MPSI · Variables aléatoires réelles

Variance d'une variable aléatoire

Mesurer la dispersion

Question

L'espérance résume une loi par un seul nombre — mais elle en dit très peu. Une variable qui vaut toujours 33 et une variable qui vaut 00 ou 66 à pile ou face ont la même espérance, alors que la première est parfaitement prévisible et la seconde totalement erratique. Quel second nombre ajouter pour mesurer cet écart de comportement ?

Ce qu'on cherche à mesurer, c'est l'écart typique entre XX et son espérance. Le candidat naturel serait E(XE(X))E\bigl(X - E(X)\bigr) — mais cette quantité est toujours nulle : les écarts positifs compensent exactement les écarts négatifs. Il faut donc les rendre tous positifs avant de les moyenner. Deux façons de le faire : prendre la valeur absolue, ou prendre le carré. C'est le carré qu'on retient, parce qu'il se dérive, se développe et se manipule algébriquement, là où la valeur absolue résiste à tout calcul.

Définition 1 : Variance

La variance d'une variable aléatoire réelle XX est le réel

V(X)=E ⁣((XE(X))2).V(X) = E\!\left(\bigl(X - E(X)\bigr)^2\right).

Remarque :

La variance est l'espérance du carré de la distance entre les valeurs de XX et l'espérance de XX. La variance mesure donc la dispersion de XX autour de E(X)E(X).

Remarque :

L'écriture est compacte mais parfaitement calculable. En posant m=E(X)m = E(X), la variance est l'espérance de f(X)f(X) pour f:t(tm)2f : t \mapsto (t-m)^2 ; la formule de transfert donne donc directement

V(X)=xX(Ω)(xm)2P(X=x).V(X) = \sum_{x \in X(\Omega)} \bigl(x - m\bigr)^2\, \mathbb{P}(X = x).

Trois lectures de cette somme. C'est une moyenne pondérée de carrés, donc un réel positif. Chaque terme pèse d'autant plus que la valeur xx est loin de mm — et le carré amplifie : une valeur deux fois plus éloignée contribue quatre fois plus. Enfin, une valeur très éloignée mais très rare peut contribuer moins qu'une valeur proche et fréquente ; la variance mélange les deux effets.

Remarque :

Le carré a un prix : la variance ne s'exprime pas dans la même unité que XX. Si XX est un gain en dirhams, V(X)V(X) est en dirhams au carré — grandeur dépourvue de sens concret. On la ramène à l'unité de départ en prenant la racine.

Vocabulaire :

L'écart-type de XX est le réel positif σ(X)=V(X)\sigma(X) = \sqrt{V(X)}. Une variable aléatoire d'écart-type égal à 11 est dite réduite.

Exemple :

Reprenons les deux variables évoquées plus haut : XX certaine égale à 33, et YY valant 00 ou 66 avec probabilité 12\tfrac12 chacune. Toutes deux ont pour espérance 33, mais

V(X)=0etV(Y)=9.V(X) = 0 \qquad\text{et}\qquad V(Y) = 9 .

La variance sépare donc ce que l'espérance confondait. Comment obtient-on ces deux nombres sans repasser par la loi de (Y3)2\bigl(Y-3\bigr)^2 ?

E = 3234V = 0,5036V = 4,5
Deux lois de même espérance : la variance mesure l'étalement autour du point d'équilibre commun.

Test 1 : Une question d'unité

La variance d'une variable aléatoire s'exprime dans la même unité que cette variable.

La formule de Kœnig-Huygens

Question

Appliquer la définition telle quelle oblige à calculer d'abord E(X)E(X), puis à traiter une nouvelle variable (XE(X))2\bigl(X - E(X)\bigr)^2 dont les valeurs n'ont plus rien de simple. Ne peut-on pas exprimer la variance à l'aide de quantités calculées directement sur XX ?

Proposition 1 : Formule de Kœnig-Huygens

Soit XX une variable aléatoire réelle. La variance de XX est donnée par :

V(X)=E(X2)(E(X))2.V(X) = E(X^2) - \bigl(E(X)\bigr)^2.

Démonstration :

Posons m=E(X)m = E(X), qui est un réel fixé. En développant le carré, on obtient l'égalité de variables aléatoires

(Xm)2=X22mX+m2,\bigl(X - m\bigr)^2 = X^2 - 2mX + m^2,

valable issue par issue. Les trois termes du membre de droite sont des variables aléatoires : X2X^2, la variable XX multipliée par le réel 2m-2m, et la variable certaine égale à m2m^2. La linéarité de l'espérance donne alors

V(X)=E((Xm)2)=E(X2)2mE(X)+E(m2).V(X) = E\bigl((X-m)^2\bigr) = E(X^2) - 2m\,E(X) + E(m^2).

