N-k, conclut pour YY.

Deux commentaires. D'abord, la route directe a suffi ici parce que « le maximum vaut exactement kk » se décrit sans effort : on impose kk, on complète en dessous. Ensuite, l'échange jN+1jj \mapsto N+1-j des numéros transforme un tirage en un autre tirage équiprobable et échange maximum et minimum : c'est la raison structurelle pour laquelle les deux lois se déduisent l'une de l'autre, et un moyen rapide de contrôler la seconde une fois la première établie.

Remarque :

Parfois, il est plus simple de déterminer d'abord P(Xx)\mathbb{P}(X \leqslant x) (resp. P(Xx)\mathbb{P}(X \geqslant x)) plutôt que directement P(X=x)\mathbb{P}(X = x). C'est le cas en particulier dans des problèmes de maximum (resp. minimum). Dans le cas où X(Ω)ZX(\Omega) \subset \mathbb{Z}, on utilisera, pour tout kZk \in \mathbb{Z}, les égalités :

P(X=k)=P(Xk)P(Xk1),\mathbb{P}(X = k) = \mathbb{P}(X \leqslant k) - \mathbb{P}(X \leqslant k-1),P(X=k)=P(Xk)P(Xk+1).\mathbb{P}(X = k) = \mathbb{P}(X \geqslant k) - \mathbb{P}(X \geqslant k+1).

Remarque :

Ces deux égalités ne sont rien d'autre que la règle de la différence appliquée à des événements emboîtés. Pour la première : {Xk1}{Xk}\{X \leqslant k-1\} \subset \{X \leqslant k\}, et la différence des deux ensembles est exactement {X=k}\{X = k\}, car XX ne prend que des valeurs entières — c'est là, et seulement là, que sert l'hypothèse X(Ω)ZX(\Omega) \subset \mathbb{Z}. Sans elle, il pourrait exister des valeurs strictement comprises entre k1k-1 et kk, et la différence ne se réduirait plus au singleton.

Exercice 2 : Maximum et minimum, tirage avec remise

Soit (n,N)(N)2(n, N) \in (\mathbb{N}^*)^2. Un joueur prélève nn boules successivement avec remise dans une urne contenant NN boules numérotées de 11 à NN ; on considère la variable XX (resp. YY) égale au plus grand numéro (resp. plus petit) des nn boules tirées.

  1. Donner un espace probabilisé (Ω,P)(\Omega, \mathbb{P}) rendant compte de l'expérience. Déterminer X(Ω)X(\Omega) et Y(Ω)Y(\Omega).
  2. Déterminer P(Xk)\mathbb{P}(X \leqslant k) pour k1,Nk \in \llbracket 1, N \rrbracket. En déduire la loi de XX.
  3. Déterminer P(Yk)\mathbb{P}(Y \geqslant k) pour k1,Nk \in \llbracket 1, N \rrbracket. En déduire la loi de YY.
Solution :(cliquer pour afficher)

1. Les tirages sont successifs et avec remise : une issue est la liste ordonnée des nn numéros obtenus, chacun libre dans 1,N\llbracket 1,N\rrbracket. On prend donc

Ω=1,Nn,CardΩ=Nn,\Omega = \llbracket 1,N\rrbracket^{\,n}, \qquad \mathrm{Card}\,\Omega = N^{\,n},

muni de l'équiprobabilité. Ici aucune contrainte ne relie nn et NN : on peut tirer plus de boules qu'il n'y en a dans l'urne. En particulier, tirer nn fois le même numéro kk est possible, ce qui donne à la fois X=kX = k et Y=kY = k : les deux supports valent 1,N\llbracket 1,N\rrbracket tout entier.

2. Dire que le maximum est k\leqslant k, c'est dire que chacun des nn tirages est k\leqslant k :

{Xk}=1,kn,doncP(Xk)=knNn.\{X \leqslant k\} = \llbracket 1,k\rrbracket^{\,n}, \qquad\text{donc}\qquad \mathbb{P}(X \leqslant k) = \frac{k^{\,n}}{N^{\,n}} .

