Espérance d'une variable aléatoire
Résumer une loi par un seul nombre
Question
La loi d'une variable aléatoire, c'est toute une liste de nombres : onze pour la somme de deux dés, davantage encore dès que l'expérience se complique. Si l'on devait n'en retenir qu'un seul, lequel choisir, et selon quel principe ? Autrement dit : quel nombre unique résume le mieux « ce que produit en général » ?
Définition 1
L'espérance d'une variable aléatoire réelle définie sur est le réel :
Remarque :
L'espérance est parfois aussi appelée la moyenne, elle représente simplement la valeur moyenne de sur un très grand nombre d'expériences. Le terme d'espérance fait référence à la théorie des jeux. Il représente le gain moyen que je peux espérer après un grand nombre d'essais.
Remarque :
Trois points de lecture pour bien comprendre la formule.
-
C'est une moyenne pondérée. On ne fait pas la moyenne des valeurs du support, mais leur moyenne pondérée par les probabilités : une valeur rare pèse peu, une valeur fréquente pèse lourd. Les poids sont positifs et de somme — c'est ce qui fait de une moyenne au sens propre, et non une somme quelconque.
-
Elle ne dépend que de la loi. La formule ne fait intervenir que le support et les . Deux variables de même loi, fussent-elles définies sur des univers sans rapport, ont donc la même espérance. En revanche dépend de la probabilité choisie sur : le même dé, équilibré ou truqué, ne donne pas la même espérance.
-
Elle n'est pas une valeur prise par . Rien n'oblige à appartenir à — et c'est même rarement le cas. L'espérance d'un dé équilibré vaut , résultat que le dé ne produira jamais.
Exemple :
- Pour un dé équilibré à six faces et :
- Pour l'indicatrice d'un événement : .
Le second résultat est remarquable : il dit qu'une probabilité est une espérance. Que gagne-t-on à voir les choses ainsi ?
Test 1 : L'espérance est-elle une valeur possible ?
L'espérance d'une variable aléatoire est toujours l'une des valeurs prises par cette variable.
Exercice 1 : Trois jeux, trois espérances
Un joueur paie une mise pour participer, puis reçoit un gain. On note son gain net (gain reçu moins mise). Le jeu est dit équitable si , favorable au joueur si .
- Le dé. Mise de dirhams ; on lance un dé équilibré et le joueur reçoit un nombre de dirhams égal au résultat. Le jeu est-il équitable ?
- La loterie. Mise de dirhams. Avec probabilité le joueur reçoit dirhams, sinon il ne reçoit rien. Calculer . Le joueur peut-il « espérer » ce résultat lors d'une partie ?
- L'assurance. Une compagnie assure véhicules identiques. Chaque véhicule subit un sinistre avec probabilité , indépendamment des autres, et un sinistre coûte dirhams à la compagnie. La prime annuelle demandée par véhicule est . On note le bénéfice de la compagnie. Exprimer en fonction de , , et , puis déterminer la prime minimale assurant un bénéfice moyen positif.
Solution :(cliquer pour afficher)
1. Le gain net est où est le résultat du dé, donc avec pour chaque . Ainsi
Le jeu est défavorable au joueur : il perd en moyenne un demi-dirham par partie. Une mise de dirhams le rendrait équitable — c'est-à-dire une mise égale à .
2. Le gain net vaut avec probabilité et avec probabilité :
Le joueur perd en moyenne dirhams par partie. Mais surtout, la valeur n'est jamais réalisée : à chaque partie, il gagne ou il perd , jamais . C'est le piège du mot « espérance » : ce n'est pas ce qu'on peut espérer d'une partie, c'est ce vers quoi tend la moyenne des gains sur un très grand nombre de parties. Comparer avec la question 1, où l'espérance est du même ordre de grandeur que les gains possibles : le mot « moyenne » y est bien plus parlant.
3. Notons le nombre de véhicules sinistrés. La compagnie encaisse et débourse , donc .
Pour , soit l'indicatrice de l'événement « le véhicule subit un sinistre », de sorte que . D'après l'exemple du cours, . La linéarité de l'espérance, établie au paragraphe suivant, donne , puis
Le bénéfice moyen est positif si et seulement si . La prime minimale est donc : la compagnie doit facturer à chaque assuré le coût moyen de son sinistre. Tout ce qu'elle demande au-delà est sa marge.
