Dimension d'un sous-espace vectoriel et rang d'une famille
Question
La dimension mesure la « taille » d'un espace. Si est un sous-espace vectoriel de , il est contenu dans : on s'attend donc à ce qu'il soit « plus petit ». Mais deux difficultés se posent. D'abord, rien ne garantit a priori que possède lui-même une famille génératrice finie. Ensuite, si l'on admet que , que signifie le cas d'égalité — un sous-espace strictement plus petit peut-il avoir la même dimension que ?
Proposition 1 : Dimension d'un sous-espace vectoriel
Si est de dimension finie, alors tout sous-espace vectoriel de est de dimension finie et .
Démonstration :
- Supposons que est de dimension infinie. Alors il existe une suite d'éléments de libre. Donc est une suite libre dans , alors est de dimension infinie, ce qui est absurde. Donc est de dimension finie.
- Soit une base de . La famille est libre dans , donc ; ainsi .
Exemple :
Les sous-espaces vectoriels de ne peuvent être que de dimension , , ou : ce sont respectivement , les droites vectorielles, les plans vectoriels, et tout entier. La dimension classe donc entièrement les sous-espaces par « taille ».
Exercice 1 : Inclusion stricte et dimension
Soient et deux sous-espaces vectoriels d'un -espace vectoriel de dimension finie, tels que .
- Montrer que .
- Montrer que si , alors .
Solution :(cliquer pour afficher)
-
est un sous-espace vectoriel de : en effet , et est stable par combinaison linéaire puisque c'est un sous-espace vectoriel. Comme est de dimension finie, la proposition précédente appliquée au couple donne .
-
Par contraposée, montrons que entraîne . Soit une base de , avec . C'est une famille libre de , de cardinal : d'après la caractérisation des bases en dimension finie, c'est une base de . Alors
Donc si , on ne peut pas avoir ; joint au point 1, cela donne .
Remarque :
Le point 2 de cet exercice sera utilisé constamment par la suite : dès qu'une inclusion est stricte, la dimension augmente d'au moins une unité. C'est ce qui permet d'encadrer une dimension inconnue en la coinçant entre deux sous-espaces connus.
Question
Prouver l'égalité de deux sous-espaces demande en principe une double inclusion, et l'une des deux est souvent pénible. La dimension permet-elle de s'en dispenser — une seule inclusion, plus une égalité de dimensions, suffiraient-elles à conclure ?
Proposition 2 : Cas d'égalité des dimensions
Si est de dimension finie et un sous-espace vectoriel de , alors si et seulement si .
Démonstration :
Si , alors les deux espaces ont évidemment même dimension.
Réciproquement, supposons que . Soit une base de . La famille est libre dans et de cardinal , donc c'est une base de . Alors .
Test 1
Soient et deux sous-espaces vectoriels de tels que . Alors .
Rédaction — Montrer que deux sous-espaces sont égaux :
Quand la double inclusion est déséquilibrée — une inclusion facile, l'autre coûteuse — on remplace la seconde par un argument de dimension.
- Établir l'inclusion facile, disons . Si , il suffit de vérifier que chaque appartient à .
- Calculer en exhibant une base de .
- Encadrer , en utilisant l'inclusion obtenue à gauche et une inclusion évidente à droite (souvent ), puis en éliminant les valeurs impossibles.
- Conclure : de et , on tire .
Exercice 2 : Égalité de deux sous-espaces vectoriels
Soient et . Montrer que .
Solution :(cliquer pour afficher)
- On a , donc . On a , donc . Alors .
- Les vecteurs et sont non colinéaires, d'où est libre ; par suite, c'est une base de . Ainsi .
- On a , donc , c'est-à-dire . Or , donc , ainsi . D'où .
Question
Une famille de vecteurs n'est pas toujours libre : certains de ses éléments peuvent être combinaison des autres, donc n'apporter aucune information nouvelle. Comment mesurer la quantité d'information réellement contenue dans une famille — autrement dit, combien de vecteurs y sont véritablement « indépendants » ?
Définition 1 : Rang d'une famille de vecteurs
Soit une famille finie de . On appelle rang de la dimension du sous-espace vectoriel , et on le note .
Exemple :
- Dans , la famille engendre un plan vectoriel, donc elle est de rang .
- Dans , la famille engendre une droite vectorielle, car le second vecteur est le double du premier : elle est de rang , bien qu'elle compte deux vecteurs.
- Une famille réduite à un vecteur est de rang si , et de rang sinon.
Remarque :
- .
- engendre , donc ; ainsi .
- est libre si et seulement si .
Remarque :
Le rang est ainsi coincé entre deux bornes : il ne dépasse ni le nombre de vecteurs de la famille, ni la dimension de l'espace ambiant. Le point 3 se lit comme suit : le rang chute strictement en dessous du cardinal exactement lorsque la famille contient de la redondance.
Test 2
Une famille de vecteurs de peut être de rang .
Rédaction — Déterminer le rang d'une famille :
- Chercher les relations entre les vecteurs de : repérer un vecteur qui s'écrit comme combinaison linéaire des autres.
- Le supprimer : si des autres vecteurs, alors le sous-espace engendré ne change pas quand on retire . Recommencer tant que l'on trouve des relations.
- Prouver que la famille restante est libre, en résolvant la combinaison linéaire nulle.
- Conclure : cette famille est une base de , et le rang est son cardinal.
Exercice 3 : Rang d'une famille de vecteurs de ℝ³
Soit . Déterminer le rang de .
Solution :(cliquer pour afficher)
On a , donc .
Or et sont non colinéaires, donc est une base de .
D'où .
Exercice 4 : Rang d'une famille dépendant d'un paramètre
Soit . On pose
Déterminer en fonction de .
Solution :(cliquer pour afficher)
Notons , et .
Cas . On a , donc , qui est une droite vectorielle. D'où .
Cas . On remarque que
Comme , les vecteurs et appartiennent à . Réciproquement, et s'expriment à partir de , et . Donc
Cette dernière famille est libre : si , la première coordonnée donne , puis et . Elle est de cardinal , c'est donc une base de .
Ainsi et .
Conclusion. si , et sinon. En particulier, est une base de si et seulement si .