C'est ici que la route cumulative gagne : la condition se décompose tirage par tirage, ce que « le maximum vaut exactement kk » ne permet pas. Les valeurs étant entières, la formule de la remarque donne, pour k1,Nk \in \llbracket 1,N\rrbracket,

P(X=k)=P(Xk)P(Xk1)=kn(k1)nNn,\mathbb{P}(X = k) = \mathbb{P}(X \leqslant k) - \mathbb{P}(X \leqslant k-1) = \frac{k^{\,n} - (k-1)^{\,n}}{N^{\,n}} ,

la valeur k=1k=1 étant couverte puisque P(X0)=0\mathbb{P}(X \leqslant 0) = 0.

3. De même, le minimum est k\geqslant k si et seulement si chaque tirage l'est, et k,N\llbracket k,N\rrbracket compte Nk+1N-k+1 éléments :

P(Yk)=(Nk+1)nNn,\mathbb{P}(Y \geqslant k) = \frac{(N-k+1)^{\,n}}{N^{\,n}},

d'où, pour k1,Nk \in \llbracket 1,N\rrbracket,

P(Y=k)=P(Yk)P(Yk+1)=(Nk+1)n(Nk)nNn,\mathbb{P}(Y = k) = \mathbb{P}(Y \geqslant k) - \mathbb{P}(Y \geqslant k+1) = \frac{(N-k+1)^{\,n} - (N-k)^{\,n}}{N^{\,n}} ,

la valeur k=Nk=N étant couverte puisque P(YN+1)=0\mathbb{P}(Y \geqslant N+1) = 0.

Vérification. La somme des P(X=k)\mathbb{P}(X=k) est télescopique :

k=1Nkn(k1)nNn=Nn0nNn=1.\sum_{k=1}^{N} \frac{k^{\,n} - (k-1)^{\,n}}{N^{\,n}} = \frac{N^{\,n} - 0^{\,n}}{N^{\,n}} = 1 .

Même chose pour YY. Ce télescopage n'est pas un hasard : il traduit que les {X=k}\{X = k\} forment le système complet associé à XX, et il est le signe qu'aucune valeur n'a été oubliée.

Comparaison avec l'exercice précédent. Même question, deux protocoles, deux lois radicalement différentes — coefficients binomiaux d'un côté, puissances de l'autre. La leçon à retenir n'est pas la formule mais le réflexe : la loi dépend du protocole de tirage, jamais du seul énoncé « on tire des boules ». C'est l'étape 1 de la méthode qui décide de tout le reste.

Deux variables de même loi

Question

Si la loi résume à elle seule tout ce qui est probabiliste dans XX, alors deux variables aléatoires de même loi devraient être interchangeables. Mais que reste-t-il de différent entre elles — et surtout, sont-elles pour autant égales ?

Définition 1

Soient XX et YY deux variables aléatoires réelles. On dit que XX et YY ont la même loi, et on note XYX \sim Y, si :

  1. X(Ω)=Y(Ω)X(\Omega) = Y(\Omega)
  2. xX(Ω),P(X=x)=P(Y=x)\forall x \in X(\Omega), \quad \mathbb{P}(X = x) = \mathbb{P}(Y = x)

Autrement dit, PX=PY\mathbb{P}_X = \mathbb{P}_Y en tant que lois de probabilité sur X(Ω)X(\Omega).

Remarque :

Dire que deux variables aléatoires sur le même espace probabilisé ont même loi ne signifie pas qu'elles sont égales. En effet, l'égalité X=YX = Y équivaut à : ωΩ, X(ω)=Y(ω)\forall \omega \in \Omega,\ X(\omega) = Y(\omega), tandis que XYX \sim Y n'impose que l'égalité des probabilités des événements {X=x}\{X = x\} et {Y=x}\{Y = x\}, non leur égalité en tant qu'ensembles.

Remarque :

Les deux conditions de la définition sont indispensables et il faut les vérifier dans cet ordre : la seconde n'a même pas de sens si la première échoue. On rencontre régulièrement des variables dont les distributions coïncident sur les valeurs communes mais dont les supports diffèrent — elles n'ont pas même loi.

Noter aussi que la définition ne mentionne à aucun moment l'univers : elle ne compare que des supports et des nombres. C'est ce qui permettra de dire que deux variables définies sur des espaces probabilisés différents ont même loi.