L'espérance d'une variable certaine égale à un réel aa vaut aa ; donc E(m2)=m2E(m^2) = m^2. En reportant E(X)=mE(X) = m :

V(X)=E(X2)2m2+m2=E(X2)m2=E(X2)(E(X))2.V(X) = E(X^2) - 2m^2 + m^2 = E(X^2) - m^2 = E(X^2) - \bigl(E(X)\bigr)^2 .

Remarque :

La formule de Kœnig-Huygens peut être aussi utilisée pour calculer E(X2)E(X^2) quand on connaît l'espérance et la variance de XX.

Remarque :

Elle fournit surtout une lecture qui vaut d'être retenue : la variance est l'écart entre la moyenne des carrés et le carré de la moyenne. On avait constaté à la leçon précédente que ces deux quantités ne coïncident pas ; on sait maintenant que leur différence n'est pas quelconque — c'est exactement la dispersion.

Elle rend aussi un service immédiat : puisqu'une variance est positive, l'inégalité

(E(X))2E(X2)\bigl(E(X)\bigr)^2 \leqslant E(X^2)

est acquise pour toute variable aléatoire réelle, sans hypothèse.

Rédaction — Calculer une variance :

Étape 1. Déterminer la loi de XX : le support, puis les P(X=x)\mathbb{P}(X = x).

Étape 2. Calculer E(X)=xxP(X=x)E(X) = \displaystyle\sum_{x} x\,\mathbb{P}(X = x).

Étape 3. Calculer E(X2)=xx2P(X=x)E(X^2) = \displaystyle\sum_{x} x^2\,\mathbb{P}(X = x) par la formule de transfert. Attention : ce sont les probabilités de XX qui figurent dans la somme, jamais celles de X2X^2.

Étape 4. Conclure par V(X)=E(X2)E(X)2V(X) = E(X^2) - E(X)^2, puis σ(X)=V(X)\sigma(X) = \sqrt{V(X)} si l'écart-type est demandé.

Contrôle. Le résultat doit être positif. Une variance négative signale une erreur, le plus souvent à l'étape 3 : on a calculé (xP(X=x))2\bigl(\sum x\,\mathbb{P}(X=x)\bigr)^2 au lieu de x2P(X=x)\sum x^2\,\mathbb{P}(X=x).

Quand revenir à la définition ? Lorsque E(X)E(X) est un entier et que les écarts xE(X)x - E(X) sont plus simples que les carrés x2x^2. C'est rare, mais cela arrive sur les lois symétriques.

Test 2 : Comparer deux moyennes

Pour toute variable aléatoire réelle XX, on a (E(X))2E(X2)\bigl(E(X)\bigr)^2 \leqslant E(X^2).

Exercice 1 : Même espérance, dispersions différentes

Un investisseur compare quatre placements. Chacun rapporte, au bout d'un an, un gain aléatoire en milliers de dirhams. Les lois sont les suivantes.

  • AA : gain certain égal à 33.
  • BB : gain uniforme sur 1,5\llbracket 1,5 \rrbracket.
  • CC : gain valant 00 ou 66, avec probabilité 12\tfrac12 chacune.
  • DD : gain valant 33 avec probabilité 0,980{,}98, et 00 ou 66 avec probabilité 0,010{,}01 chacune.
  1. Vérifier que les quatre placements ont la même espérance.
  2. Calculer les quatre variances et les ranger par ordre croissant.
  3. Calculer les écarts-types. Lequel de ces deux indicateurs est le plus parlant pour l'investisseur ?
  4. Commenter la position de DD dans le classement.
Solution :(cliquer pour afficher)

1. Pour AA, l'espérance d'une variable certaine est sa valeur : E(A)=3E(A) = 3. Pour BB, la loi est uniforme sur cinq valeurs consécutives :

E(B)=1+2+3+4+55=3.E(B) = \frac{1+2+3+4+5}{5} = 3 .

Pour CC : E(C)=12×0+12×6=3E(C) = \tfrac12 \times 0 + \tfrac12 \times 6 = 3. Pour DD :

E(D)=0,98×3+0,01×0+0,01×6=2,94+0,06=3.E(D) = 0{,}98 \times 3 + 0{,}01 \times 0 + 0{,}01 \times 6 = 2{,}94 + 0{,}06 = 3 .