Le commentaire qui compte. Dans les trois situations, l'espérance ne dit rien de ce qui arrivera à une partie — la question 2 est là pour le rappeler brutalement. Elle dit ce qui arrive à la longue, et c'est exactement ce dont a besoin celui qui répète l'expérience un grand nombre de fois : le casino, l'assureur, l'industriel. Le joueur isolé, lui, est mal renseigné par la seule espérance ; il lui manque une mesure du risque, c'est-à-dire de la dispersion. Ce sera l'objet de la leçon suivante.
Une seconde formule, sur les issues
Question
La définition somme sur les valeurs de , ce qui suppose d'avoir déterminé la loi. Or déterminer une loi est souvent le plus gros du travail. Ne pourrait-on pas calculer directement à partir des issues, sans passer par la loi ?
Proposition 1
Soit une variable aléatoire réelle sur . Alors :
Démonstration :
L'idée est de regrouper les issues selon la valeur qu'elles donnent à : la famille est une partition de , comme on l'a établi à la leçon 1.
La somme étant finie, on peut la découper suivant cette partition :
Dans la somme intérieure, toutes les issues vérifient : le facteur est constant, égal à , et se factorise.
la dernière égalité étant la description d'un événement par ses événements élémentaires, sur un univers fini. En reportant :
Remarque :
Les deux formules calculent le même nombre par deux découpages différents : la définition regroupe d'abord les issues par valeur puis somme, la proposition somme issue par issue sans regrouper. On choisit selon ce qui est connu.
| Ce dont on dispose | Route |
|---|---|
| La loi de | Définition : |
| Un univers petit et explicite, une loi pénible à établir | Proposition : |
Le vrai intérêt de la seconde formule n'est cependant pas calculatoire : c'est qu'elle est manifestement linéaire en , la variable n'y apparaissant qu'au premier degré et les poids ne dépendant pas d'elle. C'est par elle que passe la démonstration du théorème suivant.
Vocabulaire :
Toute variable aléatoire d'espérance nulle est dite centrée.
Linéarité, positivité, croissance
Question
On sait calculer et séparément. Peut-on en déduire sans redéterminer la loi de la somme — laquelle est en général autrement plus compliquée que celles de et de ? Et faut-il, pour cela, que les deux variables soient sans lien l'une avec l'autre ?
Proposition 2
Soient et deux variables aléatoires réelles sur le même espace probabilisé , alors :
- est une variable aléatoire centrée, appelée variable aléatoire centrée associée à .
- Si alors ;
- Si , alors . En particulier on a .
Démonstration :
Tout repose sur la formule sommant sur les issues, où n'intervient qu'au premier degré.
1. Linéarité. Soit . Par définition de la somme de deux applications, . En scindant la somme finie :
soit . De même, et le facteur se met en facteur de la somme, d'où .
2. Notons d'abord que pour la variable certaine égale à , on a
Le réel étant une constante, la linéarité appliquée à et à la variable certaine donne
La variable est donc centrée.
3. Supposons , c'est-à-dire pour toute issue. Chaque terme est alors un produit de deux réels positifs, donc positif. Une somme de réels positifs est positive : .
4. Si , la variable est positive. Le point 3 donne , et la linéarité , d'où .
Pour le cas particulier, partons de l'encadrement , valable issue par issue. La croissance appliquée deux fois donne
en utilisant , ce qui est exactement .
Remarque :
Il faut mesurer la portée du point 1 : aucune hypothèse ne relie et . Elles peuvent être fortement dépendantes, l'une être fonction de l'autre, voire être égales — la formule tient. La démonstration le montre bien, puisqu'elle ne fait qu'additionner des réels issue par issue.
C'est ce qui fait de la linéarité l'outil le plus puissant du chapitre. Devant une variable qui compte quelque chose, le réflexe est de l'écrire comme une somme d'indicatrices
en utilisant . On obtient ainsi sans avoir déterminé la loi de , qui peut être inextricable. Les événements n'ont pas à être indépendants, ce qui rend la méthode presque universelle.
Test 2 : Faut-il de l'indépendance pour additionner ?
L'égalité n'est valable que si et sont indépendantes.
Test 3 : Comparer deux variables
Si issue par issue, alors , sans hypothèse supplémentaire.
Exercice 2 : Problème des rencontres
Une urne contient boules numérotées de à . On les extrait successivement sans remise. On dit qu'il y a rencontre au -ème tirage si la boule tirée porte le numéro .
Pour tout , on note la variable qui prend la valeur s'il y a rencontre au -ème tirage, et sinon.
Déterminer le nombre moyen de rencontres.