Exemple :

Soit Ω={1,2,3,4,5,6}\Omega = \{1, 2, 3, 4, 5, 6\} muni de la loi uniforme (lancer d'un dé équilibré). On définit deux variables aléatoires sur Ω\Omega par :

X(ω)=ω,Y(ω)=7ω.X(\omega) = \omega, \qquad Y(\omega) = 7 - \omega.

Alors X(Ω)=Y(Ω)={1,2,3,4,5,6}X(\Omega) = Y(\Omega) = \{1, 2, 3, 4, 5, 6\}, et pour tout x1,6x \in \llbracket 1, 6 \rrbracket :

P(X=x)=16=P(Y=x).\mathbb{P}(X = x) = \frac{1}{6} = \mathbb{P}(Y = x).

Donc XYX \sim Y. Pourtant XYX \neq Y : par exemple X(1)=16=Y(1)X(1) = 1 \neq 6 = Y(1).

Test 3 : Même loi, même univers ?

Deux variables aléatoires de même loi sont nécessairement définies sur le même univers.

Exercice 3 : Trois expériences, une seule loi

On considère trois expériences aléatoires.

  • (a) On lance deux fois une pièce équilibrée ; XX désigne le nombre de piles obtenus.
  • (b) Une urne contient quatre jetons indiscernables au toucher, portant les numéros 00, 11, 11 et 22 ; on en tire un au hasard et YY désigne le numéro obtenu.
  • (c) On lance un dé tétraédrique équilibré, à faces numérotées de 11 à 44 ; on pose Z=0Z = 0 si le résultat est 11, Z=1Z = 1 si le résultat est 22 ou 33, et Z=2Z = 2 si le résultat est 44.
  1. Pour chaque expérience, préciser un univers et déterminer la loi de la variable associée.
  2. Que constate-t-on ? Peut-on écrire X=YX = Y ?
  3. Sur l'univers de l'expérience (a), construire une variable aléatoire TT telle que TXT \sim X et TXT \neq X.
Solution :(cliquer pour afficher)

1.a. Ωa={P,F}2\Omega_a = \{P,F\}^2, équiprobable, de cardinal 44. On a X(Ωa)={0,1,2}X(\Omega_a) = \{0,1,2\} et

P(X=0)=P({(F,F)})=14,P(X=1)=P({(P,F),(F,P)})=12,P(X=2)=14.\mathbb{P}(X = 0) = \mathbb{P}(\{(F,F)\}) = \tfrac14, \quad \mathbb{P}(X = 1) = \mathbb{P}(\{(P,F),(F,P)\}) = \tfrac12, \quad \mathbb{P}(X = 2) = \tfrac14 .

1.b. Les jetons étant indiscernables au toucher mais bien distincts en tant qu'objets, il faut les numéroter pour préserver l'équiprobabilité : Ωb={j1,j2,j3,j4}\Omega_b = \{j_1,j_2,j_3,j_4\}, équiprobable, les jetons j2j_2 et j3j_3 portant tous deux le numéro 11. Alors Y(Ωb)={0,1,2}Y(\Omega_b) = \{0,1,2\} et

P(Y=0)=14,P(Y=1)=24=12,P(Y=2)=14.\mathbb{P}(Y = 0) = \tfrac14, \quad \mathbb{P}(Y = 1) = \tfrac24 = \tfrac12, \quad \mathbb{P}(Y = 2) = \tfrac14 .

1.c. Ωc=1,4\Omega_c = \llbracket 1,4\rrbracket, équiprobable. Alors Z(Ωc)={0,1,2}Z(\Omega_c) = \{0,1,2\} et

P(Z=0)=14,P(Z=1)=P({2,3})=12,P(Z=2)=14.\mathbb{P}(Z = 0) = \tfrac14, \quad \mathbb{P}(Z = 1) = \mathbb{P}(\{2,3\}) = \tfrac12, \quad \mathbb{P}(Z = 2) = \tfrac14 .

Dans les trois cas, la somme vaut 11.

2. Les trois variables ont le même support et la même distribution : XYZX \sim Y \sim Z. Trois expériences sans le moindre rapport concret — une pièce, une urne, un dé — produisent une seule et même loi. C'est exactement ce qu'annonçait la remarque du début : la loi oublie tout de l'univers et ne retient que la répartition des valeurs.