2. On applique Kœnig-Huygens, avec E()2=9E(\cdot)^2 = 9 dans les quatre cas.

E(A2)=9  V(A)=0.E(A^2) = 9 \ \Longrightarrow\ V(A) = 0 .E(B2)=1+4+9+16+255=555=11  V(B)=119=2.E(B^2) = \frac{1+4+9+16+25}{5} = \frac{55}{5} = 11 \ \Longrightarrow\ V(B) = 11 - 9 = 2 .E(C2)=12×0+12×36=18  V(C)=189=9.E(C^2) = \tfrac12 \times 0 + \tfrac12 \times 36 = 18 \ \Longrightarrow\ V(C) = 18 - 9 = 9 .E(D2)=0,98×9+0,01×0+0,01×36=8,82+0,36=9,18  V(D)=0,18.E(D^2) = 0{,}98 \times 9 + 0{,}01 \times 0 + 0{,}01 \times 36 = 8{,}82 + 0{,}36 = 9{,}18 \ \Longrightarrow\ V(D) = 0{,}18 .

Classement : V(A)=0<V(D)=0,18<V(B)=2<V(C)=9V(A) = 0 < V(D) = 0{,}18 < V(B) = 2 < V(C) = 9.

3. Les écarts-types valent respectivement

σ(A)=0,σ(D)=0,180,42,σ(B)=21,41,σ(C)=3.\sigma(A) = 0, \qquad \sigma(D) = \sqrt{0{,}18} \approx 0{,}42, \qquad \sigma(B) = \sqrt{2} \approx 1{,}41, \qquad \sigma(C) = 3 .

C'est l'écart-type qui parle à l'investisseur, parce qu'il est dans la même unité que le gain : dire que CC rapporte 33 mille dirhams en moyenne avec un écart-type de 33 mille dirhams est immédiatement interprétable — l'écart typique au résultat moyen est du même ordre que ce résultat moyen. La variance de CC, elle, vaut 99 « milliers de dirhams au carré », ce qui ne s'interprète pas. La variance sert au calcul, l'écart-type à la lecture.

4. Le placement DD est presque toujours identique à AA : dans 98%98\,\% des cas il rapporte exactement 33. Mais dans les 2%2\,\% restants, il s'écarte autant que CC le fait systématiquement. Sa variance est pourtant très faible, à peine 2%2\,\% de celle de CC.

C'est le point à comprendre : la variance est une moyenne, et une moyenne écrase les événements rares. Un écart de 33 pèse 99 dans la somme, mais il est multiplié par une probabilité de 0,020{,}02. Un placement peut donc afficher une dispersion rassurante tout en cachant un risque de perte importante, simplement parce que ce risque est peu probable. Retenir que la variance décrit le comportement typique, pas le pire scénario — et qu'elle ne dispense jamais de regarder la loi elle-même.

Comment la variance réagit aux transformations affines

Question

Changer d'unité ou d'origine — passer de degrés Celsius à Fahrenheit, compter un gain en centimes plutôt qu'en dirhams — revient à remplacer XX par aX+baX+b. Comment se transforment alors l'espérance et la dispersion ? Y a-t-il une différence de comportement entre le coefficient aa et la constante bb ?

Proposition 2

  1. Pour toute variable aléatoire réelle XX, on a V(X)0V(X) \geqslant 0.
  2. Si (a,b)(a, b) est un couple de réels et XX une variable aléatoire réelle, on a :
V(aX+b)=a2V(X).V(aX + b) = a^2\, V(X).

Démonstration :

1. La variable aléatoire (XE(X))2\bigl(X - E(X)\bigr)^2 est un carré : elle est positive, au sens où elle prend une valeur positive en chaque issue. Sa espérance est donc positive, d'où V(X)0V(X) \geqslant 0.

2. Posons m=E(X)m = E(X) et Y=aX+bY = aX + b. La linéarité de l'espérance, jointe à E(b)=bE(b) = b pour la variable certaine, donne

E(Y)=aE(X)+b=am+b.E(Y) = a\,E(X) + b = am + b .

L'écart de YY à son espérance se calcule alors issue par issue :

YE(Y)=(aX+b)(am+b)=a(Xm).Y - E(Y) = (aX + b) - (am + b) = a\,(X - m).

La constante bb a disparu. En élevant au carré, (YE(Y))2=a2(Xm)2\bigl(Y - E(Y)\bigr)^2 = a^2 \bigl(X - m\bigr)^2, et la linéarité de l'espérance permet de sortir le facteur constant a2a^2 :

V(aX+b)=E ⁣(a2(Xm)2)=a2E ⁣((Xm)2)=a2V(X).V(aX+b) = E\!\left(a^2 \bigl(X-m\bigr)^2\right) = a^2\, E\!\left(\bigl(X-m\bigr)^2\right) = a^2\, V(X).

Remarque :

La démonstration révèle exactement le rôle de chacun des deux paramètres.

La constante bb disparaît dès la première ligne : translater une variable translate son espérance de la même quantité, si bien que les écarts à la moyenne sont inchangés. C'est conforme à l'intuition — décaler toutes les valeurs d'un même montant ne modifie pas leur étalement.