Solution :(cliquer pour afficher)
Modélisation. Le tirage successif et sans remise de toutes les boules produit une liste où chaque numéro figure une fois et une seule : une issue est donc une permutation de . On prend pour l'ensemble de ces permutations, muni de l'équiprobabilité, avec . L'issue signifie « la -ème boule tirée porte le numéro », et où est l'événement .
Loi de chaque . Fixons . Une permutation vérifiant est entièrement déterminée par sa restriction à , qui est une permutation de cet ensemble à éléments : il y en a . Par équiprobabilité,
Nombre moyen de rencontres. Le nombre total de rencontres est . Par linéarité de l'espérance :
Ce que cet exercice enseigne. Deux choses, et la seconde est la plus importante.
D'abord le résultat lui-même, qui a de quoi surprendre : le nombre moyen de rencontres vaut , quel que soit . Que l'urne contienne boules ou , on tombe en moyenne sur une seule coïncidence. L'explication tient dans le calcul : il y a occasions de rencontre, chacune de probabilité , et le produit est constant.
Ensuite la méthode. Les variables sont loin d'être indépendantes : s'il y a eu rencontre aux premiers tirages, la dernière est forcée, donc . Cela n'a aucune importance, puisque la linéarité ne demande rien. Et c'est heureux : la loi de , elle, est autrement plus difficile à établir — elle fait intervenir les dérangements, et l'on peut montrer que . On a obtenu l'espérance sans y toucher.
Exercice 3 : Compter sans connaître la loi
Les deux situations suivantes se traitent par la même méthode : décomposer en somme d'indicatrices.
- Faces manquantes. On lance fois un dé équilibré à six faces. On note le nombre de faces qui ne sont sorties aucune fois. Déterminer , puis sa limite quand . Interpréter.
- Montées d'une permutation. On tire au hasard une permutation de (avec ), toutes étant équiprobables. On appelle montée tout indice tel que , et l'on note le nombre de montées.
- Pour fixé, montrer que .
- En déduire .
Solution :(cliquer pour afficher)
1. Prenons , équiprobable, et pour notons l'événement « la face n'est jamais sortie ». Alors .
L'événement impose que chacun des lancers donne l'une des cinq autres faces :
Par linéarité,
Comme , on a . Le nombre moyen de faces manquantes tend vers zéro : en lançant le dé assez longtemps, on finit par voir toutes les faces. La décroissance est géométrique, donc rapide — pour , .
Noter au passage que les six indicatrices ne sont pas indépendantes : si cinq faces sont absentes, la sixième est forcément sortie à tous les lancers. La linéarité n'en a cure.
2.a. Fixons et considérons l'application qui, à une permutation , associe la permutation où est la transposition échangeant et . Autrement dit, est dont on a permuté les deux valeurs aux positions et .
L'application est une involution de — appliquée deux fois, elle redonne — donc une bijection de sur lui-même. De plus, si et seulement si , puisque échange exactement ces deux valeurs. Elle réalise donc une bijection entre les événements
— le cas d'égalité étant exclu, étant injective. Ces deux événements ont donc même cardinal et, par équiprobabilité, même probabilité ; leur réunion étant , chacune vaut .
2.b. On a , d'où par linéarité
Le commentaire. La question 2.a est un modèle de raisonnement probabiliste : on n'a rien dénombré. On a exhibé une bijection entre deux événements contraires, ce qui force chacun à valoir . Un tel argument de symétrie est souvent bien plus court qu'un calcul, et c'est un réflexe à acquérir.
Quant à la loi de , elle est redoutable : ses valeurs sont les nombres eulériens, sans formule close simple. Le nombre moyen de montées, lui, tient en une ligne. C'est le message des deux exercices : quand une variable compte des occurrences, chercher l'espérance par les indicatrices avant même de songer à la loi.
La formule de transfert
Question
On sait, depuis la leçon 2, calculer la loi de à partir de celle de : les probabilités des valeurs fusionnées s'additionnent. Pour obtenir , faut-il vraiment passer par cette étape intermédiaire, ou peut-on court-circuiter et sommer directement sur les valeurs de ?
Théorème 1 : Formule de transfert
Soit une variable aléatoire sur et une application de dans . Alors l'espérance de est donnée par :
Démonstration :
Notons , dont le support est . Par définition de l'espérance appliquée à :
La proposition « loi d'une variable aléatoire image » de la leçon 2 donne, pour chaque de ce support,
où . En reportant et en faisant entrer le facteur dans la somme intérieure :
Or, dans la somme intérieure, tout vérifie : on peut donc remplacer par .