En revanche, l'écriture X=YX = Y n'a aucun sens. Une égalité d'applications suppose le même ensemble de départ, or XX est définie sur Ωa\Omega_a et YY sur Ωb\Omega_b : on ne peut pas les évaluer en une même issue. Ne jamais écrire X=YX = Y là où on veut dire XYX \sim Y ; ce sont deux relations de natures différentes.

3. Il suffit d'échanger le rôle de pile et de face : posons T=2XT = 2 - X, c'est-à-dire le nombre de faces obtenues. Alors TT est bien définie sur Ωa\Omega_a, T(Ωa)={0,1,2}T(\Omega_a) = \{0,1,2\}, et pour tout kk,

P(T=k)=P(X=2k),\mathbb{P}(T = k) = \mathbb{P}(X = 2-k),

ce qui vaut 14,12,14\tfrac14, \tfrac12, \tfrac14 pour k=0,1,2k = 0,1,2 : la loi est inchangée, par symétrie de la distribution. Pourtant TXT \neq X, puisque T((P,P))=0T\bigl((P,P)\bigr) = 0 alors que X((P,P))=2X\bigl((P,P)\bigr) = 2.

Ce mécanisme est celui de l'exemple du cours (ω7ω\omega \mapsto 7-\omega) : dès qu'une distribution est symétrique, la variable « retournée » a la même loi sans être la même application.

La loi d'une variable image

Question

On sait depuis la leçon précédente que f(X)f(X) est encore une variable aléatoire. Si l'on connaît la loi de XX, faut-il repartir de Ω\Omega pour obtenir celle de f(X)f(X), ou la loi de XX suffit-elle ?

Proposition 2 : Loi d'une variable aléatoire image

Soit XX une variable aléatoire sur (Ω,P)(\Omega, \mathbb{P}) et ff une application définie sur X(Ω)X(\Omega). La loi de la variable aléatoire f(X)f(X) est donnée par :

yf(X)(Ω),P(f(X)=y)=xf1({y})P(X=x).\forall y \in f(X)(\Omega), \quad \mathbb{P}\bigl(f(X) = y\bigr) = \sum_{x \,\in\, f^{-1}(\{y\})} \mathbb{P}(X = x).

Démonstration :

Commençons par identifier l'événement {f(X)=y}\{f(X) = y\}. Soit yf(X)(Ω)y \in f(X)(\Omega) et ωΩ\omega \in \Omega :

f(X)(ω)=y    f(X(ω))=y    X(ω)f1({y}),f(X)(\omega) = y \iff f\bigl(X(\omega)\bigr) = y \iff X(\omega) \in f^{-1}(\{y\}),

la dernière équivalence étant la définition même de l'image réciproque. Autrement dit,

{f(X)=y}={Xf1({y})},\{f(X) = y\} = \bigl\{X \in f^{-1}(\{y\})\bigr\},

f1({y})={xX(Ω):f(x)=y}f^{-1}(\{y\}) = \{x \in X(\Omega) : f(x) = y\} est bien une partie de X(Ω)X(\Omega), puisque ff est définie sur X(Ω)X(\Omega).

Il ne reste qu'à appliquer la proposition de détermination de la loi à la partie A=f1({y})A = f^{-1}(\{y\}) :

P(f(X)=y)=PX(f1({y}))=xf1({y})P(X=x).\mathbb{P}\bigl(f(X) = y\bigr) = \mathbb{P}_X\bigl(f^{-1}(\{y\})\bigr) = \sum_{x \,\in\, f^{-1}(\{y\})} \mathbb{P}(X = x).

Remarque :

La formule est un regroupement : la famille (f1({y}))yf(X(Ω))\bigl(f^{-1}(\{y\})\bigr)_{y \in f(X(\Omega))} est une partition de X(Ω)X(\Omega), et passer de XX à f(X)f(X) revient à fusionner les valeurs que ff envoie au même endroit, en additionnant leurs probabilités.

Deux conséquences opposées, selon la nature de ff. Si ff est injective sur X(Ω)X(\Omega), chaque f1({y})f^{-1}(\{y\}) est un singleton : rien ne fusionne, les probabilités sont simplement recopiées sur les nouvelles valeurs, et aucune information n'est perdue. Si ff n'est pas injective, des valeurs distinctes se retrouvent confondues, et la loi de f(X)f(X) en sait strictement moins que celle de XX.