Le coefficient aa intervient au carré, et non en valeur absolue : c'est la trace du carré présent dans la définition. En termes d'écart-type, la formule se lit

σ(aX+b)=aσ(X),\sigma(aX+b) = \lvert a \rvert\, \sigma(X),

la valeur absolue étant indispensable, un écart-type étant positif par construction. Sous cette forme, la propriété devient parlante : multiplier une variable par 22 double son écart typique, et changer son signe ne change rien à sa dispersion.

Test 3 : L'effet d'une translation

Ajouter une constante bb non nulle à une variable aléatoire augmente sa variance de bb.

Test 4 : Le cas d'une variance nulle

Si V(X)=0V(X) = 0, alors P(X=E(X))=1\mathbb{P}\bigl(X = E(X)\bigr) = 1.

Exercice 2 : Centrer, réduire, et une caractérisation de l'espérance

Soit XX une variable aléatoire réelle sur (Ω,P)(\Omega, \mathbb{P}), d'espérance mm et de variance V(X)V(X).

  1. Montrer que V(X)=0V(X) = 0 si et seulement si P(X=m)=1\mathbb{P}(X = m) = 1.
  2. On suppose V(X)>0V(X) > 0 et l'on pose
X=Xmσ(X).X^{*} = \frac{X - m}{\sigma(X)} .

Calculer E(X)E(X^{*}) et V(X)V(X^{*}). Comment appelle-t-on une telle variable ? 3. Montrer que pour tout réel tt,

E ⁣((Xt)2)=V(X)+(mt)2.E\!\left(\bigl(X - t\bigr)^2\right) = V(X) + \bigl(m - t\bigr)^2 .
  1. En déduire que la fonction tE((Xt)2)t \mapsto E\bigl((X-t)^2\bigr) atteint son minimum en un unique point, que l'on précisera, et donner la valeur de ce minimum. Retrouver la formule de Kœnig-Huygens.
Solution :(cliquer pour afficher)

1. Par la formule de transfert appliquée à f:x(xm)2f : x \mapsto (x-m)^2,

V(X)=xX(Ω)(xm)2P(X=x),V(X) = \sum_{x \in X(\Omega)} (x-m)^2\, \mathbb{P}(X=x),

somme finie de réels positifs. Une telle somme est nulle si et seulement si chacun de ses termes l'est.

Supposons V(X)=0V(X) = 0. Pour tout xX(Ω)x \in X(\Omega) vérifiant xmx \neq m, le facteur (xm)2(x-m)^2 est strictement positif, donc P(X=x)=0\mathbb{P}(X = x) = 0. Les événements {X=x}\{X = x\} formant un système complet, leurs probabilités somment à 11, et il ne reste que P(X=m)=1\mathbb{P}(X = m) = 1 — ce qui impose au passage mX(Ω)m \in X(\Omega).

Réciproquement, si P(X=m)=1\mathbb{P}(X = m) = 1, tous les autres termes de la somme sont nuls et celui d'indice mm vaut (mm)2×1=0(m-m)^2 \times 1 = 0 : la variance est nulle.

2. L'écart-type σ(X)\sigma(X) est un réel strictement positif : la variable XX^* est bien définie, et c'est une transformée affine de XX, de coefficients a=1σ(X)a = \tfrac{1}{\sigma(X)} et b=mσ(X)b = -\tfrac{m}{\sigma(X)}. La linéarité donne

E(X)=E(X)mσ(X)=0,E(X^{*}) = \frac{E(X) - m}{\sigma(X)} = 0,

et la proposition sur les transformations affines donne

V(X)=1σ(X)2V(X)=V(X)V(X)=1.V(X^{*}) = \frac{1}{\sigma(X)^2}\, V(X) = \frac{V(X)}{V(X)} = 1 .

La variable XX^* est donc centrée et réduite : on l'appelle la variable centrée réduite associée à XX.

L'opération a un sens concret. En retranchant mm on supprime l'unité d'origine, en divisant par σ(X)\sigma(X) on supprime l'unité d'échelle : XX^* est un nombre sans dimension, qui mesure « de combien d'écarts-types XX s'éloigne de sa moyenne ». C'est ce qui permet de comparer deux variables exprimées dans des unités sans rapport.

3. Soit tRt \in \mathbb{R}. On écrit Xt=(Xm)+(mt)X - t = (X - m) + (m - t), où le second terme est une constante, et l'on développe :

(Xt)2=(Xm)2+2(mt)(Xm)+(mt)2.\bigl(X-t\bigr)^2 = \bigl(X-m\bigr)^2 + 2(m-t)\bigl(X-m\bigr) + \bigl(m-t\bigr)^2 .

En prenant l'espérance et en utilisant la linéarité :

E ⁣((Xt)2)=V(X)+2(mt)E(Xm)+(mt)2.E\!\left(\bigl(X-t\bigr)^2\right) = V(X) + 2(m-t)\,E\bigl(X-m\bigr) + \bigl(m-t\bigr)^2 .