Enfin, la famille est une partition de : tout du support appartient à la fibre de son image , et à celle-là seule. La somme double se recolle donc en une somme simple sur :
Remarque :
Le nom du théorème dit exactement ce qu'il fait : il transfère le calcul de l'univers d'arrivée de vers celui de . On somme sur les valeurs de — que l'on connaît — en appliquant à chacune, sans jamais déterminer la loi de .
L'économie est réelle. Pour obtenir avec , la voie naïve demanderait d'établir la loi de sur , donc de fusionner les fibres ; le transfert donne directement .
Deux avertissements. D'une part, la formule ne dit rien sur et , qui n'ont aucune raison de coïncider : en général, et l'écart entre les deux sera précisément la variance. D'autre part, dans la somme , ce sont bien les probabilités de qui apparaissent, pas celles de — les confondre est l'erreur classique.
Exercice 4 : Transfert : calculs et conséquence théorique
Soit une variable aléatoire de support et de loi donnée par le tableau suivant.
- Calculer , et . Comparer à , puis à .
- Soient et deux variables aléatoires réelles, éventuellement définies sur des espaces probabilisés différents. Montrer que si , alors , puis pour toute application définie sur .
- La réciproque est-elle vraie : entraîne-t-il ?
Solution :(cliquer pour afficher)
1. La somme des probabilités vaut : c'est bien une loi. Par définition puis par transfert avec et :
Comparons. D'une part tandis que : on a . D'autre part tandis que .
Dans les deux cas les valeurs diffèrent, et il faut retenir la règle générale : l'espérance ne commute pas avec les fonctions. Écrire est faux dès que n'est pas affine. Seules les applications affines passent, et c'est exactement ce que dit la linéarité : .
2. Supposons , c'est-à-dire — notons ce support commun — et pour tout . Alors, terme à terme,
Pour la seconde égalité, la formule de transfert appliquée successivement à et à — licite, puisque est définie sur qui est aussi le support de — donne
Aucune issue n'a été manipulée : le raisonnement vaut donc bien pour des variables définies sur des espaces différents.
3. Non, et de très loin. Prenons uniforme sur et la variable certaine égale à :
alors que , donc .
Ce qu'il faut retenir des questions 2 et 3. L'espérance est un invariant de loi : elle ne dépend que de , jamais de l'univers ni de la façon dont y est définie. C'est ce qui autorise à parler de « l'espérance de la loi uniforme » ou « de la loi binomiale », sans préciser sur quel espace on travaille — ce que fera la leçon 6.
Mais un invariant n'est pas un signalement complet : l'espérance résume la loi en un seul nombre, et deux lois très différentes peuvent partager ce nombre. La question 3 en donne l'exemple minimal : oscille entre et , ne bouge pas, et elles ont même espérance. Ce qui les sépare, c'est la dispersion — et c'est très exactement le point de départ de la leçon suivante.
Test 4 : Une variable positive d'espérance nulle
Si et , alors .
Indépendance de deux variables aléatoires
Question
L'indépendance de deux événements a été définie au chapitre précédent. Comment l'étendre à deux variables aléatoires, qui portent chacune non pas un mais toute une famille d'événements ? Et une fois cette notion en place, quelle opération sur les espérances devient-elle possible, que la linéarité seule ne permettait pas ?
Définition 2 : Indépendance de deux variables aléatoires
Deux variables aléatoires et définies sur l'espace probabilisable sont dites indépendantes si, pour tout couple , les événements et sont indépendants.
Remarque :
et sont indépendantes si et seulement si
Remarque :
Le quantificateur est le point sensible. L'indépendance de deux variables est une exigence portant sur tous les couples à la fois : c'est une condition bien plus forte que l'indépendance de deux événements particuliers. Conséquence pratique immédiate, et dissymétrie à retenir :
- pour prouver l'indépendance, il faut vérifier l'égalité pour tous les couples, sans exception ;
- pour la réfuter, un seul couple en défaut suffit.
Rédaction — Établir ou réfuter l'indépendance de deux variables :
Pour réfuter. Chercher un couple où le calcul est facile, typiquement un couple impossible : si alors que et , l'égalité est violée et c'est terminé. C'est le cas dès que la connaissance de interdit certaines valeurs de .
Pour prouver. Fixer un couple quelconque et calculer les trois quantités , et , puis vérifier l'égalité. Une voie souvent plus courte : montrer que ne dépend pas de — la valeur de n'influe alors sur rien.