Remarquer enfin que f(X)(Ω)f(X)(\Omega) n'est rien d'autre que f(X(Ω))f\bigl(X(\Omega)\bigr) : l'image du support par ff.

Exemple :

Soit ff l'application xx2x \mapsto x^2.

Si X(Ω)=n,nX(\Omega) = \llbracket -n, n \rrbracket, alors X2(Ω)={k2,k0,n}X^2(\Omega) = \{k^2,\, k \in \llbracket 0, n \rrbracket\} et la loi de X2X^2 est donnée par :

P(X2=0)=P(X=0)etk1,n,P(X2=k2)=P(X=k)+P(X=k).\mathbb{P}(X^2 = 0) = \mathbb{P}(X = 0) \qquad \text{et} \qquad \forall k \in \llbracket 1, n \rrbracket, \quad \mathbb{P}(X^2 = k^2) = \mathbb{P}(X = -k) + \mathbb{P}(X = k).

Exercice 4 : Transformer une loi

Soit XX une variable aléatoire de support 2,2\llbracket -2,2\rrbracket, de loi donnée par le tableau suivant.

xx2-21-1001122
P(X=x)\mathbb{P}(X=x)18\frac{1}{8}14\frac{1}{4}18\frac{1}{8}14\frac{1}{4}14\frac{1}{4}
  1. Vérifier qu'il s'agit bien d'une loi de probabilité.
  2. Déterminer la loi de X2X^2.
  3. Déterminer la loi de U=2X+1U = 2X + 1.
  4. Déterminer la loi de V=max(X,0)V = \max(X, 0).
  5. La connaissance de la loi de X2X^2 permet-elle de retrouver celle de XX ?
Solution :(cliquer pour afficher)

1. Les cinq nombres sont positifs et

18+14+18+14+14=1+2+1+2+28=1.\tfrac18 + \tfrac14 + \tfrac18 + \tfrac14 + \tfrac14 = \tfrac{1+2+1+2+2}{8} = 1 .

2. Ici f:xx2f : x \mapsto x^2, et f(X(Ω))={0,1,4}f\bigl(X(\Omega)\bigr) = \{0,1,4\}. Les fibres sont f1({0})={0}f^{-1}(\{0\}) = \{0\}, f1({1})={1,1}f^{-1}(\{1\}) = \{-1,1\} et f1({4})={2,2}f^{-1}(\{4\}) = \{-2,2\} ; on somme sur chacune :

P(X2=0)=18,P(X2=1)=14+14=12,P(X2=4)=18+14=38.\mathbb{P}(X^2 = 0) = \tfrac18, \qquad \mathbb{P}(X^2 = 1) = \tfrac14 + \tfrac14 = \tfrac12, \qquad \mathbb{P}(X^2 = 4) = \tfrac18 + \tfrac14 = \tfrac38 .

Contrôle : 18+12+38=1\tfrac18 + \tfrac12 + \tfrac38 = 1.

3. L'application x2x+1x \mapsto 2x+1 est injective : chaque fibre est un singleton et les probabilités se recopient telles quelles sur les images. Le support devient U(Ω)={3,1,1,3,5}U(\Omega) = \{-3,-1,1,3,5\} et

uu3-31-1113355
P(U=u)\mathbb{P}(U=u)18\frac{1}{8}14\frac{1}{4}18\frac{1}{8}14\frac{1}{4}14\frac{1}{4}

Une transformation affine non constante ne change jamais la distribution, seulement l'étiquetage des valeurs.

4. Ici f:xmax(x,0)f : x \mapsto \max(x,0) écrase 2-2, 1-1 et 00 sur la même valeur 00, et laisse 11 et 22 inchangés. Donc V(Ω)={0,1,2}V(\Omega) = \{0,1,2\} et

P(V=0)=18+14+18=12,P(V=1)=14,P(V=2)=14.\mathbb{P}(V = 0) = \tfrac18 + \tfrac14 + \tfrac18 = \tfrac12, \qquad \mathbb{P}(V = 1) = \tfrac14, \qquad \mathbb{P}(V = 2) = \tfrac14 .

