Dimension d'un produit d'espaces vectoriels
Question
Tu sais maintenant lire la dimension d'un espace sur n'importe laquelle de ses bases. Mais en pratique, les espaces se fabriquent : on les recolle, on les empile, on les croise. Le plus simple de ces assemblages est le produit cartésien , dont les éléments sont les couples . Faut-il repartir de zéro pour en trouver une base, ou la dimension de se lit-elle directement sur celles de et de ?
Proposition 1 : Dimension d'un produit de deux espaces
Soient et deux -espaces vectoriels de dimensions finies. Alors est de dimension finie et
Démonstration :
Soient une base de et une base de .
Montrons que la famille
est une base de .
- est génératrice : soit . Il existe et tels que et . Alors
donc engendre .
- est libre : soient et tels que
Alors , donc et . Les familles et étant libres, tous les coefficients sont nuls.
Ainsi est une base de , et .
Remarque :
La preuve fournit bien plus que la formule : elle donne une base explicite de , obtenue en « plongeant » séparément une base de et une base de , complétées par le vecteur nul de l'autre facteur. C'est cette base que l'on utilise en pratique dès qu'un calcul concret est demandé.
Exemple :
: les dimensions s'ajoutent, sans aucun calcul sur les couples eux-mêmes. Comment en exhiber une base ?
Rédaction — Construire une base d'un produit :
- Choisir une base de chaque facteur : pour , pour .
- Plonger la base de : à chaque on associe le couple .
- Plonger la base de : à chaque on associe le couple .
- Concaténer les deux listes : on obtient une base de , de cardinal .
Le point à ne jamais oublier est le vecteur nul de l'autre facteur : , et non seul, qui n'est même pas un élément de .
Exercice 1 : Une base de ℝ² × ℝ₁[X]
On considère le -espace vectoriel .
- Déterminer sa dimension.
- En exhiber une base et vérifier qu'elle est libre.
Solution :(cliquer pour afficher)
- On a et , donc
- On part de la base canonique de et de la base de . En suivant la construction, on pose
Liberté. Soient tels que
Le membre de gauche vaut . L'égalité de deux couples équivaut à l'égalité de leurs deux composantes, donc et . La famille étant libre dans , on obtient .
est donc libre, de cardinal : c'est une base.
Test 1
Si et sont de dimensions finies, alors .
Question
Rien n'oblige à s'arrêter à deux facteurs : on manipule couramment , et lui-même n'est rien d'autre qu'un produit de copies de . La formule survit-elle au passage de deux à facteurs ?
Proposition 2 : Dimension d'un produit fini d'espaces
Soient des -espaces vectoriels de dimensions finies. Alors est de dimension finie et
En particulier, si est de dimension finie, alors .
Démonstration :
On généralise directement la construction faite pour deux facteurs.
Pour tout , on pose et on note une base de .
Pour et , on note l'élément de dont toutes les composantes sont nulles, sauf la -ième qui vaut :
Montrons que la famille est une base de .
- est génératrice : soit . Pour tout , on décompose dans la base de : il existe tel que . Alors
car la -ième composante du membre de droite vaut exactement , les termes d'indice différent de ayant une -ième composante nulle.
- est libre : soit une famille de scalaires telle que . En identifiant la -ième composante, on obtient pour tout . Chaque base étant libre, tous les sont nuls.
Ainsi est une base de , qui est donc de dimension finie, et
Le cas particulier s'obtient en prenant .
Exemple :
.
Remarque :
La famille construite dans la preuve n'est autre, dans le cas , que la base canonique de : chaque est le vecteur dont toutes les coordonnées sont nulles sauf la -ième, égale à .
Exercice 2 : La diagonale de E × E
Soit un -espace vectoriel de dimension finie . On pose
- Montrer que est un sous-espace vectoriel de .
- Déterminer .
- En déduire que .
Solution :(cliquer pour afficher)
- On a , donc est non vide. Soient et deux éléments de et . Alors
car . Donc est un sous-espace vectoriel de .
-
Soit une base de . Posons , famille d'éléments de .
engendre : soit . En décomposant , on obtient
est libre : si , la première composante donne , donc tous les sont nuls puisque est libre.
Ainsi est une base de et .
- On a . Comme , on a , donc . Or est un sous-espace vectoriel de : si l'on avait , les dimensions coïncideraient. Donc .