Intégrales généralisées sur un intervalle quelconque
Deux leçons ont traité le cas d'une demi-droite : un seul « problème », en . Mais une intégrale peut poser difficulté à l'autre bout — en — ou aux deux à la fois — . Cette leçon fixe le cadre général et transporte les propriétés et les techniques de calcul.
Dans toute la leçon, désigne un intervalle semi-ouvert (ou ouvert) de , dont les extrémités inférieure et supérieure (dans ) sont notées et , et vaut ou .
Le cadre général
Question
Sur , un seul point posait problème : l'extrémité infinie. Sur un intervalle quelconque, il y en a deux, et chacun peut être infini ou fini avec une fonction non bornée à son approche. Comment définir la convergence sans privilégier l'une des deux extrémités — et sans que la définition dépende d'un point de découpage arbitraire ?
Définition 1
Soit une fonction continue par morceaux sur l'intervalle . On définit comme précédemment la convergence de l'intégrale généralisée, notée ou , ainsi que la convergence en , en .
Remarque :
Explicitons ce que recouvre cette définition, selon la forme de .
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avec : l'intégrale converge si admet une limite finie quand . On dit que l'intégrale converge en .
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: l'intégrale converge si admet une limite finie quand . On dit qu'elle converge en .
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: on fixe , et l'intégrale converge si elle converge à la fois en et en , c'est-à-dire si et convergent toutes deux. On pose alors
Cette définition ne dépend pas du choix de : pour , la relation de Chasles sur les segments donne, à la limite, .
Remarque :
- On écrit si est à valeurs dans et d'intégrale divergente.
- Pour une fonction à valeurs dans , un calcul aboutissant à un résultat fini vaut preuve de convergence.
Exemple :
converge et vaut : la fonction n'est pas définie en et n'y est pas bornée, pourtant . Une aire infiniment haute peut donc être finie — exactement comme une aire infiniment longue. Où est passée l'hypothèse « bornée » de la première partie du chapitre ?
Test 1 : Découpage et convergence
Pour montrer que converge, il suffit d'établir la convergence en .
Propriétés transportées
Question
Linéarité, positivité, Chasles ont été établies sur un segment. Elles s'obtiennent ici par passage à la limite — mais avec une précaution nouvelle : une somme d'intégrales convergentes est convergente, alors qu'une différence de deux quantités infinies n'a aucun sens. Sur quel ensemble de fonctions ces propriétés ont-elles encore un sens ?
Proposition 1 : Linéarité, positivité, Chasles
L'application est linéaire sur l'espace vectoriel des fonctions continues par morceaux de dans dont l'intégrale converge. Elle est positive dans le cas , et vérifie la relation de Chasles.
Démonstration :
Traitons le cas ; le cas général s'y ramène en coupant en un point . Notons l'ensemble des fonctions continues par morceaux sur dont l'intégrale converge.
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est un espace vectoriel et l'intégrale y est linéaire. Soient et . La fonction est continue par morceaux sur , et pour , la linéarité de l'intégrale sur le segment donne
Le membre de droite admet une limite finie quand , par opérations sur les limites ; donc le membre de gauche aussi. Ainsi — et contient la fonction nulle — et le passage à la limite donne la linéarité.
-
Positivité. Si est à valeurs réelles positives, alors pour tout par positivité sur le segment, et la limite d'une famille de réels positifs est positive.
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Chasles. Soit . Pour avec , la relation de Chasles sur les segments donne . En faisant tendre vers , les deux intégrales généralisées convergent simultanément et .
Remarque :
La restriction à n'est pas une coquetterie. Sur , les intégrales de et de divergent toutes deux, alors que est d'intégrale convergente et nulle. Écrire n'aurait aucun sens : on ne soustrait pas à . La linéarité ne s'applique qu'après avoir établi la convergence de chacun des termes.
Proposition 2
est intégrable sur si, et seulement si, pour tout , est simultanément intégrable sur et sur , et dans ce cas :
Démonstration :
Fixons et notons et , de sorte que et .