5. Non. Considérons la variable XX' de support 2,2\llbracket -2,2\rrbracket et de loi

xx2-21-1001122
P(X=x)\mathbb{P}(X'=x)14\frac{1}{4}14\frac{1}{4}18\frac{1}{8}14\frac{1}{4}18\frac{1}{8}

C'est bien une loi (somme égale à 11), et le calcul de la question 2 donne pour X2X'^2 exactement les mêmes valeurs 18\tfrac18, 12\tfrac12, 38\tfrac38. Pourtant XXX' \nsim X, puisque P(X=2)=1418=P(X=2)\mathbb{P}(X' = -2) = \tfrac14 \neq \tfrac18 = \mathbb{P}(X = -2).

Ce que montre la question 5. Toute la masse d'une fibre peut être redistribuée à l'intérieur de celle-ci sans que la loi de l'image bouge : 38\tfrac38 se répartit comme on veut entre 2-2 et 22. Passer à f(X)f(X) avec ff non injective est donc une opération irréversible — on ne remonte pas d'une loi image à la loi d'origine. C'est le pendant probabiliste d'un fait ensembliste bien connu : une application non injective perd de l'information.

Proposition 3 : Conservation de la loi par image

Soit XX et YY deux variables aléatoires sur (Ω,P)(\Omega, \mathbb{P}) telles que XYX \sim Y, et soit ff une application définie sur X(Ω)X(\Omega). Alors f(X)f(Y)f(X) \sim f(Y).

Démonstration :

Supposons XYX \sim Y : par définition, X(Ω)=Y(Ω)X(\Omega) = Y(\Omega) et P(X=x)=P(Y=x)\mathbb{P}(X = x) = \mathbb{P}(Y = x) pour tout xX(Ω)x \in X(\Omega). L'application ff, définie sur X(Ω)X(\Omega), est donc aussi définie sur Y(Ω)Y(\Omega), et f(Y)f(Y) a un sens. Vérifions les deux conditions de la définition.

Mêmes supports. En utilisant f(X)(Ω)=f(X(Ω))f(X)(\Omega) = f\bigl(X(\Omega)\bigr) :

f(X)(Ω)=f(X(Ω))=f(Y(Ω))=f(Y)(Ω).f(X)(\Omega) = f\bigl(X(\Omega)\bigr) = f\bigl(Y(\Omega)\bigr) = f(Y)(\Omega).

Mêmes probabilités. Soit yy dans ce support commun. Comme ff a le même ensemble de définition dans les deux cas, l'ensemble f1({y})f^{-1}(\{y\}) est le même pour XX et pour YY. La proposition précédente, appliquée successivement à XX puis à YY, donne alors

P(f(X)=y)=xf1({y})P(X=x)=xf1({y})P(Y=x)=P(f(Y)=y),\mathbb{P}\bigl(f(X) = y\bigr) = \sum_{x \in f^{-1}(\{y\})} \mathbb{P}(X = x) = \sum_{x \in f^{-1}(\{y\})} \mathbb{P}(Y = x) = \mathbb{P}\bigl(f(Y) = y\bigr),

l'égalité centrale s'obtenant terme à terme grâce à l'hypothèse XYX \sim Y. Les deux conditions sont vérifiées : f(X)f(Y)f(X) \sim f(Y).

Remarque :

Ce résultat reste valable si XX et YY ont même loi mais ne sont pas définies sur le même espace probabilisé.

Remarque :

La preuve ci-dessus rend cette extension évidente : à aucun moment on n'a évalué XX ou YY en une issue. Tout s'est joué sur les supports et sur les nombres P(X=x)\mathbb{P}(X = x) — c'est-à-dire sur les lois seules. Une démonstration qui ne mentionne jamais Ω\Omega ne peut pas dépendre de Ω\Omega.

C'est la proposition qui, en pratique, autorise la phrase « quitte à remplacer XX par une variable de même loi » : dès lors qu'on ne s'intéresse qu'à des quantités calculées à partir de la loi, on peut choisir le modèle le plus commode.

Test 4 : Peut-on remonter d'une image ?

Si f(X)f(X) et f(Y)f(Y) ont même loi, alors XX et YY ont même loi.