Or XmX - m est la variable centrée associée à XX : son espérance est nulle. Le terme central disparaît, d'où l'égalité annoncée.

4. Dans l'expression V(X)+(mt)2V(X) + (m-t)^2, le premier terme ne dépend pas de tt et le second est un carré, positif, nul si et seulement si t=mt = m. La fonction atteint donc son minimum au point unique t=m=E(X)t = m = E(X), et ce minimum vaut V(X)V(X).

En particulier, pour t=0t = 0 :

E(X2)=V(X)+m2,c’est-aˋ-direV(X)=E(X2)(E(X))2.E(X^2) = V(X) + m^2, \qquad\text{c'est-à-dire}\qquad V(X) = E(X^2) - \bigl(E(X)\bigr)^2 .

Ce que dit la question 4. On cherchait un seul nombre pour résumer XX ; la question donne un critère pour choisir ce nombre. Si l'on convient de mesurer la qualité d'une approximation constante tt par l'erreur quadratique moyenne E((Xt)2)E\bigl((X-t)^2\bigr), alors la meilleure constante est l'espérance, et l'erreur qu'on commet en s'y tenant est exactement la variance.

Les deux notions du chapitre s'éclairent ainsi mutuellement : l'espérance est le meilleur résumé possible de XX par une constante, et la variance mesure ce que ce résumé laisse échapper. La formule de Kœnig-Huygens n'est plus qu'un cas particulier, obtenu en évaluant l'erreur commise par le choix médiocre t=0t = 0.

Test 5 : Espérance et variance suffisent-elles ?

Deux variables aléatoires ayant même espérance et même variance ont la même loi.

La variance d'une somme

Question

L'espérance d'une somme est la somme des espérances, sans la moindre condition. La variance suit-elle la même règle ? Autrement dit : les dispersions s'ajoutent-elles, et si oui, à quel prix ?

Proposition 3 : Variance d'une somme de variables indépendantes

  1. Si XX et YY sont deux variables aléatoires réelles indépendantes sur (Ω,P)(\Omega,\mathbb{P}), alors
V(X+Y)=V(X)+V(Y).V(X+Y) = V(X) + V(Y).
  1. Plus généralement, si X1,,XnX_1,\ldots,X_n sont mutuellement indépendantes, alors
V ⁣(i=1nXi)=i=1nV(Xi).V\!\left(\sum_{i=1}^{n} X_i\right) = \sum_{i=1}^{n} V(X_i).

Démonstration :

1. Développons le carré issue par issue : (X+Y)2=X2+2XY+Y2(X+Y)^2 = X^2 + 2XY + Y^2. La linéarité de l'espérance donne

E((X+Y)2)=E(X2)+2E(XY)+E(Y2),E\bigl((X+Y)^2\bigr) = E(X^2) + 2\,E(XY) + E(Y^2),

tandis que le carré de l'espérance de la somme vaut

(E(X+Y))2=(E(X)+E(Y))2=E(X)2+2E(X)E(Y)+E(Y)2.\bigl(E(X+Y)\bigr)^2 = \bigl(E(X)+E(Y)\bigr)^2 = E(X)^2 + 2\,E(X)E(Y) + E(Y)^2 .

La formule de Kœnig-Huygens, appliquée à X+YX+Y, s'obtient en retranchant la seconde ligne de la première, puis en regroupant les termes deux par deux :

V(X+Y)=(E(X2)E(X)2)V(X)+(E(Y2)E(Y)2)V(Y)+2(E(XY)E(X)E(Y)).V(X+Y) = \underbrace{\bigl(E(X^2)-E(X)^2\bigr)}_{V(X)} + \underbrace{\bigl(E(Y^2)-E(Y)^2\bigr)}_{V(Y)} + 2\bigl(E(XY) - E(X)E(Y)\bigr).

Cette égalité vaut pour toutes variables XX et YY. C'est ici, et seulement ici, qu'intervient l'hypothèse : XX et YY étant indépendantes, on a E(XY)=E(X)E(Y)E(XY) = E(X)E(Y), et le dernier terme s'annule.

2. Posons S=i=1nXiS = \sum_{i=1}^{n} X_i. En développant le produit de deux sommes finies,

S2=(i=1nXi) ⁣(j=1nXj)=i=1nj=1nXiXj,S^2 = \left(\sum_{i=1}^{n} X_i\right)\!\left(\sum_{j=1}^{n} X_j\right) = \sum_{i=1}^{n}\sum_{j=1}^{n} X_i X_j ,

d'où, par linéarité de l'espérance, E(S2)=ijE(XiXj)E(S^2) = \sum_{i}\sum_{j} E(X_iX_j). De même,

(E(S))2=(i=1nE(Xi))2=i=1nj=1nE(Xi)E(Xj).\bigl(E(S)\bigr)^2 = \left(\sum_{i=1}^{n} E(X_i)\right)^2 = \sum_{i=1}^{n}\sum_{j=1}^{n} E(X_i)E(X_j).