Exemple :
On lance deux dés équilibrés discernables, un rouge et un bleu. La variable donnant le résultat du rouge et la variable celle du bleu sont indépendantes : les deux dés n'ont aucun moyen de s'influencer.
En revanche et la somme ne le sont pas — connaître restreint les valeurs possibles de . Comment le prouver en une ligne ?
Théorème 2
Si et sont deux variables aléatoires indépendantes, alors .
Démonstration :
Première étape : une expression de . La famille des événements , pour parcourant , est un système complet d'événements. Ils sont en effet deux à deux incompatibles — deux couples distincts imposent une valeur différente à ou à — et leur réunion est , puisque toute issue appartient à celui d'indice .
En découpant la formule sommant sur les issues suivant ce système complet, et en observant que le produit vaut constamment sur l'événement d'indice :
Seconde étape : l'indépendance. Elle permet de remplacer chaque probabilité d'intersection par un produit :
Dans la somme intérieure, le facteur ne dépend pas de et se factorise :
Remarque :
L'espérance de est définie par
Remarque :
La démonstration montre où passe exactement l'hypothèse : elle sert une seule fois, pour scinder en un produit, ce qui autorise ensuite la factorisation de la double somme. Sans elle, la première étape reste vraie et la seconde s'effondre.
C'est la différence de nature avec la linéarité, qui ne demandait rien. On peut la formuler ainsi : additionner deux variables aléatoires est toujours inoffensif, les multiplier ne l'est pas. Retenir le partage :
| Formule | Hypothèse requise |
|---|---|
| aucune | |
| aucune | |
| et indépendantes |
Test 5 : Une réciproque tentante
Si , alors et sont indépendantes.
Définition 3 : Indépendance mutuelle
Soit . Les variables aléatoires définies sur sont dites mutuellement indépendantes si, pour tout ,
Remarque :
Des variables mutuellement indépendantes sont en particulier deux à deux indépendantes : il suffit de sommer l'égalité sur toutes les valeurs des variables autres que et . La réciproque est fausse, exactement comme pour les événements du chapitre précédent — l'indépendance deux à deux ne contrôle que les paires et laisse libres les interactions d'ordre supérieur.
Cette notion sera indispensable à la leçon 6 : la loi binomiale y est décrite comme la loi de pour des variables de Bernoulli mutuellement indépendantes, hypothèse sans laquelle l'énoncé est faux.
Exercice 5 : Reconnaître l'indépendance
On lance deux dés équilibrés discernables, l'un rouge et l'autre bleu, avec muni de l'équiprobabilité. On note le résultat du rouge, celui du bleu et .
- Les variables et sont-elles indépendantes ?
- Soit la variable valant si est paire et sinon. Montrer que et sont indépendantes.
- Calculer de deux façons : par le théorème, puis directement. Que vaut ? Comparer à et conclure.
Solution :(cliquer pour afficher)
1. Non, et un seul couple suffit à le montrer. Prenons : l'événement est vide, car impose . Donc
C'est la stratégie de réfutation : viser un couple impossible. Intuitivement, connaître contraint , qui ne peut plus s'éloigner de de plus de .
2. La somme est paire si et seulement si et ont la même parité. Fixons . Sachant , l'événement se réalise si et seulement si a la même parité que , ce qui laisse exactement valeurs possibles pour sur . Donc, pour tout ,
En sommant sur : , et donc . On vérifie alors
et le calcul est identique pour , l'événement complémentaire donnant lui aussi valeurs de . L'égalité est vérifiée pour les couples : et sont indépendantes.
Le résultat mérite qu'on s'y arrête. est une fonction de , et n'est pas indépendante de ; pourtant l'est. En ne retenant de que sa parité, on a effacé toute l'information que portait sur . L'indépendance ne se transmet donc pas mécaniquement par le calcul : elle se vérifie.
3. Les dés étant physiquement indépendants, et le sont, et le théorème s'applique :
Pour , la formule est indisponible puisque et ne sont pas indépendantes. On passe par la linéarité, qui elle ne demande rien :
Le transfert donne , d'où
Or , donc . Les deux nombres diffèrent :
Conclusion. L'écart est non nul, ce qui prouve que et ne sont pas indépendantes — retrouvant la question 1 par un autre chemin. Attention à ne pas inverser l'implication : un écart non nul réfute l'indépendance, mais un écart nul ne la démontre pas, comme l'a montré le test précédent. Cet écart porte un nom, la covariance de et , et mesure leur degré de liaison ; il vaut pour la question 3 appliquée à et .