Intégrabilité sur [a, +∞[
Les critères de la leçon précédente ne valent que pour les fonctions de signe constant : c'est la croissance des intégrales partielles qui les fait fonctionner. Que faire d'une fonction qui change de signe indéfiniment ? L'idée de cette leçon est d'étudier , à laquelle tous les critères s'appliquent, et de montrer que c'est suffisant.
Dans toute la leçon, désigne ou .
Fonctions intégrables
Question
Pour une fonction changeant de signe, l'aire algébrique n'est plus monotone : elle peut osciller, et l'on perd tout critère. En revanche est positive, donc justiciable de la leçon précédente. Contrôler suffit-il à contrôler ?
Définition 1 : Fonction intégrable
Une fonction est dite intégrable sur si elle est continue par morceaux sur et si converge.
On dit indifféremment que « est intégrable sur » ou que « l'intégrale converge absolument ».
Remarque :
Pour de signe constant, converge si, et seulement si, est intégrable sur . Un calcul montrant que vaut preuve d'intégrabilité.
Exemple :
est intégrable sur : elle change de signe une infinité de fois, mais et l'intégrale de Riemann d'exposant converge. Que peut-on en déduire sur elle-même ?
Théorème 1
Si est intégrable sur , alors converge.
Démonstration :
-
Cas . Introduisons les parties positive et négative de :
Ces deux fonctions sont continues par morceaux sur tout segment (stabilité par combinaison linéaire et passage au module, établie à la leçon 1), et vérifient
Comme converge, le théorème de comparaison des fonctions positives assure la convergence de et de . Par linéarité de l'intégrale sur chaque segment,
différence de deux fonctions admettant une limite finie en : elle en admet donc une, et converge.
-
Cas . Les fonctions et sont continues par morceaux et vérifient et . Par comparaison des fonctions positives, et sont intégrables, donc le cas réel s'applique à chacune : et convergent. Comme
l'intégrale converge.
Remarque :
La réciproque est fausse : il existe des intégrales convergentes mais non absolument convergentes, dites semi-convergentes (exemple classique : ). Leur étude n'est pas un objectif du programme.
Test 1 : Réciproque du théorème
Si converge, alors est intégrable sur .
Test 2 : Cas du signe constant
Pour une fonction continue par morceaux et positive sur , convergence et intégrabilité sont équivalentes.
Le théorème de comparaison
Question
Le théorème de la leçon précédente exigeait : deux hypothèses de signe et une inégalité ponctuelle. Maintenant que l'intégrabilité est définie à partir de , ces contraintes peuvent-elles être remplacées par des relations de comparaison asymptotiques, valables pour des fonctions de signe quelconque, voire complexes ?
Théorème 2 : Théorème de comparaison
Soient et deux fonctions continues par morceaux sur , à valeurs dans .
- Si , alors l'intégrabilité de sur implique celle de . Le résultat s'applique en particulier si .
- Si , alors l'intégrabilité de sur équivaut à celle de . Le résultat s'applique en particulier si .
Démonstration :
1. L'hypothèse signifie qu'il existe et tels que
Les fonctions et sont continues par morceaux et positives sur . Comme est intégrable, converge, donc aussi. Le théorème de comparaison des fonctions positives donne la convergence de , donc celle de puisque la nature ne dépend pas de la borne inférieure : est intégrable sur .
Le cas en découle, la négligeabilité impliquant la domination.
2. Supposons en . Par définition, il existe une fonction tendant vers en telle que au voisinage de . Il existe donc tel que pour , d'où
L'inégalité de droite donne , donc l'intégrabilité de entraîne celle de par le point 1. ; celle de gauche donne , d'où l'implication réciproque. Les deux intégrabilités sont donc équivalentes.
Enfin, si , alors (passage au module dans une équivalence), et le résultat s'applique.
Remarque :
Deux mises en garde sur le point 2.
L'équivalence porte sur l'intégrabilité, pas sur la valeur. Deux fonctions équivalentes en n'ont aucune raison d'avoir la même intégrale.
Elle ne dit rien de la convergence simple. Si et si converge sans être absolument convergente, on ne peut rien conclure sur . Le théorème ne s'énonce qu'en termes d'intégrabilité — c'est-à-dire de convergence absolue — et cette restriction est essentielle.
Exemple :
Étudier l'intégrabilité sur de . Comme quand et que converge (), la fonction est intégrable sur .
Rédaction — Prouver l'intégrabilité d'une fonction de signe quelconque :
- Vérifier la continuité par morceaux sur .
- Passer au module : l'objet de l'étude est , positive, à laquelle tous les critères de la leçon précédente s'appliquent.
- Majorer par une fonction de référence au voisinage de . Les majorations universelles à connaître : , , .
- Conclure : intégrable, donc converge.
Le sens interdit : la non-intégrabilité de ne prouve jamais la divergence de . Si diverge, la question de la convergence de reste entièrement ouverte : c'est la situation de semi-convergence, hors programme.
Exercice 1 : Intégrabilité et paramètre
- Montrer que est intégrable sur si et seulement si .
- Pour quelles valeurs de la fonction est-elle intégrable sur ?
- Montrer que est intégrable sur .
Solution :(cliquer pour afficher)
1. La fonction est continue sur .
Si : , et converge. Par comparaison des fonctions positives, la fonction est intégrable.
Si : montrons que diverge. Comme (car ) et :
Le premier terme tend vers (). Le second reste borné : une intégration par parties avec et donne
où le crochet est borné et la dernière intégrale converge absolument dès que , c'est-à-dire ; pour la fonction ne tend même pas vers et la divergence est immédiate. La somme tend donc vers : la fonction n'est pas intégrable.
2. L'intégrande est continu et positif sur . Choisissons , par exemple . Par croissances comparées,
pour toute valeur de , le logarithme étant négligeable devant toute puissance positive de . Donc et la fonction est intégrable pour tout . La puissance de ne pèse rien face à l'écart .
3. La fonction est continue sur , et
Comme converge (et vaut ), la fonction est intégrable. Noter qu'elle oscille de plus en plus vite : la fréquence explose, mais l'amplitude s'écrase, et c'est la seule chose qui compte.
Test 3 : Équivalence et convergence simple
Si en et si converge, alors converge.
Test 4 : Domination et module
Si et sont continues par morceaux sur , si est intégrable et si au voisinage de , alors converge.