En retranchant terme à terme :

V(S)=i=1nj=1n(E(XiXj)E(Xi)E(Xj)).V(S) = \sum_{i=1}^{n}\sum_{j=1}^{n} \Bigl(E(X_iX_j) - E(X_i)E(X_j)\Bigr).

Séparons la diagonale du reste. Pour i=ji = j, le terme vaut E(Xi2)E(Xi)2=V(Xi)E(X_i^2) - E(X_i)^2 = V(X_i). Pour iji \neq j, les variables XiX_i et XjX_j sont indépendantes, l'indépendance mutuelle entraînant l'indépendance deux à deux ; le terme est donc nul. Il ne reste que la diagonale :

V(S)=i=1nV(Xi).V(S) = \sum_{i=1}^{n} V(X_i).

Remarque :

La démonstration livre au passage une identité valable sans hypothèse :

V(X+Y)=V(X)+V(Y)+2(E(XY)E(X)E(Y)).V(X+Y) = V(X) + V(Y) + 2\bigl(E(XY) - E(X)E(Y)\bigr).

On reconnaît dans la parenthèse la covariance de XX et YY, rencontrée à la leçon précédente. Elle mesure exactement le défaut d'additivité de la variance : les dispersions s'ajoutent si et seulement si la covariance est nulle, ce qui est le cas — mais pas seulement le cas — sous indépendance.

L'hypothèse est donc essentielle, et l'exemple minimal le montre brutalement. Prenons Y=XY = X avec V(X)>0V(X) > 0 :

V(X+X)=V(2X)=4V(X)2V(X).V(X+X) = V(2X) = 4\,V(X) \neq 2\,V(X).

Additionner deux variables aléatoires est toujours inoffensif pour l'espérance ; ce ne l'est jamais pour la variance.

Test 6 : Variance d'une différence

Si XX et YY sont indépendantes, alors V(XY)=V(X)V(Y)V(X-Y) = V(X) - V(Y).

Exercice 3 : Répéter une mesure

Un capteur mesure une grandeur physique. Chaque mesure est entachée d'une erreur aléatoire : on modélise le résultat de la ii-ème mesure par une variable XiX_i d'espérance mm (la vraie valeur) et de variance σ2>0\sigma^2 > 0. On effectue nn mesures, et l'on suppose les variables X1,,XnX_1,\ldots,X_n mutuellement indépendantes et de même loi.

On pose S=i=1nXiS = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} X_i et X=Sn\overline{X} = \dfrac{S}{n}.

  1. Calculer E(S)E(S) et V(S)V(S).
  2. En déduire E(X)E(\overline{X}), V(X)V(\overline{X}) et σ(X)\sigma(\overline{X}).
  3. Interpréter : que gagne-t-on à répéter la mesure, et à quel rythme ?
  4. Combien de mesures faut-il effectuer pour diviser par 1010 l'écart-type de l'estimation ?
Solution :(cliquer pour afficher)

1. Par linéarité de l'espérance, sans aucune hypothèse :

E(S)=i=1nE(Xi)=nm.E(S) = \sum_{i=1}^{n} E(X_i) = nm .

Par additivité de la variance, cette fois grâce à l'indépendance mutuelle :

V(S)=i=1nV(Xi)=nσ2.V(S) = \sum_{i=1}^{n} V(X_i) = n\sigma^2 .

2. La moyenne X=1nS\overline{X} = \tfrac1n S est une transformée affine de SS, de coefficients a=1na = \tfrac1n et b=0b = 0 :

E(X)=nmn=m,V(X)=1n2V(S)=nσ2n2=σ2n,σ(X)=σn.E(\overline{X}) = \frac{nm}{n} = m, \qquad V(\overline{X}) = \frac{1}{n^2}\,V(S) = \frac{n\sigma^2}{n^2} = \frac{\sigma^2}{n}, \qquad \sigma(\overline{X}) = \frac{\sigma}{\sqrt{n}} .

3. Deux informations, de natures différentes.

L'espérance ne bouge pas : X\overline{X} vise toujours la vraie valeur mm, ni plus ni moins qu'une mesure isolée. Répéter ne corrige aucun biais — si le capteur est mal réglé, la moyenne de mille mesures reste fausse.

La dispersion, elle, s'effondre : l'écart-type de la moyenne vaut σ/n\sigma/\sqrt{n}. Répéter la mesure concentre le résultat autour de la vraie valeur, et c'est là tout le bénéfice de la répétition.