Par définition, est intégrable sur si et seulement si converge. Or est positive : d'après la définition de la convergence sur un intervalle ouvert appliquée à , l'intégrale converge si et seulement si et convergent toutes deux — c'est-à-dire si et seulement si est intégrable sur et sur .
L'additivité résulte alors de la relation de Chasles établie ci-dessus, appliquée à dont l'intégrale converge (l'intégrabilité entraînant la convergence).
Les techniques de calcul
Question
Intégration par parties et changement de variable ont été démontrés sur un segment. Peuvent-ils s'appliquer directement à une intégrale généralisée — et si oui, sous quelles précautions ? Le crochet , en particulier, fait intervenir des valeurs en des points où les fonctions ne sont peut-être pas définies.
Proposition 3 : Intégration par parties sur un intervalle quelconque
où désigne la différence des limites de aux bornes. L'existence de deux des trois termes apparaissant dans la formule justifie le calcul.
Démonstration :
Supposons et de classe sur , et soient avec . L'intégration par parties sur le segment donne
Faisons tendre et . Cette égalité relie trois quantités ; dès que deux d'entre elles admettent une limite finie, la troisième en admet une aussi, comme somme ou différence de fonctions convergentes, et l'égalité passe à la limite. D'où la formule annoncée, où désigne .
Remarque :
Dans la pratique, on ne demande pas de rappeler les hypothèses de régularité de et . L'intégration par parties permet souvent de ramener l'étude de la convergence d'une intégrale à celle d'une intégrale absolument convergente.
Remarque :
La règle des « deux termes sur trois » est le point à retenir, et elle interdit un raisonnement circulaire fréquent : on ne peut pas conclure à la convergence de en invoquant une formule dont aucun des deux autres termes n'a été justifié. Le schéma correct est : établir l'existence du crochet, puis celle de , et en déduire celle de .
Exercice 1 : Convergence par intégration par parties
Montrer que converge, bien que la fonction ne soit pas intégrable sur .
Solution :(cliquer pour afficher)
Posons et , toutes deux de classe sur , avec et .
Le crochet existe. Quand , , donc . Le crochet vaut donc .
La seconde intégrale converge. On a , et converge : la fonction est intégrable, donc son intégrale converge.
Conclusion. Deux des trois termes existent ; la formule s'applique et donne l'existence du troisième :
quantité finie. L'intégrale converge donc, alors que la fonction n'est pas intégrable — c'est l'exemple de semi-convergence annoncé à la leçon précédente, et l'intégration par parties en est la démonstration standard.
Proposition 4 : Changement de variable sur un intervalle quelconque
Étant données une fonction continue sur un intervalle et une fonction bijective et de classe d'un intervalle sur l'intervalle , les intégrales et sont de même nature et sont égales en cas de convergence.
Démonstration :
La fonction est continue et injective sur l'intervalle : elle y est donc strictement monotone. Traitons le cas où elle est strictement croissante ; le cas décroissant est analogue.
Alors sur , donc . Notons et les extrémités de , de sorte que extrémité inférieure de quand , et de même en .
Soient dans . Le théorème de changement de variable sur un segment (leçon 4), applicable puisque est sur et continue sur , donne
Faisons tendre et . Comme est une bijection croissante de sur , les bornes et parcourent et tendent vers ses extrémités. Le membre de gauche admet donc une limite finie si et seulement si converge, et le membre de droite si et seulement si converge. Les deux membres étant égaux à chaque étape, les deux intégrales sont de même nature et égales en cas de convergence.
Remarque :
Ce résultat peut être appliqué sans justification dans les cas de changement de variable usuels (fonctions affine, puissance, exponentielle, logarithme, …).
Test 2 : Bijectivité, cette fois obligatoire
Contrairement à la version sur un segment, le changement de variable sur un intervalle quelconque exige que soit bijective.
Test 3 : Positivité sans convergence
Si et sont continues par morceaux sur avec , alors .