Il faut cependant lire le rythme : c'est n\sqrt{n}, pas nn. Quadrupler le nombre de mesures ne divise l'incertitude que par 22. La précision se paie de plus en plus cher — voilà pourquoi on ne gagne pas grand-chose à passer de 100100 à 110110 mesures.

4. Il faut σn=110σ\dfrac{\sigma}{\sqrt n} = \dfrac{1}{10}\,\sigma, c'est-à-dire n=10\sqrt n = 10, soit n=100n = 100 mesures.

Ce que prépare cet exercice. On dispose maintenant d'un résultat quantitatif : la moyenne de nn mesures indépendantes a la bonne espérance et une dispersion qui tend vers 00. Il resterait à en tirer une majoration de la probabilité que X\overline X s'écarte de mm de plus d'un seuil fixé — c'est-à-dire à convertir une information sur la variance en une information sur les probabilités. C'est exactement ce que permettront les inégalités de la leçon suivante.

Exercice 4 : Un dé, une pièce

On dispose d'un dé cubique classique équilibré et d'une pièce de monnaie équilibrée. On lance le dé et on observe son résultat. Si celui-ci est un nombre pair, c'est-à-dire 22 ou 44 ou 66, on lance la pièce de monnaie deux fois. Dans tous les autres cas, on lance la pièce de monnaie une seule fois. On note XX la variable aléatoire égale au résultat du dé. On note YY la variable aléatoire égale au nombre de piles apparus au cours de cette expérience.

    1. Donner la loi de XX.
    2. Donner l'espérance E(X)E(X) et la variance V(X)V(X).
    1. Montrer que pour k{1,3,5}k \in \{1,3,5\}, P(X=k)(Y=0)=12\mathbb{P}_{(X=k)}(Y=0) = \dfrac{1}{2}.
    2. Montrer que pour k{2,4,6}k \in \{2,4,6\}, P(X=k)(Y=0)=14\mathbb{P}_{(X=k)}(Y=0) = \dfrac{1}{4}.
    3. En déduire la valeur de P(Y=0)\mathbb{P}(Y=0).
  1. Montrer que
P(Y=2)=P((Y=2)(X=2))+P((Y=2)(X=4))+P((Y=2)(X=6))=18.\mathbb{P}(Y=2) = \mathbb{P}\bigl((Y=2) \cap (X=2)\bigr) + \mathbb{P}\bigl((Y=2) \cap (X=4)\bigr) + \mathbb{P}\bigl((Y=2) \cap (X=6)\bigr) = \frac18 .
  1. Donner finalement la loi de la variable aléatoire YY, calculer son espérance E(Y)E(Y) et sa variance V(Y)V(Y).
Solution :(cliquer pour afficher)

1.a. Le dé est équilibré : X(Ω)=1,6X(\Omega) = \llbracket 1,6\rrbracket et P(X=k)=16\mathbb{P}(X = k) = \tfrac16 pour tout k1,6k \in \llbracket 1,6\rrbracket.

1.b. On applique la méthode en quatre étapes.

E(X)=16k=16k=16×6×72=72.E(X) = \frac16 \sum_{k=1}^{6} k = \frac16 \times \frac{6 \times 7}{2} = \frac72 .E(X2)=16k=16k2=1+4+9+16+25+366=916.E(X^2) = \frac16 \sum_{k=1}^{6} k^2 = \frac{1+4+9+16+25+36}{6} = \frac{91}{6} .V(X)=916(72)2=1821214712=3512.V(X) = \frac{91}{6} - \left(\frac72\right)^2 = \frac{182}{12} - \frac{147}{12} = \frac{35}{12} .

L'écart-type vaut σ(X)=35/121,71\sigma(X) = \sqrt{35/12} \approx 1{,}71 : sur un dé, l'écart typique au résultat moyen 3,53{,}5 est d'environ 1,71{,}7 point.

2.a. Soit k{1,3,5}k \in \{1,3,5\}. Sachant X=kX = k, on lance la pièce une seule fois, et YY compte les piles obtenus. L'événement {Y=0}\{Y = 0\} signifie alors « la pièce donne face », de probabilité 12\tfrac12 puisque la pièce est équilibrée :

P(X=k)(Y=0)=12.\mathbb{P}_{(X=k)}(Y = 0) = \frac12 .

2.b. Soit k{2,4,6}k \in \{2,4,6\}. Sachant X=kX = k, on lance la pièce deux fois, et {Y=0}\{Y = 0\} signifie « face aux deux lancers ». Les deux lancers étant indépendants :

P(X=k)(Y=0)=12×12=14.\mathbb{P}_{(X=k)}(Y = 0) = \frac12 \times \frac12 = \frac14 .

2.c. La famille ({X=k})k1,6\bigl(\{X = k\}\bigr)_{k \in \llbracket 1,6\rrbracket} est le système complet associé à XX, et chacun de ces événements est de probabilité 16>0\tfrac16 > 0. La formule des probabilités totales s'applique :

P(Y=0)=k=16P(X=k)P(X=k)(Y=0)=3×16×12k impair+3×16×14k pair.\mathbb{P}(Y = 0) = \sum_{k=1}^{6} \mathbb{P}(X = k)\, \mathbb{P}_{(X=k)}(Y = 0) = \underbrace{3 \times \frac16 \times \frac12}_{k \text{ impair}} + \underbrace{3 \times \frac16 \times \frac14}_{k \text{ pair}} .P(Y=0)=14+18=38.\mathbb{P}(Y = 0) = \frac14 + \frac18 = \frac38 .

3. L'événement {Y=2}\{Y = 2\} exige deux piles, donc au moins deux lancers : il ne peut se produire que si le dé a donné un résultat pair. Autrement dit, {Y=2}{X=k}=\{Y=2\} \cap \{X = k\} = \varnothing pour kk impair, et le système complet associé à XX réduit la décomposition aux trois seuls termes pairs :

P(Y=2)=k{2,4,6}P((Y=2)(X=k)).\mathbb{P}(Y=2) = \sum_{k \in \{2,4,6\}} \mathbb{P}\bigl((Y=2) \cap (X=k)\bigr).

Pour kk pair, la probabilité d'obtenir deux piles en deux lancers vaut 14\tfrac14, donc par la formule des probabilités composées

P((Y=2)(X=k))=P(X=k)P(X=k)(Y=2)=16×14=124.\mathbb{P}\bigl((Y=2) \cap (X=k)\bigr) = \mathbb{P}(X=k)\, \mathbb{P}_{(X=k)}(Y=2) = \frac16 \times \frac14 = \frac{1}{24} .

En sommant les trois termes : P(Y=2)=324=18\mathbb{P}(Y=2) = \dfrac{3}{24} = \dfrac18.

4. Le nombre de piles vaut au plus le nombre de lancers, lui-même au plus 22 : Y(Ω)={0,1,2}Y(\Omega) = \{0,1,2\}. Les trois probabilités somment à 11, donc

P(Y=1)=13818=48=12.\mathbb{P}(Y = 1) = 1 - \frac38 - \frac18 = \frac48 = \frac12 .

Vérifions ce résultat par le calcul direct, pour contrôler les deux précédents. Sachant XX impair, un seul lancer : P(Y=1)=12\mathbb{P}(Y=1) = \tfrac12. Sachant XX pair, deux lancers et exactement un pile : les deux issues « pile puis face » et « face puis pile » donnent 24=12\tfrac24 = \tfrac12. Les deux probabilités conditionnelles étant égales, la formule des probabilités totales donne P(Y=1)=12\mathbb{P}(Y = 1) = \tfrac12, ce qui confirme.

yy001122
P(Y=y)\mathbb{P}(Y=y)38\frac{3}{8}12\frac{1}{2}18\frac{1}{8}

On termine par les deux moments :

E(Y)=0×38+1×12+2×18=12+14=34,E(Y) = 0 \times \frac38 + 1 \times \frac12 + 2 \times \frac18 = \frac12 + \frac14 = \frac34 ,E(Y2)=0×38+1×12+4×18=12+12=1,E(Y^2) = 0 \times \frac38 + 1 \times \frac12 + 4 \times \frac18 = \frac12 + \frac12 = 1 ,V(Y)=1(34)2=1916=716.V(Y) = 1 - \left(\frac34\right)^2 = 1 - \frac{9}{16} = \frac{7}{16} .

Un contrôle instructif. Notons NN le nombre de lancers de pièce : NN vaut 11 ou 22 avec probabilité 12\tfrac12 chacune, donc E(N)=32E(N) = \tfrac32. Chaque lancer produit un pile avec probabilité 12\tfrac12, et l'on retrouve

E(Y)=E(N)×12=32×12=34.E(Y) = E(N) \times \frac12 = \frac32 \times \frac12 = \frac34 .

Ce raccourci n'est pas un hasard : le nombre de piles est une somme d'indicatrices, une par lancer effectué, chacune d'espérance 12\tfrac12. On retrouve le réflexe de la leçon précédente — quand une variable compte, son espérance se lit sur les indicatrices. Noter en revanche que le même raisonnement ne s'applique pas à la variance : V(Y)=716V(Y) = \tfrac7{16} n'est pas E(N)×14=38E(N) \times \tfrac14 = \tfrac38, parce que le nombre de lancers est lui-même aléatoire. La variance ne se laisse pas manipuler aussi librement que l'espérance.